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Never heard of #4 : Flesh and Bone

Avec Flesh and Bone, série originale de la chaîne Starz, c’est une immersion totale dans le monde du ballet. Tant et si bien que la comparaison avec le fameux film d’Aronofksy, Black Swan, est plutôt facile. Mais ne vous y trompez pas: si le thème général est bien le même, les histoires des deux fictions diffèrent. Créée par Moira Walley-Beckett (connue pour être une des scénaristes de Breaking Bad) et diffusée en novembre 2015 aux Etats-Unis, la série est arrêtée après une saison. En cause, le budget mais surtout, un résultat qui finalement ressemblait plus à un long film plutôt qu’à une série. Le problème de bon nombre d’autres séries…

Photo copyright: © 2015 Starz Entertainment, LLC

Claire (Sarah Hay), jeune danseuse virtuose, quitte son Pittsburgh natal pour aller tenter sa chance dans une compagnie de danse à New-York. Fuyant une vie morose et un passé difficile, elle espère intégrer la troupe de danseurs de l’American Ballet et commencer une nouvelle vie. Elle est vite remarquée par Paul Grayson (Ben Daniels), directeur artistique tyrannique et omnipotent, qui veut faire d’elle la nouvelle figure de sa compagnie. Car ladite compagnie peine à joindre les deux bouts et cherche un nouveau souffle pour se refaire. Mais au sein du corps de ballet, les places se paient cher et certaines croyances ont la peau dure. Claire va être confrontée à un univers où tous les coups sont permis pour être sur le devant de la scène et rester au plus haut niveau. Entre jalousie, vanité, mensonges et hypocrisie, le milieu de la danse classique n’a de doux et élégant que les extraordinaires performances des danseurs.

Passés troubles et destins brisés

Tout au long du récit, on en apprend un peu plus sur Claire, ses motivations, son passé douloureux. On en apprend également sur les autres personnages comme son frère Bryan, campé par Ben Helman. Engagé dans l’armée et tout juste rentré de mission, il doit faire face à un syndrome post-traumatique mais, surtout, il doit tenter de gérer avec Claire, ce passé aussi boulversant que malsain qui les lie et les consume à petit feu et dont ils devront d’une façon ou d’une autre s’affranchir. D’autres personnages jalonnent l’histoire à commencer par la première personne que Claire rencontre à son arrivée à New York: sa colocataire Mia, interprétée par Emily Tyra. Loin d’être la fille la plus amicale du monde, nymphomane et obsédée comme tant d’autres par la volonté de devenir l’étoile de la compagnie, la frêle et rousse jeune femme devra, elle aussi, affronter des obstacles de taille. Puis, bien moins charismatique qu’un Vincent Cassel, Ben Daniels alias Paul Grayson, directeur artistique homosexuel mégalo, tend parfois vers la caricature. Croyant être le maître du monde, il n’est surtout pas grand chose en dehors des murs de sa compagnie de danse. Capricieux et imbus de lui-même, il doit faire des choix cornéliens: vin mousseux ou champagne hors de prix pour la première de son ballet? le choix est effectivement de la plus haute importance… Enfin, et non des moindres, Romeo, joué par l’excellent Damon Herriman (vu dans Quarry). Personnage atypique de la série, il est une sorte de concierge, un peu dérangé, inoffensif à première vue, et porte une affection particulière à Claire lorsqu’elle s’installe dans le bâtiment qu’il occupe. À moitié schizophrène et voyant, il sait et voit ce que d’autres ignorent.

Photo copyright: Patrick Harbron © 2015 Starz Entertainment, LLC

Chaque personnage a donc sa propre histoire tant et si bien qu’au fur et à mesure de l’intrigue on se demande s’il y a, au milieu de tout ça, au moins une personne normale, sans troubles psychologiques et déviances quelconque. À trop vouloir mettre en scène des écorchés de la vie, des déviants de toute sorte, on finit par se perdre au milieu d’une marre de récits imbriqués qui perd en intensité et réalisme. Ces histoires violentes tant physiquement que psychologiquement contrastent nettement avec l’image que véhicule le monde de la danse classique, qui navigue entre douceur, élégance et volupté. Il n’en est rien en vérité. C’est un monde impitoyable où tous les coups bas sont permis. Crus et sans pudeur, les danseurs entretiennent entre eux une rivalité sans limites, les poussant au pire, à la folie parfois. C’est sans rappeler Natalie Portman dans son tutu noir, les yeux comme injectés de sang. Flesh and Bone joue également sur cette dualité douceur-violence, élégance-vulgarité. Il est intéressant de voir comment les deux univers sont mis en opposition. Pour citer un exemple: afin de gagner de l’argent, Claire va suivre une amie danseuse dans ses activités nocturnes. Claire sera vite initiée. Danseuse de ballet le jour, « pole dancer » et stripteaseuse la nuit, on oppose deux visions. Ce qui est acceptable, politiquement correct et universellement jugé comme artistique et, à l’inverse, ce qui n’est pas montrable, incorrect et indécent. Mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit de la même activité, la danse en définitive.

Une mise en scène qui honore l’art de la danse

Dans Flesh and Bone, tous les acteurs sont avant tout de vrais danseurs. Et c’est à souligner car la qualité des scènes de danse est remarquable. Dans la vie, Sarah Hay est danseuse étoile dans le ballet Semperoper de Dresden en Allemagne. Elle a également fait partie du corps de ballet dans Black Swan. Loin d’être une actrice chevronnée, sa performance n’en reste pas moins tout à faite correcte. Tout comme son partenaire à l’écran, Sascha Radetsky qui tient le rôle de Ross, et danseur classique dans de grandes compagnies, lui aussi. Le fait que ce soit des danseurs professionnels est primordial car grâce à ça, la série transpire de réalisme. On n’est pas seulement dans une fiction, mais réellement parmi des danseurs en plein effort qui offrent un spectacle à couper le souffle. On imagine donc aisément que bien des danseuses et danseurs se retrouveront dans la description qui est faite du monde du ballet, avec ses exigences et sacrifices, ses chorégraphes tyranniques, ses dizaines d’heures de répétitions acharnées pour effleurer à peine la perfection. La série offre une vision réelle du monde de la danse. Les bouts de verre dans les chaussons de danse, histoire vécue par certains danseurs étoiles. Et au-delà de cette description des plus réalistes, cet art qu’est la danse classique est filmé avec finesse. Tout est fait pour le sublimer, des lumières aux cadrages en passant par la musique. La scène du ballet final dans le 8ème épisode parle d’elle-même. À en avoir la chair de poule. Ou encore la scène du shooting photo dans l’épisode 5, avec ses teintes rappelant l’univers d’une certaine Annie Leibowitz. C’est d’une esthétique irréprochable.

Malgré ses quelques lenteurs de narration, ses personnages parfois un peu trop névrosés et une fin qui a l’avantage ou l’inconvénient, c’est selon, de laisser libre cours à l’imagination, la série s’en sort bien grâce à une esthétique indiscutable. La danse est mise à l’honneur et tous ses amateurs apprécieront, les autres aussi sûrement.

 

Casting: Sarah Hay, Ben Daniels, Emily Tyra, Damon Herriman, Josh Helman, Raychel Diane Weiner.

Fiche technique: Créé: Moira Walley-Beckett / Réalisé par: multiples / Date de sortie: 8 novembre 2015 / Genre: Drame / Durée: 60 min par épisode / Chaîne: Starz