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Parasite : l’avanie devient vengeance

Après Okja, le repus, le mal-aimé du festival de Cannes 2016 à cause de son appartenance à Netflix, société qui représente le mal, le diable incarné pour les puristes, Bong Joon-Ho a investi l’édition cannoise 2019 de la plus belle des manières : avec une Palme d’Or resplendissante. 

Les différentes couches sociales, la lutte des classes est la pierre angulaire du nouveau film du cinéaste coréen. La décortiquer, la disséquer de manière aussi précise passera par la famille Ki-taek. Le clan familial, deux parents et deux enfants, est au chômage technique, mais leur (future) poule aux oeufs d’or s’appelle Park, la famille Park. Ki-Woo (Choi Woo-sik) se fait recommander par son ami pour donner des cours d’anglais à la fille. Un premier pas, avant que les Ki-taek ne mettent les deux, bien ancrés, dans la demeure des Park. 

Le loup dans la bergerie

 

Mise en scène chirurgicale pour un récit social, habilement structuré pour n’en délivrer qu’un message, un unique message : les origines sociales, ce fléau sociétal. Jusqu’à l’odeur, elles nous suivent, hantent la famille Ki-taek. Elle qui habite les souterrains, comme retirée de la société environnante, loin des classes aisées. Se battre pour trouver du travail, s’engouffrer dans la moindre brèche pour enfin accéder aux hautes sphères. Bong Joon-Ho l’évoque et instaure un huis-clos pour enfin redistribuer les cartes et terminer dans un thriller à couteaux tirés. La confrontation des genres. Parasite n’est pas ce film social, il n’est pas ce thriller, il est ce condensé d’une vendetta à l’écriture progressive, à l’imprévisibilité délicieuse. 

Photo copyright : Filmcoopi

Se faire prendre de court est de mise cette fois-ci. La surprise en toile de fond, l’avanie en porte-étendard. Critique sociale frontale, subtilement développée, avec ses moments comiques et dramatiques, le tout maîtrisé, sublimé, au venin dévastateur. Riche et pauvre, le combat infini, point de départ de Bong Joon-Ho pour démarrer son oeuvre. Un monde qui se compose derrière le réel, qui vit dans l’oppression, dans les souterrains alors que les riches profitent des doux rayons du soleil. Ki-Woo, alors que la famille Park est partie faire du camping, profite de goûter au soleil, alors qu’il fait une chaleur accablante. Clin d’oeil malin : chaleur écrasante, mais qu’importe, il fait bon vivre de se retrouver dans la peau du riche à se dorer la pilule. Bong Joon-Ho dépeint minutieusement, par petits détails, l’ascension sociale bien qu’elle ne soit qu’éphémère ou temporaire. 

L’odeur de la répugnance

 

Il est toujours drôle de penser que Parasite a fait sa première mondiale à Cannes, là où les « parasites » qui investissent les soirées sont légion. Stars de télé-réalité et gravures de mode se fondent au gratin du cinéma pour agripper cette visibilité, sur un tapis rouge qui célèbre le cinéma… Il y a comme une résonance à cela, une même résonance sociale qui hante Parasite, le film. Partition acerbe et loufoque, une satire coréenne inventive et féroce. Parasite fait juste, se faufile dans les sous-sols, ramenant les pauvres âmes à la surface de la terre. L’odeur des vieux radis greffée aux bouches de métro a des airs de répugnance pour les riches classes coréennes. L’odeur de la vengeance est plus subtile, elle est ce relent (fumant) de l’enfer, cette moisissure qui remonte des égouts.

Casting : Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong, Choi Woo-sik, Park So-Dam, Lee Jeong-eun, Chang Hyae Jin 

Fiche technique : Réalisé par : Bong Joon-Ho / Date de sortie : 19 juin 2019 / Durée : 132 min / Scénario : Bong Joon-Ho, Han Ji Won / Musique : Jaeil Jung / Photographie : Hong Kyung-Pyo / Distributeur suisse : Filmcoopi