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Qu’on le veuille ou non, Shia LaBeouf est un immense acteur

« Just Do It ». La toile s’est souvent moquée d’un acteur dont beaucoup parlent comme un artiste incompris, comme l’enfant terrible du septième art. Lui qui est arrivé un sac sur la tête pour la présentation de Nymphomaniac, où il était inscrit « I’m not famous anymore ». Il s’est même fendu d’une phrase devenue célèbre par l’intermédiaire d’Eric Cantona : « Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est parce qu’elles pensent que des sardines seront jetées à la mer », avait-il assené à la conférence de presse de la nouvelle oeuvre controversée de Lars von Trier en 2014, au festival de Berlin. Lui qui entretient une relation très complexe avec sa famille – il est enfant unique – et se retrouve très souvent dans la rubrique des faits divers, pour avoir troublé l’ordre public après une beuverie ou des coups de sang dont il a le secret. Un homme complètement détaché du star-system qu’il semble vomir de tout son être, comme si déconnecté de la réalité, il décide de prendre tout son monde à contre-pied. Instigateur d’une performance de 72 heures où il regarde la totalité de ses films dans un cinéma de quartier à New York, alors qu’il est filmé et scruté par des milliers d’internautes qui peuvent le suivre dans son expérience introspective, ses actes sont souvent étranges et incompréhensibles, comme si le spécimen jouait un rôle perpétuel.

Oui, nous parlons de Shia LaBeouf. Devenu populaire grâce à ses rôles dans la saga Transformers et Indiana Jones, des films qu’il n’hésite pas à dégommer, l’acteur âgé de 31 ans s’est tourné vers un autre registre depuis. Dorénavant, les blockbusters ne sont plus sa marque de fabrique, bien décidé à se démarquer dans le cinéma indé. Un virage amorcé avec son rôle dans Des Hommes sans loi, en 2012, et poursuivi dans Charlie Countryman de Frederik Bond. Mais LaBeouf prend une autre dimension avec son rôle dans Nymphomaniac et dans Fury, lui qui a suscité la controverse et l’ire de ses collègues acteurs durant le tournage, même si on ne sait pas vraiment les dessous exact de l’affaire.

Comme habité dans Man Down ou American Honey

En 2015, il crée un mini-buzz avec sa performance de danse dans le clip de Sia, Elastic Heart. Visionnée plus de 800 millions de fois, la vidéo fait un carton international. On y aperçoit l’américain plus massif que jamais, car au même moment, il venait de terminer le tournage de Man Down. Présenté à la Mostra de Venise, le film de Dito Montiel est loin d’être une réussite. Misant sur un twist final à couper le souffle, le film traîne les pieds durant près de 90 minutes mais profite d’un Shia LaBeouf transfiguré. Inédit en Suisse et en France, Man Down démontre que le natif de Los Angeles est un monstre de comédie. Impliqué, touchant, monstrueux par instants, il prouve son immense talent, surfant sur la faiblesse du film pour le porter à lui tout seul.

Car l’homme a de l’énergie à revendre mais ne la gaspille pas pour autant. Peut-être à l’abri des problèmes financiers, ses choix sont réfléchis et peu nombreux. En 2016, il est au générique d’American Honey d’Andrea Arnold. Présenté à Cannes, le métrage suit les aventures d’une équipe de jeunes sur les routes des États-Unis. Un road trip furieux, parfois lancinant, où Shia LaBeouf campe Jake. Il y a des airs de Kerouac dans cette oeuvre. Un On The Road 2.0, une génération beatniks du 21e siècle qui colle au caractère sauvage et imprévisible de l’acteur californien. LaBeouf est un mix entre Neal Cassady et Jack Kerouac, et c’est une enveloppe qui lui sied à merveille. Il démontre une nouvelle fois toute l’étendue de son talent sous la houlette d’Andrea Arnold.

Parfois derrière la caméra et très attendu dans Borg Vs. McEnroe

Même s’il excelle devant la caméra, le comédien californien n’hésite pas à se lancer dans plusieurs projets derrière la caméra. Il a par ailleurs travaillé avec Marilyn Manson pour réaliser Born Villain, un court-métrage glauque et complètement allumé. À nouveau, il surprend dans ses choix avec cette collaboration avec le maître du rock gothique, comme son incursion sur une radio pour déposer un freestyle de rap venu d’ailleurs. LaBeouf ne veut pas faire comme les autres, il est là où on ne l’attend pas. Qui l’eût cru, des années après son rôle insouciant dans Transformers, que derrière cet acteur âgé de 21 ans se cachait un phénomène du cinéma. Personne!

Photo copyright: Pretty Pictures

Qu’on l’aime ou pas, LaBeouf déchaîne les passions dans tous les sens du terme. La mise en ligne de Borg Vs. McEnroe fut très commentée par les internautes pour exprimer leur joie de revoir la vedette. Il est vrai que voir le californien dans la peau du bouillant John McEnroe a de quoi titiller. La bande-annonce laisse présager d’excellentes choses. Et si le biopic sur les deux légendes du tennis est prévu pour une sortie initiale le 15 septembre – le 8 novembre pour la France -, LaBeouf, lui, est en plein tournage aux côtés de Dakota Johnson et Bruce Dern, pour The Peanut Butter Falcon.

Deux projets qui nous réjouissent car un acteur de la trempe de LaBeouf ne court pas les rues. Aussi sulfureux que talentueux, son obsession d’être à 100% dans ses personnages rappelle un certain Daniel Day-Lewis, toutes proportions gardées. Deux acteurs à l’intensité de jeu phénoménale, voire unique. Qu’on le veuille ou non, Shia LaBeouf est l’un des grands acteurs de sa génération. Un point c’est tout.