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Que valent Bonding et Special, les deux premières séries en format court made in Netflix ?

Netflix s’est mis au format sitcom avec deux nouvelles séries. Special et Bonding sont les nouveaux bébés de la firme de Los Gatos. L’une parle de l’histoire de Ryan O’Connell, scénariste d’Awkward notamment, mettant en scène sa propre vie, et la seconde traite avec dérision du milieu BDSM. Deux sujets si différents se rejoignant, comme exorcisme du passé et du présent.

Special et son émancipation humoristique

« Je suis hyper jaloux de Bob. Avoir une forme d’handicap léger, c’est comme être métisse. » Un première phrase aussi cocasse que. Le moins que l’on puisse dire c’est que Ryan O’Connell a la plume acérée et bien comique. Il suffit de rappeler son travail sur la série Awkward, diffusée sur MTV. Sous les traits de Ryan Kayes, il campe son propre rôle, retraverse son passé en adaptant ses mémoires I’m Special, and other lies we tell ourselves.

Photo copyright : Netflix

Special est la première sitcom produite par Netflix, dans un genre comique, mais soulève des questionnements. Non, O’Connell ne traite pas des minorités, ne se complaît pas dans un propos aseptisé sur le handicap ou l’homosexualité. Grâce à un article sur un webmédia nommé Eggwoke où travaille Ryan, le garçon va passer outre son trouble moteur lié à une lésion au cerveau, et croquer la vie à pleines dents : rencontrer des gars, profiter des soirées avec sa pote Kim (Punam Patel) et… trouver son petit nid douillet. Car oui, Special n’est pas aussi caricatural qu’attendu – même si O’Connell tire légèrement sur la corde par instants -, mais démontre le besoin d’indépendance d’une personne handicapée. À travers sa rédaction un peu loufoque, dirigée par une boss (Marla Midelle) un peu dérangée qui exploite les expériences de ses rédacteurs, Ryan se libère de son enfermement lié à son handicap. Fini de se lamenter. Un nouveau job, une aubaine pour Ryan, qui lui permet d’enclencher la seconde vitesse, de sortir du cocon pour évoluer dans sa propre existence.

Émancipation, voici le maître-mot. La série passe la majorité de son temps à fixer la problématique entre Ryan et sa mère, Karen – l’excellente Jessica Hecht. « Il est dur de fuir qui l’on est » répète Ryan. Et oui, le propos déjoue les niaiseries redoutées et Special plait par son honnêteté, ses quelques blagues furtives, pour se terminer sur un 8ème et dernier épisode à l’image de la série : surprenant.

Bonding et son monde à part

Le sadomasochisme a vécu un vrai dépoussiérage grâce – ou à cause – à 50 Nuances de Grey. Les aventures de Christian Grey et d’Anastasia Steele ont rempli les salles. Et si vous avez apprécié les récits d’E.L. James, passez votre chemin si vous vous attendez à la même chose, à la même mélasse. Bonding s’empare d’une toute autre manière du sujet.

De nouvelles aventures, plus comiques, plus décalées. Tiff (Zoe Levin) devient Miss May, une dominatrice. Elle est épaulée par Peter (Brendan Scannell) renommé Carter, avant de prendre en galon et devenir Master Carter. Deux amis de longue date plongés dans une aventure BDSM. Le donjon et le cuir, les spécimens qui paient pour se faire « pisser » dessus ou écraser les doigts, ces hommes viennent se faire humilier pour se libérer de la honte qui sommeille en eux. De l’hilarant Fred à Rolf, les personnages qu’on qualifiera de « spéciaux » ne sont pas en reste. Même tarif pour les quelques sorties bien senties : « j’ai fait éjaculer ton âme » ose Tiff en discutant avec Peter. Le duo est assez efficace, une belle alchimie se dégage entre Levin et Scannell.

Malgré une entrée en matière osée, drôle et deux acteurs intéressants, Bonding pêche dans son écriture et dans le message qu’il véhicule. Un peu sous-écrit de manière générale, l’histoire est à l’image de Tiff : sous l’attirail de la dominatrice se cache une jeune fille blessée dans sa chair. Débarrassé de son humour décalé et du sujet BDSM, Bonding peine à capter l’attention et devient simpliste. Tiff, lacérée par les garçons, par son passé de « fille facile » au lycée, tente de reconstruire pièce par pièce son existence, en étudiant et en dominant les hommes. Rightor Doyle (Nerve, Barry) utilise le BDSM comme artifice pour exposer une vision tendre et (un peu) légère de deux jeunes paumés dans leurs vies respectives. Sombrant vers de légers poncifs et coupable de quelques caricatures sociétales, Bonding, loin d’être flamboyant, reste un divertissement sympathique, bien servi par son format court.