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Son Lux : « Woodkid, si tu lis ça, collaborons sur un projet! »

Initialement, Son Lux c’est Ryan Lott. Musicien, chanteur et compositeur né dans le Colorado, l’artiste mène plusieurs projets de front. De ses compositions pour des spots publicitaires aux bandes originales pour le cinéma (La Face cachée de Margo, Don Jon, Looper, The Disappearance of Eleanor Rigby), il fait également partie, dès 2012, du groupe Sisyphus, accompagné d’un certain Sufjan Stevens et Serengeti. C’est un peu plus tard que, rejoint par Rafiq Bhatia, guitariste et compositeur et Ian Chang, batteur, Son Lux revêt son apparat de groupe. Issu de l’excellent Lanterns (2013), son titre phare, Easy, repris et chanté par des artistes comme Lorde ou Woodkid (dont on se rappelle la bluffante prestation au Montreux Jazz Festival en 2016), n’est qu’une des multiples raisons pour lesquelles Son Lux flirte avec le succès depuis quelques années maintenant et à juste titre.

Sorti le 9 février, le nouvel album du trio, Brighter Wounds, est un condensé d’émotions, véritable fenêtre sur les sentiments humains. À fleur de peau et à travers une voix frêle et chahutée, Ryan Lott scande tout aussi bien des « I’m not giving up » dans The Fool You Need ou « Come to life » avec Labor ou encore « Though we were wide awake, this is a dream state » dans Dream State. Un album qui parcourt des sentiments comme l’amour, la peur, la tristesse, la désillusion aussi avec autant de subtilité que de violence.

Symphonique et mélodieux, le groupe fait se rencontrer pop et électro en un lieu commun, et ne cesse d’expérimenter de nouveaux territoires, à l’image de Slowly ou Surrounded et ses rythmiques décomposées, où la voix de Lott, à moitié déguisée, puise dans tout ce qu’elle a de masculin et féminin à la fois, laissant éclater une belle dose de fragilité.

Et si on vous a donné envie, le trio se produira aux Docks de Lausanne le 13 février et à Mascotte Club de Zürich le 14. En attendant de voir les Américains fouler le sol helvétique, le leader, Ryan Lott, s’est prêté au jeu des questions-réponses.

 

Avec votre dernier EP « Remedy », il semble que vous ayez tenté de faire quelque chose de moins ambitieux, mais plus intime, toujours beau et fort émotionnellement. On pense notamment au morceau « Remedy ». Superbe chanson! La voix de Ryan est plus claire, plus pure si l’on peut s’exprimer comme ainsi. L’EP dans son intégralité est très expérimental. Est-ce le travail le plus expérimental que vous ayez accompli jusqu’à maintenant?

C’est vrai que « Remedy » englobe beaucoup d’expérimentations mais tout ce que Son Lux fait est expérimental finalement. En fait, certaines chansons qui semblent avoir un son très pop sont en réalité celles avec le plus de prise de risque. Par exemple, pour « Dream State », un effet de choeur de saxophones a été ajouté aux voix (effets side chain). Toujours sur ce morceau, nous avons ajouté un ensemble d’enregistrements de batterie faits à partir de ce même morceau, ainsi que des improvisations de guitares. Et encore plein d’autres techniques que nous n’avons jamais entendues ailleurs.

À propos de votre nouvel album, en comparaison avec votre précédent EP, ce nouvel opus semble plus travaillé mais moins expérimental. On pourrait presque dire qu’il est un peu dans la même veine que Bones. Pensez-vous que Brighter Wounds est un mélange de Remedy et Bones?

Je ne le décrirais pas comme ça. Bones était une explosion d’énergie, née de toute l’effervescence vécue durant notre tournée et de l’excitation de créer de la musique ensemble pour la première fois. Les chansons figurant sur Remedy sont en fait des titres que nous avons créés alors que nous étions déjà en train de composer Brighter Wounds. L’album a pris plus de temps à prendre forme que l’EP. Pour nous en tous cas, il y a beaucoup d’ingrédients qui font que Brighter Wounds est unique en soi. Mais évidemment, c’est nous, le même groupe, qui avons fait ces 2 albums!

À l’écoute d’un album, chacun le comprend de façon différente. En d’autres termes, chaque personne doit trouver sa propre clé afin de le comprendre. Ce qui veut dire qu’il y a autant de personnes qu’il y a de façons de l’interpréter. Concernant Brighter Wounds, quelles étaient vos intentions au départ? Quelles émotions vouliez-vous faire passer à travers vos chansons?

C’est une très bonne observation. Son Lux a à peu près toujours créé de la musique qui a pour but d’être comprise de façon personnelle. Nous voulons que chacun et chacune découvre sa propre relation, son propre lien avec les chansons. Mais ceci dit, cet album est très personnel, en particulier pour Ryan car durant sa création, il est devenu papa et a perdu un ami très cher d’un cancer, tout ça en très peu de temps.

Nous avons récemment parlé avec les membres de Slowdive à propos de musique numérique versus musique analogique. Certains artistes comme Ryan Tedder (One Republic) pensent qu’il n’est plus possible de nos jours d’avoir du succès sans recourir à de la musique numérique. Que pensez-vous de cette affirmation?

Je ne pense pas que ça soit vrai. Il y a énormément de musique très impactante qui exclut la technologie digitale. Mais avec le numérique il y a effectivement une immédiateté de réalisation qui fait partie de la culture actuelle. Tu peux faire beaucoup en très peu de temps.

Vous avez travaillé sur des musiques de films. Si vous deviez choisir un film pour décrire votre nouvel album, lequel choisiriez-vous?

Je pense que je pourrai donner une réponse concrète et honnête dans quelques temps. C’est un exercice difficile de se défaire d’un album et de le penser d’une façon si spécifique. Mais pour essayer de répondre à la question, je dirais que ça doit obligatoirement être un film triste et mélancolique.

En parlant de  cinéma, on se souvient très bien de votre excellent travail sur la bande-son de The Disappearance of Eleanor Rigby. Avez-vous des projets de films en cours? (Avec Ned Benson pour son prochain projet TV peut-être?)

L’année dernière, j’ai (Ryan) travaillé sur la bande originale de Mean Dreams, disponible à présent. C’était le dernier film que Bill Paxton a tourné avant de nous quitter. La musique est atmosphérique et pleine de textures, tout comme Rigby, mais bien plus sombre et dynamique. À certains moments ça devient même sauvage. Allez jeter un oeil!

Et un film que vous avez vu dernièrement et qui vous a scotché?

J’ai vu Baby Driver et c’était top. L’histoire ne sort pas vraiment de l’ordinaire mais tout y est raconté de façon très excitante. Un film vraiment divertissant.

Un film dont vous auriez voulu avoir composé la bande-son?

On adore tous la bande originale poignante de Phantom Thread écrite par Jonny Greenwood. Son utilisation de la texture et de la dissonance est saisissante. Nous sommes heureux qu’il l’ait composée. Bien plus heureux que si on l’avait composée nous-mêmes.

Au Montreux Jazz Festival en 2016, vous avez partagé la scène avec Woodkid. Est-ce qu’une collaboration entre vous serait possible dans le futur?

Tout est possible. Si tu lis ça Woodkid, on devrait essayer de collaborer sur un projet!

Et qu’en est-il de Sisyphus? Un projet en vue avec Sufjan Stevens et Serengeti?

À nouveau, tout est possible mais un nouvel album de Sisyphus me semble très improbable dans un futur proche.

 

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