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Sans Un Bruit : un silence asphyxiant

Derrière la caméra, John Krasinski réussit un vrai tour de force avec Sans Un Bruit (A Quiet Place), où le moindre petit bruissement entraîne immédiatement la mort.

Langage des signes, légers chuchotements. Le silence est le maître mot pour la famille Abbott, surtout quand elle perd un enfant à cause d’un jouet légèrement trop bruyant. Une mise en bouche violente, imprévisible, parce que nous ne savons pas pourquoi les 5 membres – rapidement 4 – sont si silencieux. Pourquoi ont-ils si peur du moindre craquement ? Rapidement les craintes sont justifiées, dès qu’une créature aveugle vient faucher le petit dernier du clan. La scène est brutale et sourde. Les dés sont lancés.

Deux lignes de dialogue pour un sentiment d’angoisse perpétuel

La grande force de Sans Un Bruit réside, comme son nom l’indique, dans ce climat sourd. La violence se faufile dans les champs de maïs, dans la forêt environnante, attendant le premier petit bruit pour régler la mire et attaquer sa proie. Ces créatures, la violence incarnée, sont aussi rapides que l’éclair. La foudre s’abat lorsque le bruit surgit. Impossible d’échapper à ces bêtes dès que vous êtes dans le viseur.

Photo copyright : Paramount Pictures/JonnyCournoyer

Dans sa forme, le film est assez basique, mais Krasinski réussit à construire intelligemment son récit. Premièrement, nous ne connaissons pas vraiment l’ origine de ces créatures. Sont-elles une pure invention de l’homme ? Deuxièmement, nous nous retrouvons presque en huis-clos, au milieu de nulle part, au milieu des champs, où la famille Abbott se barricade dans une ferme. Plus personne à l’horizon. Sont-ils les derniers survivants ? Les questions demeurent.

De multiples zones d’ombre rendent le récit encore plus mystérieux. On ne sait pas grand chose, par contre on retient notre souffle pendant plus de 90 minutes, surtout dans une dernière demi-heure asphyxiante. L’angoisse vous cloue dans votre siège, en vous agrippant pour savoir qu’est-ce qu’il adviendra des personnages.

Pourquoi mettre au monde un enfant ?

La grande incohérence réside dans la grossesse d’Evelyn (Emily Blunt). La question est légitime puisque le monde semble courir à sa perte. Tout est vide et tout le monde se cloisonne dans le silence pour ne pas être capturé et massacré. Alors qu’est-ce qu’un bébé vient faire là ? Une naissance « suicide ». La réponse se trouve dans l’une des thématiques principales : la dimension parentale. Le dévouement de Lee (John Krasinski) et Evelyn, même face à « la fin du monde », traduit la foi en l’humanité en perpétuant les générations futures.

Photo copyright : Paramount Pictures/Jonny Cournoyer

Les moments effrayants, la relation quelque peu tendue entre Lee et Regan – interprétée par Millicent Simmonds, aperçue dans Le Musée des Merveilles de Todd Haynes -, la maternité d’Evelyn. De nombreux points structurant le récit au milieu des bêtes assoiffées de chair humaine. Au risque de nous répéter, cette dernière demi-heure d’une pure intensité vaut le détour. Krasinski réussit à tenir sur la longueur et à déballer un film à suspense, touchant aussi.

Casting : John Krasinski, Emily Blunt, Millicent Simmonds, Noah Jupe, Leon Russom, Doris McCarthy

Fiche technique : Réalisé par : John Krasinski / Date de sortie : 20 juin 2018 / Durée : 90 min / Scénario : Scott Beck, Bryan Woods, John Krasinski / Musique : Marco Beltrami / Photographie : Charlotte Bruus Christensen / Distribution suisse : Disney