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Paterson: fresque délicieusement poétique

Jim Jarmusch nous entraine, pendant une semaine, dans le quotidien de Paterson (Adam Driver), un chauffeur de bus qui vit à…Paterson. Doué pour la poésie, l’homme mène une vie réglée à la minute près entre son boulot, ses promenades avec son chien Marvin et ses bières au bar du coin. Une vie qu’il partage avec Laura (Golshifteh Farahani), une femme qui ne manque pas de projets artistiques.

Toujours accompagné de son carnet secret, Paterson enferme des poèmes à la prose bien sentie. Paterson, le film, c’est avant tout un clin d’oeil à William Carlos Williams, poète du coin, très célèbre pour son recueil nommé…Paterson. Paterson est le centre des débats, le centre d’attention de Jim Jarmusch pour nous exposer une oeuvre captivante par sa beauté poétique, aussi subtile et drôle soit-elle. Tout est calibré – comme la vie de Paterson -, tout est détail dans le cinéma de Jarmusch.

Condensé de routine et de poésie, Paterson provoque une sensation de microcosme temporel, tout semble suspendu, le temps s’arrête et Paterson se présente tel un tableau animé où amour et sécurité sont un délicieux ensemble indéboulonnable. À Paterson, il fait bon vivre, les gens ne connaissent pas la violence, les voix ne s’élèvent pas, sinon la poésie concoctée par son chef d’orchestre – Jarmusch pour le coup – se verrait bafouée, voire horrifiée.

Jarmusch magnifie la simplicité

Les artifices ne sont pas dans le vocabulaire de Jim Jarmusch. Tout est simple, tout est poésie à Paterson. La simplicité en devient belle, aussi sobre que délicieuse. N’y voyez pas de la flemmardise, car Paterson est à l’image de son acteur principal, un homme qui s’exalte, qui se contente d’habitudes qui le rendent heureux. Modeste et attachant, Paterson – le personnage cette fois-ci – s’émoustille face à la moindre expérience artistique de sa femme, dont le rêve est de devenir une star de la country grâce aux conseils d’un obscur personnage nommé Esteban.

Copyright Mary Cybulski

Copyright Mary Cybulski

Pour ce couple, la vie s’apparente à un long fleuve tranquille, les journées se ressemblent pour Paterson et Laura. L’un fait ses heures à bord de son bus et écrit ses poèmes à sa pause de midi et avant de prendre son service le matin, et l’autre tente et expérimente avec une certaine euphorie, une ribambelle de choses qui lui traversent par l’esprit. Le portrait d’un couple qui accumule les petits bonheurs de la vie, mais sans empiéter sur la routine bien huilée de Paterson.

 

Paterson nous emmène dans un espace-temps transformé par la poésie d’un cinéaste aussi mystérieux que talentueux.

Sans véritable péripétie, la seule est un accident de bus qui aura pour conséquence de déstabiliser notre protagoniste, Paterson nous emmène dans un espace-temps transformé par la poésie d’un cinéaste aussi mystérieux que talentueux. Le chauffeur de bus – Adam Driver est fascinant de justesse – s’instruit des détails que la vie lui exposent, en les couchant sur son petit carnet dont il garde secret, désirant ne pas les montrer au monde.

Un véritable conte poétique, dont nous retirons une phrase symbolisant le film dans son ensemble:« Une page vide présente plus de possibilités », dit un homme rencontré fortuitement par Paterson. Une note légère pour un film céleste.

Casting: Adam Driver, Golshifteh Farahani, Kara Hawyard, Trevor Parham.

Fiche technique: Réalisé par: Jim Jarmusch / Date de sortie: – / Durée: 1h53 / Genre: Drame / Pays: USA / Scénario: Jim Jarmusch / Photographie: Frederick Elmes / Musique: Jim Jarmusch, Carter Logan, Shane Stoneback / Distributeur suisse: Filmcoopi