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Nox Orae 2017 | De Slowdive à Ty Segall, la lune a rougi au-dessus du Jardin Roussy

Foxygen – Photo copyright: E. Raposo

Il faisait chaud, très chaud en cette première soirée du festival Nox Orae. Et, comme si l’équipe du festival avait commandé le beau temps, la lune s’est invitée à la fête, plongeant la nuit dans une atmosphère surréaliste, baignée par la seule luminosité du croissant sur fond bleu océan. Le site du Nox a cela de particulier: de taille humaine, petit mais juste ce qu’il faut, sans jamais se marcher sur les pieds, les festivaliers y déambulent dans une décontraction plaisante et la sensation d’y être libre apaise. Le menu du week-end était alléchant. Allaient défiler sur la scène du Jardin Roussy durant ces deux jours de festivités: Service Fun, Foxygen, Slowdive, Moon Duo, The Cats Nevers Sleep, Ty Segall, The Jesus And Mary Chain et FAIRE. Et nous n’avons pas été déçus. Entre coups de coeurs, nostalgie et moments de folie, notre bilan de la 8ème édition du Nox Orae qui se tenait les 25 et 26 aôut derniers.

Le Shoegaze n’a pas dit son dernier mot

Slowdive – Photo copyright: E. Raposo

Pour entamer cette cuvée 2017, le festival avait misé sur des artistes locaux. Service Fun, le groupe veveysan, avait revêtu des chemises à fleurs chatoyantes pour l’occasion. Les membres de la formation ont mis de bonne humeur les premiers visiteurs et curieux. Car oui, ceux que tout le monde attendait avec impatience étaient bel et bien les Britanniques de Slowdive. Mais un peu de patience car avant cela, un autre groupe d’anthologie devait faire son passage sur la scène bordant le Léman. Le groupe Foxygen emmené par Sam France et Jonathan Rado a déboulé dans les vagues brumeuses du Nox pour nous servir un menu aussi grandiloquent qu’enchanteur. Derrière ses lunettes, arborant un chapeau et blazer blancs, Sam France, kitsch à souhait, a balancé les nouveaux titres du très « musical inspired » album, Hang. Grâce à des titres comme America, Mrs Adams ou Avalon, les Américains ont rendu leurs lettres de noblesse au genre « comédie musicale » made in Broadway. Loin de ne jouer que leur dernier album, les deux compères nous ont fait le plaisir d’interpréter quelques morceaux qui ont fait leur succès, tels que San Francisco ou Shuggie. Mais même si le show décalé des Américains a fait mouche, leur prestation s’est tout de même essoufflée au bout d’une heure. La faute peut-être a trop de grandiloquence qui peinait à retenir toute l’attention du public.

Slowdive – Photo copyright: E. Raposo

Puis changement radical de registre avec l’entrée triomphante de Slowdive qui venait présenter son nouvel album éponyme, 22 ans après le dernier en date, j’ai nommé Pygmalion. Les initiateurs du Shoegaze n’ont pas déroger à la règle et on livré un show empli de nostalgie tout en injectant à leur musique assez de modernité pour que rien ne semble passé de mode. En effet, à l’image de leur dernier opus, les Britanniques ont su garder cette identité forte mais contemporaine à la fois. Alors que les premières notes de Star Roving ou Sugar For The Pill résonnaient au coeur de la cité boélande, les fans de la première heure étaient présents, attentifs et se balançaient au rythme entêtant des mélodies infectieuses du groupe anglais. Une nuit douce bercée par des hymnes qui ne prendront jamais une seule ride. Et si ce concert a déplu aux acharnés de rythmes à se déboîter les épaules, les autres y ont vu toute la magistralité d’une musique intemporelle qui traverse les générations. Un beau moment.

Ty Segall, et le public du Nox se lève comme un seul homme

Ty Segall – Photo copyright: E. Raposo

« Ah tiens, mais c’est pas Ty Segall. » Le bougre se promenait, seul, dans les travées du festival Nox Orae, comme si de rien n’était, à prendre un malin plaisir à goûter à la performance des deux frères Reid. Mais rembobinons un peu plus tôt dans la soirée. 

Samedi, sur les coups de 19h45, c’était la bande genevoise de The Cats Never Sleep qui débarquait sur la scène du Nox. Les cheveux hirsutes, la dégaine négligée et les chemises ouvertes. Baigné dans la chaleur étouffante, le groove des « chats » fonctionne et s’est mariée subtilement avec cette fin de journée arrosée par les derniers rayons du soleil qui transpercent le Jardin Roussy. Mais difficile de ne pas taper du pied et de se montrer impatient à l’idée de voir Ty Segall se produire. Visage caché par sa chevelure blonde, l’air un peu froid, Segall emboîtait le pas à la jeunesse genevoise avec toute sa maîtrise et sa fougue. Des accords fluides, impétueux qui ont fait exploser les fans amassés devant les barrières de la scène boélande, laissant les règles de bonne conduite au vestiaire pour se laisser emporter par la tornade de Laguna Beach.

Alors qu’on l’avait surnommé le « James Franco de la musique » en raison de son hyperactivité artistique, le musicien californien ne laissait rien transparaître sur son faciès, toujours cantonné sur un bout de scène. Ce sont les doigts qui parlent, le talent qui éclabousse un public devenu furieux plus Ty Segall s’excitait sur sa guitare. Pas de communion avec la foule, certes, mais il ne fallait pas oublier ses boules Quies, car le Garage rock résonnait à plein tube.

The Jesus And Mary Chain – Photo copyright: E. Raposo

Reste à savoir ce qu’allait nous proposer The Jesus & Mary Chain. Le groupe formé en 1984 par les frères Jim et William Reid débarquait à la Tour-de-Peilz avec un tout nouvel album à défendre, après 19 ans de pause. Du shoegaze, comme Slowdive le jour précédent, porté par la voix de Jim Reid. Loin d’être un jubilé, loin d’être transcendant, The Jesus & Mary Chain a joué son répertoire avec sérieux, à l’expérience, sans sortir des sentiers battus. On serait presque enclin à dire qu’il manquait un peu de punch, un grain de folie dans la partition (trop?) précise des écossais. Des deux extrêmes, Ty Segall a fait office de décharge électrique. Le public du Nox s’est laissé bercer par un rock plus calme qui s’enlisait quelque peu dans l’obscurité. Quand bien même, la perf’ était belle. Une cuvée 2017 qui valait le détour.

Pour conclure, la 8ème édition du Nox Orae n’aurait pas pu être plus belle. Une temps radieux, des concerts de grande qualité nichés dans un écrin intimiste et cosy, où près de 3000 personnes se sont réunies pour célébrer la musique dans toute sa splendeur, tout ceci grâce à une équipe composée d’une trentaine de professionnels et de plus de 70 bénévoles. Que demander de plus? Si le spectacle vous a ravi autant que nous ou si vous bavez d’envie de découvrir ce festival, réjouissez-vous, les dates de la 9ème édition sont déjà fixées: le 31 août et 1er septembre 2018.

 

Article co-écrit par Emma Raposo et Sven Papaux