Search for content, post, videos

Scott Cooper touche parfois au sublime avec Hostiles

Scott Cooper avait dirigé l’effrayant Johnny Depp sous les traits de Whitey Bulgar dans Strictly Criminal (Black Mass). Cette fois-ci, Cooper suit non pas un hors-la-loi mais un représentant de la loi, le Capitaine Joseph Blocker (Christian Bale), dans un western tout en retenue, loin des standards sanglants et dégoulinants d’un western spaghetti à la sauce Tarantinesque.

En 1892, Joseph Blocker a vécu une vie parsemée de crimes. Son existence est marquée par la mort, elle lui rôde autour. Il éprouve une véritable haine envers les Cheyennes, les sangs rouges. Contraint par son supérieur et même par le Président de l’époque, Benjamin Harrison, Blocker doit escorter le grand chef Yellow Hawk (Wes Studi) et sa famille sur leurs terres. Un long voyage du Nouveau-Mexique au Montana qui verra Blocker et ses soldats croiser le chemin de Rosalee Quaid (Rosamund Pike), seule rescapée du massacre de sa famille. Désormais veuve, elle prend la route avec eux.

Western nuancé et façonné par la mort

On découvre, assises autour d’une table, Rosalee et ses propres filles à étudier l’emploi de l’adverbe. Dehors, Wesley, le mari, coupe du bois. Tout est normal jusqu’au moment où des Comanches nommés « la bande des serpents à sonnette » débarquent et font un véritable carnage. Les filles, le mari et le nouveau-né sont massacrés. Rosalee, elle, réussit à échapper aux griffes ou au venin de la bande si vous préférez. Le massacre des Quaid passé, au tour de Blocker de… maltraiter des Cheyennes pour les emprisonner. Lui reste immobile, de marbre en regardant ses soldats le ligoter et le trainer. Le Far West, le vrai semble vouloir montrer Scott Cooper.

Les choses vont devenir moins violentes, plus psychologiques. Visage fermé, pas une parole plus haute que l’autre, Joseph Blocker est un homme qui porte des séquelles, des plaies qui ne se refermeront jamais. Un ancien héros de guerre qui suit les ordres. Souvent, cette phrase ressort, presque machinalement : « Je fais juste mon job ». L’homme est un écorché, à la haine froide comme la glace. Les hommes tués sur le champ de bataille le suivent comme son ombre, tout comme ses amis écartelés et trucidés par les Amérindiens. D’où sa profonde colère envers ces tribus. Mais même si l’homme intériorise cette profonde violence et haine raciale, c’est surtout le deuil qui l’accompagne, comme il l’explique d’une voix très froide et timide. La perte de ses amis reste gravée à jamais et rien ne pourra lui enlever ça de l’esprit. Sa rencontre avec Rosalee lui rappelle qu’ils sont deux à être en deuil, deux avoir vécu et vu l’horreur de leurs propres yeux.

Un excellent Christian Bale

La patte de Scott Cooper exerce une certaine emprise sur vous. Comme dans Strictly Criminal, on sent cette facette très froide, très brutale et authentique. Le film développe une puissance millimétrée qui s’aiguise plus les coups partent, plus la poudre à canon s’échappe. Tout au long du voyage, les dialogues tournent autour de la mort. On parle même de sa franchise, elle ne vous rate pas. Un genre de voyage initiatique qui apaise les moeurs, la souffrance et la douleur. Cooper façonne un western élégant, presque contemplatif, où ténacité et tristesse font équipe. La cruauté et la haine ne sont qu’un lointain souvenir quand le mal approche. La solidarité devient une obligation pour s’en sortir. Les frontières ethniques n’existent plus et la peur se chuchote à l’oreille du vent.

Les frontières ethniques n’existent plus et la peur se chuchote à l’oreille du vent.

Photo copyright : Universum film

Si le personnage de Blocker peut être prévisible, tout comme la fin du métrage, il n’en est pas moins un personnage bien écrit, parfaitement campé par un Christian Bale touchant, brillant par moments. On notera cette belle séquence où Metz (Rory Cochrane) avoue son ras-le-bol des morts à la pelle et de la violence qui règne, tandis que Blocker le regarde presque hagard, sans savoir véritablement quoi dire. Rosamund Pike amène une touche plus courageuse, confrontée à l’hostilité de l’homme.

Hostiles est un western authentique, différent, à l’esthétique léchée que Cooper traite avec une vision humaine et inhumaine à fois. Un puzzle où les pièces éparpillées tentent de se rassembler. Une histoire avec ses hauts et ses bas, touchant parfois au sublime. On regrette cette fin un peu facile, sans pour autant ternir une oeuvre de grande qualité, qu’on peut même qualifier de denrée rare dans le genre western.

Casting : Christina Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Adame Beech, Ben Foster, Rory Cochrane, Jesse Plemons, Timothée Chalamet, Peter Mullan

Fiche technique : Réalisé par : Scott Cooper / Date de sortie : 28 mars 2018 / Durée : 133 min / Scénario : Scott Cooper / Musique : Max Richter / Photographie : Masanobu Takayanagi / Distributeur suisse : Ascot Elite