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Cannes 2017 | Okja sonne l’entrée en scène de Netflix à Cannes

Le scandale Netflix a fait couler beaucoup d’encre bien avant la projection du premier film produit par la firme californienne ici à Cannes. Une affaire qui s’est amplifiée avec les problèmes techniques rencontrés durant la projection matinale du métrage. Sifflets, cris et applaudissements ont provoqué un arrêt pur et simple du film. Un malheureux problème d’écran – de rideau plus précisément – et voilà que des milliers de journalistes s’insurgent. Le « Netflix gate », qui avouons-le est d’une profonde futilité, n’a pas fini de faire jaser. Bref!

Photo copyright: Netflix – Jae Hyuk Lee

Parlons de Okja. L’histoire démarre avec une présentation fantasque de Lucy Mirando (Tilda Swinton) qui vante les mérites de « cochons » qui vont éradiquer la famine dans le monde. Oui, la PDG parle de 805 millions de personnes touchées par la famine et 30 millions rien qu’aux États-Unis, devant un parterre de journalistes fascinées par le monologue de Mirando. On découvre un autre personnage barré en la personne du Dr. Johnny (Jake Gyllenhaal) et on apprend la manière dont la multinationale va procéder pour élever ces « gros porcs » à l’aide de plusieurs éleveurs éparpillés dans le monde.

Elevage sur 10 ans

10 ans. 10 longues années pour élever ce specimen créé de toutes pièces. C’est le temps qu’a pris Mija (An Seo Hyun) et son grand-père pour s’occuper d’Okja. Une période qui les rend inséparables. Mais la jolie idylle part en lambeau le jour où l’entreprise, plus particulièrement Lucy Mirando, décide de s’emparer d’Okja pour en faire une bête de foire et de la chair à pâté… Exit les montagnes reculées de la Corée du Sud, cap sur New York. Un voyage auquel Mija n’est pas conviée mais qu’importe. Cette dernière part en mission sauvetage pour rapatrier son super cochon. Une escapade dangereuse à laquelle se greffe Jay (Paul Dano), leader d’un groupuscule engagé contre les maltraitantes animales.

Sur un air dramatique, Okja jongle le plus souvent avec un humour bien senti. Une première partie entraînante et décalée qui dévoile des personnages étranges, comme l’égocentrique Lucy Mirando, parfaitement campée par Tilda Swinton, comme également le furieux Dr. Johnny Wilcox, sorte de caricature de célébrité déchue auquel Jake Gyllenhaal file une pêche d’enfer, ou encore Jay, gourou et défenseur des animaux, joué par un Paul Dano toujours autant précis.

Férocité de l’homme contre douceur animale

L’intérêt principal dans Okja réside dans cette vision pessimiste de la politique humaine. Avec en toile de fond les OGM, Bong Joon Ho prouve que l’homme se cache derrière des intentions louables, en apparence, mais pense égoïstement à sa propre personne et sa petite fortune personnelle. Digne d’intérêt de ce point de vue-là, le cinéaste coréen place quelques blagues bien acerbes pour la forme : « évitez un scandale comme Benetton l’a fait en Chine », s’insurge Lucy Mirando. Un petit pic qui reflète le moule dans lequel a été fait Okja. Derrière le combat de cette petite fille, la face bien noircie de notre société s’étale comme une belle tâche d’huile irrécupérable.

Drôle, alarmiste, mais peut-être un peu maigre quand on connaît le talent du réalisateur originaire de Daegu. On se délecte d’une très bonne première partie et on regrette une seconde partie plus calibrée et moins rentre-dedans. Les scènes de guérilla urbaine sont immersives et le dénouement final nous laisse sur notre faim. Okja est un film honnête, voire plutôt bon. Sans sublimer son matériel de base et malgré le message pessimiste délivré, le film véhicule néanmoins une lueur d’optimisme.

Casting : Tilda Swinton, Paul Dano, An Seo Hyun, Byun Heebong, Jake Gyllenhaal, Steven Yeun, Lily Collins, Shirley Henderson, Yoon Je Moon, Daniel Henshall

Fiche technique : Réalisé par : Bong Joon Ho / Date de sortie : 28 juin 2017 / Durée : 118min / Genres : Drames, Fantastique / Scénario : Bong Joon Ho, Jon Ronson / Distributeur suisse : Netflix