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Seule La Vie… : des destins croisés jusqu’au bout du monde

La voix de Samuel L. Jackson apparaît comme ça, sans prévenir, dans un scénario écrit et pensé par Will (Oscar Isaac). Mais ce n’est que poudre aux yeux, puisque nous le retrouvons dans une forme déplorable, coiffé de sa casquette noire, double espresso coupé au rhum à la main. L’homme fait peine à voir depuis que Abby (Olivia Wilde), sa femme, l’a laissé. Où est-elle, que fait-elle ? Will y répond grâce à l’aide de sa psy (Annette Bening). Il en parle, il revit les bons moments et se voit même lui faire la morale dans un restaurant… alors qu’elle n’est pas là. Impossible de s’en débarrasser, il l’a dans la peau, elle rôde et hante son esprit.

Photo copyright : Mars Films

Seule la vie… (Life Itself) se décline en plusieurs chapitres. De la vie de Will à sa fille, Dylan (Olivia Cooke) en passant par un riche espagnol, M. Saccione (Antonio Banderas). Diverses existences qui s’entremêlent, entre joie et souffrance. Il est aussi question de narrateur fiable, de narration tangible, voire de perception différente ou personnelle. Alors quand Will parle de fiabilité dans ses propos, le film verse dans une narration instable. Est-ce que Will parle de faits réels ou invente-t-il ? Là se trouve une des forces de Seule la vie…, où les destins peuvent avoir leur lot de surprises.

Transmission générationnelle et destins croisés

Dan Fogelman a le vent en poupe en ce moment. Le créateur de This Is Us surfe sur la vague du succès avec sa série. Alors quand il décide de passer au cinéma et derrière la caméra pour un film qu’il a écrit, difficile de ne pas le cantonner à son show ultra populaire. Et les ingrédients de Seule la vie… rappellent étrangement ceux de This Is Us. Transmission générationnelle, mort, destins croisés, hasard, deuil, reconstruction et on en passe. Est-ce un This Is Us bis ? Pas exactement, mais on s’en rapproche. L’écriture de Fogelman, sa construction se structure en plusieurs niveaux. Le récit trouve la même épaisseur que dans This Is Us. Les personnages sont très écrits, très travaillés. On y explore les tracas, les problèmes de chacun, comme dans une vaste thérapie. Une pseudo autopsie de différents caractères, voire même de l’amour. La vie suit son cours même après la perte d’un être cher et Seule la vie… en parle de manière attendrissante, avec les différents comportements adoptés face au deuil.

Photo copyright : Mars Films

La souffrance émotionnelle est souvent plus forte que la souffrance physique. Will pleure et chante à la fois son malheur, parle de Bob Dylan et de sa mélancolie, de son existence qui ne tient qu’à un fil. Le premier chapitre sur Will est traité d’excellente manière. Il y a le talent d’Oscar Isaac et l’écriture de Fogelman. Comme un hymne au deuil. Ceux qui suivent, spécialement celui de Dylan, sont un ton en-dessous. Peut-être la moins bonne partie nous vient du passage « espagnol », traitant de Javier et d’Isabel. À ce moment-là, le film traîne les pieds et n’apporte pas le même impact, la même intensité que la première partie. On souligne la bonne performance d’Antonio Banderas dans le rôle de Mr. Saccione. Tout en retenue, l’acteur espagnol est l’un des atouts, l’un des points d’ancrage qui maintient la navire à flot dans ce passage un peu laborieux.

Monologue final larmoyant et inutile

Un milieu mollasson, parfois inintéressant. L’embellie reprend quand les destins se rejoignent. Fogelman affectionne ces croisements, animé sûrement par la maxime : le hasard fait bien les choses, ou le destin, c’est selon. La beauté de Seule la vie… se lit à travers des corps vidés de toutes émotions. Des êtres endeuillés qui supplient la vie, qui survivent jusqu’à trouver une solution au coin d’une rue.

Des jolis discours, parfois pompeux, et un monologue final bien maladroit, voire forcé. Un très mauvais choix qui brise le résultat final. On dit que la fin résume la beauté d’un film. Une grosse ombre au tableau quand ce monologue interminable nous pousse à soupirer d’incompréhension. Quand bien même, difficile de cantonner le film à cette errance, sans penser à la structure réussie de Seule la vie… Loin d’être majeur, mais attendrissant.

Casting : Oscar Isaac, Olivia Wilde, Samuel L. Jackson, Antonio Banderas, Olivia Cooke, Annette Bening, Mandy Patinkin, Laia Costa

Fiche technique : Réalisé par : Dan Fogelman / Date de sortie : 31 octobre 2018 / Durée : 118 min / Scénario : Dan Fogelman / Musique : Federico Jusid / Photographie : Brett Pawlak / Distributeur suisse : Ascot Elite