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Suburbicon : George Clooney manque de mordant derrière la caméra

La communauté de Suburbicon, avec ses banlieues calmes et ses habitants sans histoire, est à première vue un endroit où il fait bon vivre. Tout est savamment entretenu, le facteur est amical, un taux de criminalité inexistant et une population qui vit en harmonie. Tout va bien à Suburbicon, le véritable rêve américain. Mais cette satire des années 50 tout droit venue de l’imagination des frères Coen et mise en scène par George Clooney se confronte rapidement à ses limites.

Derrière les belles façades et son ambiance trop parfaite, la famille Lodge n’est pas exactement ce qu’elle prétend être. Gardner (Matt Damon), Rose et Margaret (jouées par Julianne Moore) ainsi que Nicky (Noah Jupe) cohabitent dans une maison aux apparences trompeuses. L’arrivée de deux voyous (Glenn Flesher et Alex Hassell) vient chambouler leur petit quotidien. Un peu de chloroforme pour tout le monde et le récit s’emballe. Gardner, Margaret et Nicky s’en sortent. Rose passe à la trappe. Une mort aussi abrupte. Un deuil familial express. Margaret remplace Rose en peu de temps.

Oscar Isaac met son grain de sel

La défunte Rose est dorénavant aux oubliettes. Son absence ne semble gêner personne, sauf le petit Nicky totalement déboussolé. Après le twist morbide, Suburbicon traîne les pieds, misant sur l’étrangeté de la situation. Si Clooney nous endort pendant près d’une heure, il parvient à réaliser une séquence où Suburbicon tend vers ce qu’il devait être : une comédie noire à l’humour acerbe. Il aura fallu près de 60 minutes pour apercevoir une lueur, celle d’Oscar Isaac débarquant dans le costume d’un assureur venu mettre le nez dans les petites manigances des Lodge. Des échanges verbaux qui s’empilent, dont la narration « coenienne » rappelle Burn After Reading. Sous ses airs de comédie farfelue, il y a une véritable critique sociétale dont cette famille afro-américaine venue s’installer dans ce soit-disant havre de paix se fait l’écho. Si, dans un premier temps, nous ne comprenons pas vraiment l’utilité de leur présence, le récit place la famille subtilement afin de dévier l’attention – et la nôtre aussi – de la population locale sur une problématique alors qu’elle n’a pas lieu d’être. 

Photo copyright : Hilary Bronwyn Gayle

Un manque de mordant

L’intrigue use de bonnes pistes mais mal orientées.  Le script de base des Coen, réécrit vigoureusement par Clooney et Grant Heslov, d’après quelques médias, ne trouve jamais son véritable rythme. Le métrage souffre des choix hasardeux, cherche son souffle et s’essouffle irrémédiablement, même si Isaac parvient à donner ce petit coup de fouet grâce à son apparition remarquée. Mais le mal est déjà fait. Même Matt Damon n’y arrive pas. Le comédien joue dans la demi-mesure, piétinant son jeu d’acteur, alors que Julianne Moore rend une copie intéressante dans le rôle de Margaret : une femme étrange, presque écrasée par l’autorité qu’exerce Gardner Lodge sur elle.

Sur fond de conspiration et de racisme, Suburbicon traite son sujet de manière trop simpliste. La trame prévisible n’aide en rien, tout comme les caricatures dans lesquelles s’enlise Clooney. Tout tombe à plat dans Suburbicon !

Casting : Matt Damon, Julianne Moore, Noah Jupe, Glenn Fleshler, Alex Hassell, Oscar Isaac, Karimah Westbrook, Tony Espinosa, Leith M. Burke

Fiche technique : Réalisé par : George Clooney / Date de sortie : 6 décembre 2017 / Durée : 104 min / Genre : Comédie dramatique / Scénario : Joel et Ethan Coen, George Clooney, Grant Heslov / Musique : Alexandre Desplat / Photographie : Robert Elswit / Distributeur suisse : Ascot Elite