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Song To Song : dans la digne lignée du cinéma « malickien »

C’est probablement la sortie la plus attendue de cet été. Song To Song, le nouveau film de Terrence Malick, sort le 12 juillet en salles. De quoi ravir les fans inconditionnels et exaspérer les détracteurs du cinéaste américain. Car s’il est bien un réalisateur qui agace autant qu’il fascine, qui sait entretenir le mystère et susciter les interrogations, c’est bien Terrence Malick. Hué ou porté au nues, Malick divise et c’est peu dire. Rarissimes sont ses apparitions en public, encore plus rares sont les interviews de lui. Il n’a aucune obligation de faire la promotion de ses films, il les tourne, point barre. Pas de doute, il a su dompter année après année l’art de se faire désirer et surtout l’art de ne pas faire comme les autres. On n’a bien sûr pas oublier les 20 années qui se sont écoulées entre deux de ses films, les Moissons Du Ciel (1978) et La Ligne Rouge (1998). Comme disparu de la surface du globe, il a beaucoup voyagé et repris ses études. Il n’a de cesse d’apprendre et d’accumuler les expériences. L’expérience nous en parlerons, un thème récurrent parmi tant d’autres dans ses longs métrages. Et si Malick détient le record du nombre d’années séparant 2 productions, il a été plus que productif depuis 2011, avec 4 films et un documentaire.

Photo by Van Redin © 2017-Broad Green Pictures

Mais revenons au film qui nous intéresse aujourd’hui. Song To Song raconte les histoires imbriquées de 4 protagonistes. Avec en toile de fond la scène musicale d’Austin au Texas, Faye (Rooney Mara) et BV (Ryan Gosling), aspirant à devenir célèbres et vivre de leur musique, vont se rencontrer, s’aimer. Au milieu, soufflant le chaud et le froid, Cook (Michael Fassbender), producteur renommé, charismatique et troublé, promet d’aider chacun d’eux à réaliser leurs rêves de gloire. Dans ce triangle amoureux, Cook entretient une relation en dents de scie avec Faye. Il aime boire, s’amuser. Il aime tout le monde et personne à la fois. Une vie de débauche sans véritable sens. Au détour d’un café, il rencontre Rhonda (Natalie Portmann), serveuse de son état, qu’il sort de sa misère pour mieux la plonger dans une autre… Chacun doit tenter de trouver du sens à ce qu’il fait, ce qu’il vit.

Des thématiques qui s’entrechoquent dans une réalisation « malickienne » à souhait

Terrence Malick a des thèmes phares et Song To Song ne déroge pas à la règle. On y retrouve bien sûr toutes les questions existentielles, quasi mystiques, héritées du cursus philosophique du cinéaste. Les protagonistes, chacun à leur façon, doivent parcourir un chemin avant de comprendre qui ils sont réellement. Et entre ceux qu’ils croient être, ceux qu’ils aimeraient être et ceux qu’il sont vraiment, le fossé est plutôt grand et la quête de la vérité semée d’embûches. L’expérience ensuite, une thématique lourde de sens dans l’oeuvre de Malick. Une phrase jetée par Faye résume à la perfection ce qu’il faut en retenir: « Any experience is better than no experience ». La soif de vivre pour expérimenter, apprendre, cette quête quasi maladive et souvent au détriment de ce qui a vraiment du sens transpire dans le film. Qu’est-ce-qu’une vie sans expérience? Expérimenter, faire fausse route peut-être et recommencer plutôt que de ne rien vivre du tout par peur de se tromper, par peur de vivre tout simplement. Autre thème chéri du réalisateur, la nature. En effet, Song To Song est une ode aux éléments, l’eau et la lumière en particulier. Entre flaques et clapotis, ombres et lumières, piscines moult fois filmées, on a vite fait de saisir l’attachement du réalisateur à ces divers aspects. À défaut d’être subtil, ça en devient un brin trop évident, à en être lassant. Car Song To Song s’inscrit clairement dans la pure tradition du cinéma expérimental de Malick de ces quelques dernières années, initié par le fameux Tree Of Life, couronné par la Palme d’or à Cannes en 2011. Voix off, longueurs, mouvements de caméras, gros plans contemplatifs et lieux qui évoquent une nature majestueuse. Tous les éléments sont réunis. Certes la beauté de certains plans est indéniable mais certaines longueurs, caractéristiques du style de Malick, en deviennent usantes et auraient clairement dû être évitées afin d’alléger le film de plus de deux heures.

Le casting, on ne s’en lasse pas

Photo by Van Redin – © 2016 Broad Green Pictures

Que dire lorsque sont réunis à l’écran Rooney Mara, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Natalie Portman, Holly Hunter, Patti Smith, Iggy Pop, Cate Blanchett et j’en passe? Rien si ce n’est merci il me semble. Un tel casting ne peut évidemment pas décevoir et il n’a en effet pas déçu. Entre les deux ultra-charismatiques acteurs que sont Ryan Gosling et Michael Fassbender, l’un, pourrait-on dire, incarnant la Lumière, l’autre, l’Ombre, l’alchimie opère. La scène d’escapade au Mexique qui voit Fassbender se muer en singe a de quoi faire date. Au milieu, une Rooney Mara énigmatique, tout en subtilité, face à ses failles, introspective jusqu’au dernier souffle. Brillante. Enfin Natalie Portman, avec quelques bonnets de soutien-gorge en plus, en fille paumée, illumine par sa seule présence, honnête et juste. Et si beaucoup ne voient pas grand chose d’intéressant dans le cinéma de Malick, songez plutôt à ça lorsque vous vous risquerez à regarder un de ses films: quel autre cinéaste a cette faculté de tirer des acteurs un jeu aussi fluide, naturel, quasi improvisé? Lorsque vous regardez Song To Song, vous ne regardez pas des acteurs jouer, vous regardez des acteurs évoluer, penser. Et c’est peut-être là la plus grande force du cinéaste.

Song To Song, c’est avant tout une histoire d’amour et comment deux êtres peuvent, envers et contre tout, arriver à faire vivre leurs sentiments réciproques. C’est un film qui illustre le vide de sens aussi bien que la quête de sens justement. Noir par moments, il est au fond un message d’espoir. À bien des égards Terrence Malick ne me convainc pas et ce film sera un film de plus qui divisera les foules, le réalisateur en est coutumier. Longueurs inutiles et ficèles un peu grossières, redondances des thématiques abordées, le tout un poil pompeux. Les défauts il y en a. Mais même si je ne fais pas partie des personnes qui crient au génie à la simple évocation de son nom, Song To Song m’a quand même embarqué le temps de 2 heures. Au rythme des ruissellements de l’eau et d’une bande-son cossue, Malick a su livrer un film poétique ancré dans une réalité qui perd pied mais qui finit par trouver sa voie.

Casting : Ronney Mara, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Natalie Portman, Cate Blanchett, Holly Hunter, Val Kilmer, Patti Smith, Bérénice Marlohe, Lykke li.

Fiche technique : Réalisé par : Terrence Malick / Date de sortie : 12 juillet 2017 / Durée : 128 min / Genre : Drame, Musique, Romance / Scénario : Terrence Malick / Distributeur suisse : Elite

 

Behind the scenes Song To Song