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The Act : être malade, rendre malade et mourir

Avec sa nouvelle série d’anthologie, The Act, la plateforme de streaming Hulu s’attaque à un fait divers qui a secoué l’opinion publique américaine en 2015. Chaque saison traitera d’une histoire criminelle qui s’est réellement déroulée. Cette première saison se concentre sur Gypsy Rose Blanchard, interprétée par Joey King, et sa mère Dee Dee, incarnée par la brillante Patricia Arquette.

Photo copyright : Hulu

Et l’histoire des deux femmes est tout sauf ordinaire. Née en 1991, la petite Gypsy souffre de multiples maladies. Enfin, c’est ce que sa mère lui martèle depuis toute petite. Perte de la vue et de l’ouïe, dystrophie musculaire, leucémie, asthme, allergies diverses, notamment au sucre, et retard mental dû à une naissance prématurée, toujours selon les dires de sa maman. L’enfant, persuadée de souffrir de toutes ces pathologies, se déplace en fauteuil, est nourrie par sonde et, alors qu’elle a 15 ans, ressemble à une fillette d’à peine 10. De sa petite voix fragile et derrières ses épaisses lunettes, sa vie est contrôlée par une mère abusive qui la trimballe d’un hôpital à l’autre en racontant son histoire à faire pleurer dans les chaumières. Un ex-mari prétendument violent qui les traque. En réalité, il n’en est rien. Dee Dee Blanchard profite de la gentillesse et de la générosité de ses concitoyens. Herbergée dans une maison construite par l’association Habitat For Humanity après que leur précédent logis a succombé aux frappes de Katrina en 2005, la petite famille n’est jamais avare en détails sur sa vie et s’affiche régulièrement dans les médias locaux avec, à la clé, cadeaux, argent et voyages.

Une issue fatale

Nick Antosca, créateur de la série d’horreur Channel Zero, et Michelle Dean ont puisé leur inspiration dans l’article : « Dee Dee Wanted Her Daughter To Be Sick, Gypsy Wanted Her Mom To Be Murdered » écrit par cette dernière. Atteinte par ce qu’il semble être le symdrome de Münchhausen par procuration, qui consiste à inventer et provoquer des maladies chez autrui dans le but d’attirer l’attention et inciter à la compassion, Dee Dee, durant toutes ces années, fait subir les pires sévices physiques et psychologies à sa fille. Et le cirque dure des années à tel point qu’il est difficile de croire que personne n’ait rien remarqué, si ce n’est un pédiatre qui, dans les faits tels qui se sont réellement déroulés, n’a pas jugé utile de dénoncer le cas aux autorités compétentes. La confinant dans une maison aseptisée aux murs couleurs roses bonbon, aux mille peluches licornes et autres Disney, la mère garde une emprise totale sur sa fille qui, à un certain moment, n’est plus dupe. La nuit tombée, la jeune fille se faufile hors de sa chambre, délaissant son fauteuil, pour aller se goinfrer de coca et autres sucreries devant l’écran d’ordinateur, rêvant au vu de la vie des autres jeunes filles de son âge. Mais la relation mère-fille est complexe. Gypsy ne peut se résoudre à la confrontation, ne parvient pas à la dénoncer alors que les occasions de parler sont nombreuses. Tiraillée entre son envie de vivre comme les autres et sa volonté de protéger sa maman, la seule issue envisageable pour la jeune fille est la mort. Avec son petit ami Nick (Calum Worthy), rencontré sur internet, elle va passer à l’acte en chargeant le jeune homme d’assassiner Dee Dee dans son sommeil. 17 coups de poignard…

Le duo Arquette-King

Photo copyright : Hulu

La série ne serait rien sans le duo incarné par Patricia Arquette et Joey King. Quel plaisir de retrouver l’époustouflante Patricia Arquette ! Il semble que l’actrice ne veuille plus quitter les rôles de femmes mentalement dérangées aux physiques disgracieux. Arquette est un caméléon et se glisse dans la peau de personnages troubles avec une aisance folle. Après son rôle de Tilly dans la très bonne série Escape At Dannemora réalisée par Ben Stiller, dans laquelle elle avait déjà dû prendre quelques 20 kilos et arborer un look peu reluisant, elle rempile avec un rôle dans la même veine. Au même titre que Tilly, Dee Dee est à la fois victime et bourreau. Victime de sa maladie mentale et bourreau, coupable de maltraiter son enfant. Et à la prestation de Arquette, ajoutez celle de Joey King. La jeune américaine, catapultée comme star des jeunes il y a peu pour avoir interprété Elle dans la rom-com pour ado made in Netflix, The Kissing Booth, revient dans un rôle à contre-emploi, pour lequel elle a dû se raser complètement la tête. Un virage à 180 degrés pour King qui s’en sort haut la main. Métamorphosée, l’actrice endosse le personnage de Gypsy, tout aussi complexe que celui de Dee Dee. Et le duo marche à la perfection. Les deux comédiennes se guident mutuellement, s’accompagnent à travers un récit troublant sans qu’aucune d’elle ne prenne le pas sur l’autre. À mi-chemin entre l’adoration et la haine, l’alchimie opère. The Act, première saison, est une immersion dans un fait divers à la fois touchant, malsain et dérangeant qui bousculera à coup sûr.

Casting : Patricia Arquette, Joey King, Chloë Sevigny, AnnaSophia Robb, Calum Worthy

Fiche technique : Créée par : Nick Antosca et Michelle Dean / Chaîne : Hulu / Diffusion : 20 mars 2019 / Format : 8 épisodes – 60 min / Pays : USA