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Osmosis : une série Netflix française qui tire son épingle du jeu

Course à la modernité, un bassin où souvenirs et émotions se mélangent. Osmosis, nouvelle série Netflix made in France, s’intéresse à l’obsession du contrôle, à « l’amour algorithmé » ; âge, nom et note pour faire son choix. Scruter les faits et gestes, investir le comportement humain pour en extraire la vision divine de notre âme soeur. Mais à trop vouloir courir après ce contrôle, c’est la perte de contrôle qui suit irrémédiablement.

Photo copyright : Jessica Forde / Netflix

« Perfect match, vous avez droit à l’amour », résonne dès l’entame d’Osmosis. La mode des applications de rencontre est devenue légion de nos jours. Dans un futur proche, il le serait tout autant, voire une assurance de rencontrer la personne qui nous correspond à 100%. Avec Osmosis, Audrey Fouché confine Paris dans un berceau de technologie. Un projet mené par un frère et une soeur : Paul (Hugo Becker) et Esther Vanhove (Agathe Bonitzer). Des implants directement reliés au cerveau, qui recherche et dessine le visage du partenaire idéal. Un algorithme qui choisit à votre place, des nano-robots qui se promènent sous votre peau. Encore en test, les cobayes de l’opération Osmosis vont découvrir la sombre facette de la technologie. L’intelligence artificielle devient un essaim électronique troublant.

Voyage onirico-technologique

Surcharge, failles scientifiques, Osmosis est cette chimère, un mirage qui se constitue au milieu des sentiments. Atmosphère dense, vapeurs informatiques, la série démarre tranquillement, place les bases de son récit avant de prendre en hauteur. Les sentiments font corps à corps avec la technologie, l’amour codé dépeint le visage d’une société qui n’accepte plus la souffrance émotionnelle, préférant l’éradiquer. Anticiper les peines de coeur pour vivre heureux éternellement. Osmosis court après cette réflexion : serons-nous heureux en permanence ?

Photo copyright : Jessica Forde / Netflix

L’architecture de la passion amoureuse dans un logiciel, formaté pour lire au plus profond de nous, enquêté dans notre cerveau pour détecter les pulsions de chaque hormone qui monte et descend. Fouché pense une histoire aux multiples enjeux, à travers les cobayes et les créateurs. Niels (Manoel Dupont), mineur accro au sexe, Ana (Luna Silva) ou encore Lucas (Stéphane Pitti) sont les cobayes principaux, avec leurs tracas et leur âme soeur. Mais ce n’est pas sans conséquence, des réminiscences entravent le bon procédé. Étrange pour un processus qui ne doit rien produire de la sorte. Osmosis cache secret sur secret.

Imparfait, trop surexpliqué, mais le tout fonctionne

Des ratés il y en a, des personnages manquant cruellement de relief aussi. L’exemple de Billie (Yuming Hey) en est la parfaite illustration. Osmosis a ses ratés et ses réussites. Cette mise en scène froide opère de manière sous-jacente, tout en contrôle, comme le propos qu’elle sert. Une ode à l’insensibilité, où persévère une forme de détresse continuelle qui hante les différents personnages. La construction scénaristique se mue en un dangereux mirage où la technologie aura le dernier mot. Blackout en ligne de mire !

Évidemment, Osmosis est comparé à Black Mirror. On pense encore à la mitigée Ad Vitam (Arte), voire Homecoming. Cette adaptation d’une websérie d’Arte Creative souffre de comparaisons, malheureusement. La « black mirrorisation » du genre laisse souvent un goût amer aux séries tentant de se frotter au sujet. Mais Osmosis, à force de se cacher derrière des vérités enfouies, parvient à tirer son épingle du jeu. On regrette une surexplication sans porter pleinement à conséquence. Le propos tient sur la longueur et nous place sur les dangereux sentiers de l’égoïsme dégoulinant de l’être humain, la technologie comme clé de voûte.

Casting : Hugo Becker, Agathe Bonitzer, Gaël Kamilindi, Manoel Dupont, Stéphane Pitti, Luna Silva, Yuming Hey, Suzanne Rault-Balet

Fiche technique : Créée par : Audrey Fouché / Date de sortie : 29 mars 2019 / Chaîne : Netflix / Format : 8 épisodes – 40 min