Search for content, post, videos

Sale temps à l’hôtel El Royale : la roulette russe des menteurs

Un titre à rallonge et un Goddard derrière la caméra, mais un autre genre de Goddard, pas celui avec un seul d. Celui qui nous intéresse s’appelle Drew Goddard et s’est fait connaître avec La Cabane dans les bois, en tant que réalisateur mais également en tant que scénariste pour Seul sur Mars, Cloverfield ou encore la série Daredevil. Joli curriculum vitae.

Photo copyright : Twentieth Century Fox

Son second film s’appelle Sale temps à l’hôtel El Royale (Bad Times at the El Royale) et nous projette dans un hôtel qui a perdu de son lustre d’antan. Et même si le mobilier reste clinquant, les clients font défaut. Il est désert. À cheval entre le Nevada et la Californie, l’établissement trône non loin du Lac Tahoe et est bourré de petites cachettes. Des petits couloirs qui amènent sur une vue périphérique des chambres. Espionner semble être le sport national des dirigeants de l’hôtel. Derrière chacun des murs semble se cacher quelque chose. Un vrai traquenard où nous retrouvons de parfaits étrangers : le prêtre Père Flynn (Jeff Bridges), la chanteuse Darlene Sweet (Cynthia Erivo), le vendeur d’aspirateur Laramie Sullivan (Jon Hamm), Emily Summerspring (Dakota Johnson) avec un colis vivant comme compagnie, le seul réceptionniste de l’hôtel Miles (Lewis Pullman) et arrivera un peu plus tard, le gourou Billy Lee (Chris Hemsworth).

Un dérivé tarantinesque synthétisé

Goddard étend son histoire sur plus de 140 minutes, à décrire chacun des personnages minutieusement, synthétisant humour et twists imprévisibles dans une atmosphère sixties délicieusement mise en scène. Comédie noir croisée au thriller stylisé, Sale temps à l’hôtel El Royale mise à fond sur son casting, sur son écriture détaillée, racé comme un vrai film de scénariste, avec de nombreuses séquences qui retracent les innombrables angles du récit. À l’image de la série The Haunting of Hill House, chacun des personnages a droit à son heure de gloire, jalonné de nombreux flashbacks pour tout replacer dans son contexte. Ce souci du détail, Goddard en fait une marque de fabrique. Différents angles qui étirent l’histoire jusqu’à se rendre coupable de plusieurs longueurs.

Photo copyright : Twentieth Century Fox

Structure délicate, sorte de « un pas en avant deux pas en arrière », le scénario tient à un fil, sur-vitaminé au gospel des Isley Brothers et à l’excellent morceau « Hush » de Deep Purple. Un genre d’hommage aux années 60 et 70, où l’énergie débordante de Goddard s’amorce comme une bombe à retardement. Car l’imprévisibilité du début s’avère efficace, voire tonitruante. Personne n’est à l’abri d’une mauvaise surprise à El Royale, chacun cache bien son jeu, refusant catégoriquement de mettre cartes sur table.

Chris Hemsworth, le terrible hippie et une fin tristounette

De belles promesses souvent confirmées mais le hic réside sur un dénouement un peu facile, voire tristounet. À force de trop en vouloir, Goddard se retrouve à un point de non-retour, comme une impasse qui se présentait à lui au moment de l’écriture. Le temps pris pour brosser le portrait de tous les personnages amenait une touche audacieuse et détaillée. Toutes ces âmes rattachées à cet hôtel qui à force fragilise le rythme. À trop en faire, on en perd son latin. Quand bien même, la chance sourit aux audacieux, et difficile de reprocher ça au réalisateur. De la petite danse de Chris Hemsworth dans son rôle de hippie allumé, à l’étrange Père Flynn, en passant par le petit rôle de Xavier Dolan, Sale temps à l’hôtel El Royale respire l’énergie en slalomant entre ses personnages imprévisibles.

Casting : Jeff Bridges, Jon Hamm, Chris Hemsworth, Dakota Johnson, Cynthia Erivo, Lewis Pullman, Xavier Dolan, Cailee Spaeny



Fiche technique : Réalisé par : Drew Goddard / Date de sortie : 7 novembre 2018 / Durée : 142 min / Scénario : Drew Goddard / Musique : Michael Giacchino / Photographie : Seamus McGarvey / Distributeur suisse : Fox-Warner