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Nic Pizzolatto est-il indomptable ?

Vous vous êtes sûrement rendus compte que Jeremy Saulnier a décidé de prendre ses cliques et ses claques et quitter le navire de la troisième saison de True Detective. Une nouvelle édition attendue de pied ferme par les fans de la petite lucarne, après la véritable claque de la première levée télévisuelle du show imaginé par Nic Pizzolatto. C’est bien ce dernier qui nous intéresse. La plume acérée, celle qui nous a bercée de contemplations psychologiques, où la philosophie se mélangeait à l’horreur d’un tueur en série, nous a bluffée d’inspiration. Le showrunner catapulté comme star du petit écran s’est vite vu offrir une seconde saison par la chaîne HBO. Mais peut-être un peu précipité, le retour s’est soldé par un échec cuisant, tant critique que populaire. La sauce n’a pas (re)pris et la chaîne s’est décidée à laisser du temps à leur poulain pour qu’il leur offre une nouvelle histoire de premier ordre.

Vanity Fair dépeint un homme véhément

Ce succès fulgurant place Nic Pizzolatto sous le feu des projecteurs. La branche s’interroge sur ce personnage et les curiosités vont bon train. C’est en juillet 2015 – la seconde saison est sortie le 21 juin 2015 – que Rick Cohen s’est fendu d’un portrait de l’écrivain et scénariste dans le Vanity Fair. « Il aurait pu sortir d’un roman de Steinbeck. » Une description d’un homme véhément, motivé, à la chemise froissée, aux cheveux ébouriffés et aux yeux féroces, un peu trop petits pour son visage. Le portait brossé par Cohen est saisissant. Il s’amuse à décortiquer un homme, côtoyé durant l’écriture de la série Magic City, explosif qui n’hésite pas à taper du poing sur la table quand quelque chose ne lui plaît pas. Il en parle comme un showrunner devenu un auteur « riche de sagesse, bourré de réponses existentielles » et qui a été« fait chevalier par le showbiz » après le succès de sa série.

Mais le plus intéressant dans cette lettre ouverte est avant tout l’égo surdimensionné que le journaliste décrit. Est-il capable de partager la lumière ? Auparavant les créateurs étaient mis de côté et oubliés par le grand public au profit des comédiens qui trônaient tout en haut de l’affiche. C’est au début des années 1990 que le processus change radicalement. Rick Cohen cite Twin Peaks et David Lynch comme élément détonateur. Le crédit et le pouvoir sont partagés entre les acteurs et les scénaristes dorénavant.

Le Los Angeles Times s’est également intéressé au phénomène, perçu comme l’un des précurseurs de l’âge d’or de la télévision. Nic Pizzolatto reconnaît dans les colonnes du quotidien californien « qu’il est attiré par des gens qui ont des extrêmes ». À travers son article, Steve Zeitchik avoue aussi que Pizzolatto fait preuve d’un niveau d’autosuffisance qui pourrait déplaire à certains.

La voix du plateau, c’est Nic Pizzolatto. Un point c’est tout !

Les divergences d’opinion sont légion avec l’auteur. Le média en ligne Film School Rejects rappelle les problèmes rencontrés par Cary Joji Fukunaga durant la saison 1. Le site américain parle d’affrontements créatifs entre le réalisateur et le scénariste. Le producteur Scott Stephens parle d’un choc des cultures – cinéma et télévision – où les deux hommes souhaitaient garder le contrôle créatif. Ce que Nic Pizzolatto souhaitait obtenir et détenir, comme en atteste son dégoût de travailler en équipe à l’élaboration d’une série. Un trait de caractère qui démontre son envie de tenir lui et lui seul les rênes de son show.

Pizzolatto fait preuve d’un niveau d’autosuffisance qui pourrait déplaire à certains.

Et pour revenir sur le troisième chapitre des aventures de True Detective, les choses semblaient se goupiller favorablement. Mais le départ précipité de Jeremy Saulnier, réalisateur de Green Room et capable de vous rendre un film aussi aride que furieux, prouve que Pizzolatto ne s’est pas assagi. Alors que HBO parle d’un conflit d’agenda, les langues se délient, évoquant une mauvaise entente sur le plateau et des divergences créatives comme les principales raisons du départ de Saulnier. Vite remplacé par Daniel Sackheim (The Americans), le tournage a repris avec un casting fourni et des acteurs tels que Mahershala Ali, Scott McNairy ou encore Stephen Dorff. Autre détail digne d’intérêt, David Milch, le créateur de Deadwood, est venu grossir les rangs pour un épisode en tout cas. Un auteur que le « papa » de Rust Cohle respecte profondément et à qui « il peut tout dire », dixit Pizzolatto.

Après les nombreux articles à son sujet, Nic Pizzolatto traîne une réputation de personnage peu recommandable, véritable tyran avec les réalisateurs qui décident de collaborer avec lui. L’homme est quasi indomptable, comme le lion qui trône au milieu de la savane. Sa première saison admirablement menée lui donne raison. Par contre, le second volet brouillon et mou lui donne tort. La troisième tentative est à double tranchant. Confirmation ou brasse coulée ? Rendez-vous aux alentours de 2019.