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Papillon : Une vaine tentative de délivrer un remake digne de ce nom

Steve McQueen avait éclaboussé de sa classe la version de 1973. Dans la peau d’Henri Charrière, le légendaire acteur américain a cédé sa place à Charlie Hunnam qui ressemble parfois à son aîné dans certains plans. Mais l’exercice du remake est souvent scabreux et Michael Noer en est bien conscient, en succédant à Franklin J. Schaffner.

Paris dans les années folles, là où Henri Charrière, dit « Papillon », profite de braquer des coffres pour récolter quelques bijoux. Volatile, fougueux, désireux de prendre la poudre d’escampette avec sa dulcinée, Henri se croit invincible, avant de baisser pavillon. Le petit voyou se fait capturer et est écroué pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Envoyé en Guyane française pour le restant de ses jours, il refuse d’abdiquer et se lie d’amitié avec Louis Delga (Rami Malek) sur le navire qui escorte les prisonniers dans le bagne de Cayenne. Les deux alliés vont s’entraider pour se sortir de ce traquenard. Mais la route est longue, avec son lot de péripéties, à la lisière de la folie.

Redondance coupable et faible duo d’acteurs

Le regard plein de haine de Charlie Hunnam contraste avec le regard halluciné et effrayé de Rami Malek. Deux acteurs pétris de talent, mais absents des débats. Le charisme ne fait pas tout pour Hunnam, loin de l’intensité d’un Steve McQueen, loin du regard de braise qu’on lui connaît dans Sons of Anarchy. Rami Malek, lui, reste comme figé, à des années lumières de son jeu fantastique dans Mr. Robot.

Photo copyright : Constantin Film Verleih GmbH / Jose Haro

La faiblesse du jeu et l’absence d’alchimie des deux acteurs, deux facteurs qui s’enlisent dans une répétition, une redondance ne faisant que freiner et rendre le récit d’une extrême faiblesse. La détermination que tente d’insuffler Michael Noer à ses personnages n’existe jamais, ne se ressent jamais, ni même la tension d’une fugue à travers la jungle et ses alentours. Pire, l’authenticité en prend un coup quand la métamorphose physique de Hunnam n’est quasi pas visible après presque 5 ans d’isolement. Et que dire de la dimension psychique des personnages, maltraités et traînés dans la boue pendant plusieurs années, confinés à l’isolement et au silence ? Elle n’est même pas soulignée.

Michael Noer manque de méticulosité, surtout quand on passe après la version de Schaffner

Michael Noer manque de méticulosité, surtout quand on passe après la version de Schaffner. La plume d’antan de Trumbo est salie, laissant sa profondeur et son réalisme dans un coin de la tête de Noer. Une réadaptation ratée, qui s’est vue amputée de plus de 20 minutes après une première projection officielle accueillie timidement l’an dernier, au Festival de Toronto. Et même sans ces 20 minutes, le résultat reste d’un piètre calibre, loin de la tension et l’oppression désirées. Le caractère sauvage d’Henri Charrière restera figé comme l’expression de Charlie Hunnam.

Casting : Charlie Hunnam, Rami Malek, Eve Hewson, Roland Moller, Tommy Flanagan, Joel Basman



Fiche technique : Réalisé par : Michael Noer / Date de sortie : 15 août 2018 / Durée : 117 min / Scénario : Aaron Guzikowski, Henri Charrière / Photographie : Hagen Bogdanski / Distributeur suisse : Pathé