Ted Bundy : un film et un documentaire pour se rappeler de l’effroyable

Alors que le Festival de Sundance à Park City en Utah bat son plein, un film fait beaucoup parler. Un film, assorti d’un documentaire. Hasard du calendrier selon Joe Berlinger, qui signe la réalisation des deux projets, le film et le documentaire sortent quasiment simultanément. Extremely Wicked, Shockingly Evil And Vile, ce sont les termes exacts employés par le juge lors de la condamnation de Theodore Robert Bundy afin de décrire ses crimes. Un titre à rallonge pour un film qui se focalise sur l’un des pires tueurs en série que l’Amérique ait connu. Encore traumatisés par les atrocités perpétrées par Ted Bundy, les américains et les autres sont sur le point de parcourir à nouveau la trajectoire du psychopathe narcissique qui a assassiné au moins trente jeunes femmes dans 7 États à travers le pays, et ce probablement dès 1974 sans pouvoir affirmer avec certitude la date exacte de son passage à l’acte. Car, si l’on connaît une partie de l’histoire du meurtrier, « on ne sait pas où commence le mensonge et où il se termine » comme l’a affirmé en interview Zac Efron, interprète de Ted Bundy dans le nouveau métrage. Rôle à contre-emploi pour l’acteur plus habitué à danser sur un terrain de basket dans la trilogie familiale High School Musical ou courir sur la plage pour les besoins du très dispensable Baywatch. Cette fois, Efron prend des risques en incarnant celui qui, encore aujourd’hui, hante les esprits de par ses crimes d’une rare violence. Kidnappings, agressions, viols, meurtres, décapitations, actes nécrophiles, Ted Bundy n’était pas franchement un enfant de choeur. Oui mais voilà, celui qui est à l’origine des pires atrocités a aussi été l’une des figures criminelles les plus fantasmées parmi l’opinion publique. Se servant de son physique avantageux, il inspirait confiance aux victimes sur qui il avait jeté son dévolu. Loin de l’image que l’on peut se faire d’un tueur en série, Bundy était charmant, charismatique même, sympathique si l’on en croit les gens qui l’ont côtoyé, et rien ne pouvait laisser penser qu’il était animé par un côté des plus obscurs. Et c’est bien là toute la complexité du dossier et du personnage. Comment un homme ayant grandi dans un milieu normal au sein d’une famille des plus classiques à priori peut-il avoir commis de telles monstruosités ?
Photo copyright : © 2018 – Sundance Institute

Un film vu d’une autre perspective

Loin de se concentrer sur les meurtres eux-mêmes, le film angle sur la perspective de la femme qui a partagé la vie de Ted Bundy, Elizabeth Kloepfer. Toujours en vie, cette dernière a refusé durant de nombreuses années de croire en la culpabilité de Bundy. Interprétée par Lily Collins, l’ex-compagne du tueur en série a rencontré l’actrice et le réalisateur, partageant avec eux certains éléments inédits comme des lettres d’amour signées de la main de Bundy lui-même. Critiqué sur la base de son trailer aux allures légères sur fond sonore de mélodies rock, certains redoutaient que le film ne glorifie et entretienne la fascination d’une tranche de la population envers le serial killer. Les critiques semblent s’être apaisées depuis sa projection à Sundance il y a quelques jours, si l’on en croit les premiers avis plutôt élogieux concernant notamment la performance remarquée de Efron. Dirigé par Joe Berlinger, surtout connu pour réaliser des documentaires, l’acteur a su se transformer en un personnage à la fois effrayant et séduisant selon Indiewire. Avec quelques jolis noms à l’affiche tels que John Malkovich, Jim Parsons ou Haley Joel Osment, le film replonge dans cette sombre affaire à travers la vision inédite de la femme qui a aimé Bundy, démystifiant ainsi la figure charismatique qu’il a su se construire durant plus de 15 ans, entre manipulation, séduction, leurre et abomination.
Photo copyright : Netflix

Le documentaire, une plongée dans la psychologie du tueur en série

À l’inverse, le documentaire Ted Bundy : autoportrait d’un tueur, diffusé sur Netflix le 24 janvier (30 ans jour pour jour après la mise à mort du criminel), s’attarde sur la psychologie du personnage. À travers des enregistrement inédits capturés lors de sa détention, on entend Bundy parler de lui, de lui et encore de lui. Narcissique à souhait, il pensait être au-dessus de tout et de tout le monde grâce à son intelligence. On apprend cependant qu’il était issu d’un milieu modeste et tout jeune déjà, il n’était pas comme tout le monde, peinait à s’intégrer, avait des problèmes d’élocution et n’était pas franchement doué en classe. Aspirant avocat, il tombe de haut lorsqu’il reçoit ses notes qui ne lui permettront pas d’intégrer les meilleures écoles de droit. Animé probablement par un sentiment de frustration permanent, il envisagera ses crimes comme un recommencement perpétuel. Emprisonné, échappé à deux reprises, jugé durant un procès qui fut le premier à être diffusé à la télévision à l’échelle nationale, puis exécuté en 1989, Ted Bundy a entretenu avec le public une relation de fascination grandissante tout au long de son procès. Une fascination malsaine qui fait de lui, encore aujourd’hui, un personnage complexe et insaisissable. Si Extremely Wicked, Shockingly Evil And Vile n’a pas encore de date de sortie prévue en Suisse, le documentaire, lui est d’ores et déjà disponible sur la plateforme de streaming. Alors que le programme suscite déjà un engouement important, et en voyant les commentaires évoquant le charisme et sex-appeal du serial killer, Netflix s’est fendu d’une petite mise en garde envers ses abonnés via son compte Twitter : « Nous voudrions tous vous rappeler qu’il y a des milliers de beaux hommes dans le monde et que la quasi-totalité d’entre eux ne sont pas des tueurs en série condamnés. » Le talent de séduction du plus célèbre meurtrier américain a encore de beaux jours devant lui…