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Sami Blood : petit film deviendra grand

La rupture avec sa propre famille. Partir loin de son peuple pour atteindre ses objectifs. Vouloir changer son avenir alors tout tracé. Face à une violente répression culturelle, Elle-Marja, 14 ans, souhaite fuir son peuple Sami, un peuple éleveur de rênes, afin de rejoindre la ville de Uppsala. Son rêve? Devenir professeur et non éleveuse de rênes comme le sont ses ancêtres. Elle désire se débarrasser de son vêtement traditionnel Sami pour enfiler des habits de Suédois lambda. Mais rien n’est facile pour Elle-Marja confrontée à la difficulté de la vie dans les années 1930.

Sami Blood peut rappeler Thelma, le dernier film de  Joachim Trier. Des similitudes qui se traduisent par une actrice principale excellente, brillante même, et une furieuse envie d’enfouir son passé. L’envie de quitter les siens, de recommencer sa vie à zéro pour véritablement exister. Tout les ingrédients sont là pour rappeler le lyrisme de Thelma. Une cruauté latente qui ne fait que grandir à travers le regard vif, perçant de Elle-Marja, jouée par la talentueuse Lene Cecilia Sparrok.

Photo copyright : Sophia Olsson

Renier ses origines pour trouver sa propre identité

Elle-Marja repousse sa petite soeur – interprétée par Mia Erika Sparrok, la soeur de Lene Cecilia -, alors qu’elles s’entendent comme larrons en foire. Un acte qui amorce un déclic dans l’esprit de la jeune adolescente. Les choses s’emballent un peu trop vite pour une fille de 14 ans. Mais sa hargne, sa soif de liberté la pousse à une rébellion qui lui permettra de déserter le nid familial afin de voler de ses propres ailes. Un chemin semé d’embûches et dorénavant sous une autre identité, Elle-Marja entame une route exaltante qui lui vaudra des moments de solitude profonde. Son salut lui vient de Uppsala où elle décide de retrouver la trace d’un garçon rencontré auparavant à un bal près de chez elle. Un jeune homme de bonne famille qui voit débarquer une Sami dans sa maison. La présence de la jeune fille dérange et les parents ordonnent au garçon de la mettre à la porte. À la rue, elle débarque dans une école de la ville et s’y inscrit. Le hic : la facture à régler. Retour sur la terre de ses ancêtres pour quémander de l’argent à sa mère. Un retour au bercail qui ne fera qu’empirer la situation jusqu’à l’explosion de colère de Ella-Marja, qui se traduit par un acharnement violent sur un rêne – une séquence somptueuse qui allie poésie et colère. Le signe d’une fracture qui ne trompe pas. Marre d’être traitée comme une pestiférée et perçue comme un spécimen rare, comme lui font ressentir les « vrais » suédois. Elle-Marja veut prendre sa vie en main et obtient la somme escomptée pour quitter les lieux.

Un premier long métrage puissant d’Amanda Kernell

Le chemin choisi par Elle-Marja, que nous retrouvons vieillie et retraitée alors qu’elle se rend à l’enterrement de sa petite soeur, n’a jamais vraiment été digéré par ses proches. Son « retour à la maison » ne l’enchante pas mais on ne peut renier ses origines éternellement. C’est ce que parvient à mettre en scène de manière sobre et poignante la réalisatrice débutante Amanda Kernell. Les thématiques de l’héritage culturel et la crise identitaire construisent une carapace que Kernell décrit avec une force émotionnelle et une envie débordante symbolisées par le regard brûlant de Lene Cecilia Sparrok. Car au milieu de la foule déchaînée, c’est une jeune fille qui endure les insultes et les remarques désobligeantes. Jamais considérée comme assez bien, elle ne se désunit jamais face à la méchanceté. Un tempérament de fer qui virevolte et élève le métrage au rang de révélation de l’année.

Casting : Lene Cecilia Sparrok, Hanna Alström, Olle Sari, Malin Crepin, Andreas Kundler

Fiche technique : Réalisé par : Amanda Kernell / Date de sortie : 10 janvier 2018 / Durée : 90 min / Scénario : Amanda Kernell / Photographie : Sophia Olsson / Distribution suisse : Xenix