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Pose : une seconde saison toujours autant généreuse, mais moins bonne

Deuxième acte, seconde saison alors que Blanca Rodriguez (MJ Rodriguez) avait retrouvé le sourire, après que la maison Evangelista a réussi à rafler le trophée. Des images de joie avant de nous laisser mijoter un petit moment. Place à la saison 2, à de nouvelles épopées, à plus de profondeur. 

L’ivresse de la victoire étouffe les blessures. Des fractures sociales, des injustices, le combat des LGBTQ, mais il est avant tout question de ce maudit virus du VIH. Pose démarre sur des notes moins joyeuses, c’est même sinistre, le morbide qui toque à la porte. Une ouverture sur des boîtes en bois empilées méthodiquement, en guise de cercueils, là où repose une ami de Pryer. Pose lorgne dès ses premiers segments vers un ton plus lourd. Pryer (Bill Porter) continue son combat, lui-même infecté, et découvre les premières réunions Act Up – comme un air de 120 Battements par minute, film de Robin Campillo sur le groupe Act Up-Paris. Faire valoir ses droits, faire entendre aux hautes instances que le virus fait de gros ravages. Pryer met le pied à l’étrier. 

Madonna et son « Vogue » cartonne dans les charts 

La mort dans un coin de la tête, mais il faut vivre au lieu de se morfondre, mourir à petit feu n’est pas au menu. Là est le leitmotiv d’une communauté toujours plus confrontée à la maladie. Un coup de pouce grâce au succès planétaire du morceau « Vogue » de Madonna – début des années 90 -, une publicité qui permet d’entrevoir une légère lueur, regonflant le moral des troupes. Les strass et paillettes sont accessibles pour les repus de la société : Angel (Indya Moore) pose pour une marque de cosmétique, Damon (Ryan Jamaal Swain) passe un casting pour un artiste sur le point de faire une grosse tournée ; il n’y a plus que le voguing, ce moment retiré de l’avanie quotidienne. Le monde extérieur s’intéresse dorénavant à cette nouvelle communauté. La différence fait son entrée en scène. 

Photo copyright : FX

Une reconnaissance alors que sida continue à faire des ravages. Les funérailles s’enchaînent, les pleurs et les cris de douleur aussi. Blanca par exemple, persiste dans le déni, refusant de prendre au sérieux sa maladie. Pryer préfère rester à l’écart d’une hypothétique relation, tiraillé par le VIH. La peur, la séropositivité, le déni, l’activisme. Une saison 2 qui souhaite explorer en profondeur les fêlures, le nouvel élan d’activisme comme l’évoque ce volet de Pose. Il est même question de la fameuse manifestation des membres d’Act Up se couchant au milieu de la St. Patrick’s Cathedral de New York. 

Une seconde saison un ton en-dessous 

Après une première saison rondement menée, avec ses moments forts et festifs, Pose descend d’un cran. Redondance comme faille, un second épisode poussif. On serait même tenté de dire que le voguing freine le récit, déconstruit les bases d’un premier épisode convaincant : une première séquence qui nous soulève le coeur, les émotions au rendez-vous, l’écriture précise et poignante du duo Falkchuk/Murphy – dans la même veine que The Normal Heart – nous emporte dès les premières minutes. C’est un peu plus désordonné par la suite, sensibleries à foison, mais tout en restant assez profond pour nous maintenir dans ce combat social. L’équilibre est certes bancal mais ça se tient.

La délicatesse de Ryan Porter, le charme de Indya Moore, la diva et prêtresse Dominique Jackson dans la peau d’Elektra Abundance, l’engagement de MJ Rodriguez, des personnages haut en couleur, dans le même élan féroce que la précédente saison. Les effluves du sida toujours plus pesantes, les visages toujours plus fermés, vivre ou mourir dans l’anonymat ? Pose brise le silence, autrement c’est la mort assurée. Le chaos exorcisé par des parades déguisées pour faire valoir leur différence. Le discours est poignant, l’exécution l’est moins. Mais chacun des personnages possède cet amour intérieur, cette générosité, ce sentiment d’appartenance à une communauté qui ne baissera pas les bras de sitôt. 

Casting : MJ Rodriguez, Dominique Jackson, Billy Porter, Ryan Jamaal Swain, Indya Moore, Evan Peters

Fiche technique : Créée par : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Steven Canals / Date de sortie : 11 juin 2019 Chaîne : FX et diffusion sur Canal+ le 12 juin / Format : 10 épisodes – 50 min