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Newness : la toxicité d’une trop grande liberté relationnelle

Drake Doremus est un cinéaste qu’on estime beaucoup. Son splendide Like Crazy et son poignant Breathe In font de lui un metteur en scène demandé dans le milieu du cinéma indépendant. Son semi échec avec Equals (2015) passé, le voilà de retour avec Newness, une romance 2.0, celle d’un nouveau genre, à l’ère du digital et des millenials. Le cinéaste californien suit Martin (Nicholas Hoult) et Gabi (Laia Costa) dans une relation au processus scabreux.

Les doigts collés à l’écran du téléphone portable pour passer ou cliquer sur une fille ou un garçon à son goût. Les « matchs » comme cités sur ces applications de rencontres style Tinder. Newness est pile dans ce sujet. La toxicité des relations éphémères, des coups d’un soir qui entravent l’amour, le vrai. Une génération désabusée et plus encline à profiter d’une liberté sexuelle plutôt que de perdre son temps dans une relation à long terme. Le mariage est devenu illusoire, voire impensable.

Gabi et Martin, le reflet de la jeunesse

Une rencontre en ligne, une partie de jambes en l’air et plus rien. Le plaisir charnel avant de penser aux sentiments. Ca paraît si ringard aux regards de Gabi et Martin. Mais quand les sentiments s’en mêlent, l’histoire prend une tout autre direction. Tiens, du jour au lendemain, il devient difficile de se passer de l’autre. La folie des premiers jours, des premiers mois, l’attraction sexuelle qui ne cesse de grimper. Mais plus les mois passent, plus la passion retombe. Elle baisse d’un cran, puis de deux et on se dit qu’il faudrait mettre un peu de piment là-dedans. Comme par magie, les téléphones refont leur apparition et deviennent omniprésents. Le cercle vicieux des « rencontres faciles ». L’envie d’être désiré réapparaît, ce besoin de plaire reprend de plus bel pour un couple qui n’en est pas un. Alors pourquoi ne pas entamer une relation libre ? Chose évoquée, chose appliquée.

Photo copyright : Scott Free

L’envie de vivre à sa manière, sans accroche, Newness l’évoque lourdement. Consommer et jeter. Au milieu de tout ça, il y a (quand même) un coeur, le coeur d’une relation humaine. La communication en prend un sacré coup et se retrouve mise à mal devant les pulsions sexuelles de nos deux protagonistes. « Être amoureux ne suffit plus », dit Gabi. C’est bien vrai. Dans ce Los Angeles contemporain, Drake Doremus tranche entre les romances dites vieilles école et les romances 2.0. L’équilibre est fragile, l’amour ne fait plus l’entier du travail. Il faut quelque chose d’autre pour supporter l’autre. Aller voir ailleurs en résumé.

De l’honnêteté pour une relation libre qui fonctionne

Newness tourne rapidement en rond, entre les nombreuses scènes de flirt, de sexe, de crise. Doremus n’utilise pas la profondeur de son sujet, il l’effleure, l’enveloppant trop souvent de sa dimension physique et non moraliste. L’aspect psychologique et le concept très sulfureux de la relation libre ne sont traités qu’en surface, avant que Doremus ne réussisse à faire étalage de son talent en se concentrant sur le moment charnière. Voyez ça comme des fulgurances.

Doremus se précipite dans l’évolution des sentiments et oublie de réellement creuser les caractères de ses deux personnages. Une partie qu’il avait réussi parfaitement dans Like Crazy et Breathe In. Peut-être trop impatient de brûler les étapes de la relation, Doremus prend des raccourcis avant de se remettre à flot grâce à cette faculté et ce talent de capter le moment précis où l’émotion prend l’ascenseur. La beauté de certaines scènes, on pense au moment où Martin laisse ressortir les erreurs commises dans le passé, apporte plus de relief à un film qui en manque cruellement la majeure partie du temps. À force de fulgurances tant dans la direction d’acteurs que dans le traitement provoquent une vraie inconsistance.

Newness joue sur l’insatisfaction de deux jeunes déphasés avec leurs propres sentiments, leurs propres idéaux. Doremus capte cet enracinement toxique dans une relation qui ne peut qu’amener des désagréments. À l’image des rencontres sur internet, quelque chose de très artificiel en ressort, une authenticité qui se perd avant de trouver un nouvel élan dans une fin plus intelligente, où les conséquences d’une relation libre sont abordées sans tomber dans le cliché.

Newness est diffusé sur Netflix

Casting : Laia Costa, Nicholas Hoult, Danny Huston, Courtney Easton, Matthew Grey Gubler

Fiche technique : Réalisé par : Drake Doremus / Durée : 116 min / Scénario : Ben York Jones / Musique : Gwilym Gold / Photographie : Sean Stiegemeier