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Pourquoi Lance Armstrong continuera à fasciner le cinéma ?

Stop At Nothing d’Alex Holmes, sorti en 2014 et dorénavant visible sur Netflix, The Armstrong Lie d’Alex Gibbney, et dernièrement Icare (Icarus) de Bryan Fogel – même si ce n’est pas le sujet principal -, visible également sur Netflix. À travers ces documentaires, l’image du champion texan est écornée, l’homme est traîné dans la boue par une multitude de journalistes, spécialistes du sport, anciens coéquipiers et autres collaborateurs. Lance Armstrong a mené une carrière sportive basée sur un immense mensonge, sur une vaste supercherie menée durant tant d’années. Son nom est associé à jamais au dopage malgré ses exploits retentissants. Du jour au lendemain, sa vie a pris une tournure cauchemardesque, ses contrats juteux envolés dans la nature. Lance Armstrong parle de 75 millions perdus en une journée.

Après que la vérité a éclaté, les documentaires n’ont cessé de fleurir et même une fiction, The Program, signée Stephen Frears a vu le jour. Pour la petite anecdote, Ben Foster qui a endossé le rôle du cycliste américain s’est même décidé à prendre de l’EPO pour ressentir les mêmes sensations que le cycliste américain. Lance Armstrong est devenu, le jour où il a tout avoué, un sujet décortiqué et tourné dans tous les sens tant l’individu a repoussé les limites du sport. Son statut est passé de champion à personnage unique dans la société américaine et même dans le monde.

Un homme transfiguré par la gagne

Frankie Andreu, l’un des anciens coéquipiers de Lance à l’US Postal, a dit cette phrase qui sonne comme une profonde tristesse : « Je ne connais plus Lance, maintenant. Le mec que j’ai connu en 1993, je me suis éclaté avec et c’était un super ami. C’est dur pour moi d’en parler. » Un choc pour cet ami d’antan, spectateur du parcours d’un cycliste qui, dopé par la soif de vaincre, va se transformer personnellement et en profitera également pour déteindre sur son entourage. Une équipe à la pointe des méthodes de dopage, jouant souvent avec le feu comme le souligne Emma O’Reilly, ancienne masseuse de l’équipe US Postal, à l’occasion de plusieurs entrevues dans Stop At Nothing.

Ben Foster dans la peau de Lance Armstrong – Photo copyright : StudioCanal

Au fil des nombreuses archives qui défilent, le visage de Lance Armstrong se montre de plus en plus impassible face à la horde de journalistes désireux de faire tomber une figure emblématique du sport américain et du cyclisme mondial. Mais l’apparence décontractée cache une vraie stratégie, sur le vélo comme hors des compétitions, qui ne laisse aucune place à l’hésitation. Un furieux stratège prêt à écraser la moindre personne se mettant en travers de son chemin. Hors et sur le vélo, faut-il le souligner…

Lance Armstrong représente un tout que le cinéma adore mettre en scène

Acculé de dettes et (re)tombé dans un certain anonymat, Lance Armstrong trottera à jamais dans la mémoire collective. Pourquoi ? Très simple. L’athlète, malgré ses aveux de dopage, reste un sportif d’exception, une personnalité comme il en existe peu. Son nom est fort, on s’en rappelle à la première lecture, au premier son, et il représente un tout, un combattant que les Américains ont aimé et même après ses aveux, continuent à l’apprécier malgré cette immonde supercherie. « Lance a un coeur pour tous les patients atteints du cancer, et c’est ça qui compte », écrit un internaute dans les commentaires Youtube de la bande-annonce de The Program. Lance a réussi à laisser une trace dans la pensée collective des Américains, grâce à son combat contre le cancer et, qui sait, grâce à ses aveux en direct face à Oprah Winfrey. Faute avouée à moitié pardonnée ? Peut-être…

Un début de carrière fulgurant, vaincre le cancer, retrouver le haut-niveau après la maladie, gagner de nombreux titres, créer une association pour venir en aide aux victimes du cancer. Tout ça, Lance Armstrong l’a fait au prix de nombreuses manigances déloyales. Il a créé un être qu’on pensait parfait malgré les soupçons. Si fort, si sûr de lui, si autoritaire qu’il a réussi à contrer une enquête fédérale grâce ses relations. L’homme est intouchable, il est devenu trop puissant aux yeux des journalistes et des institutions sportives. Il se pensait au-dessus des lois, à force de marcher sur les autres pour ses intérêts personnels.

Le journaliste David Walsh, l’auteur du livre qui a inspiré le film de Stephen Frears, en parle lui-même comme un braqueur qu’on façonne à Hollywood. « Lance a commis l’erreur de se lancer dans un dernier braquage, comme chaque braqueur célèbre le fait au cinéma », s’amuse à expliquer Walsh. Lance Armstrong, comme tous les champions d’exception, a ce besoin maladif de rester dans la lumière. La lumière a façonné Lance, mais l’a aussi perverti. De l’auto-sabotage en somme, trop gourmand à vouloir goûter une nouvelle fois à l’adrénaline de la gagne.

Le journaliste David Walsh, l’auteur du livre qui a inspiré le film de Stephen Frears, en parle lui-même comme un braqueur qu’on façonne à Hollywood

Un survivant que seul le cinéma peut créer. Le monstre modelé par Lance a évolué et pris des proportions énormes avant de sombrer lamentablement et de devenir la victime principale dans l’immense business qu’est le sport. Un sujet qui traversera les générations et qui ne manquera pas d’alimenter des histoires et des scénarios à l’avenir. Une « epic story », comme on l’entend dans le documentaire d’Alex Holmes. Il y a cette phrase écrite sur le compte officiel Twitter de l’ex-septuple vainqueur du Tour de France : il y a une raison pour laquelle le pare-brise est plus grand que le rétroviseur. Avec Armstrong, le passé et le présent ne font qu’un. L’homme est intergénérationnel et continuera à fasciner, en bien ou en mal, les gens et le cinéma par la même occasion.