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The Letdown : il était une fois la maternité

Photo Copyright: FR_tmdb

Vous mesdames, vous avez des cernes (et accessoirement des seins) aussi énormes que la dette grecque. Partir de chez vous sans taches de quelque ordre que ce soit sur vos vêtements relève plus d’un match de handball pour unijambistes borgnes. Un livre ? Un quoi ? La peau de votre ventre pend inéxorablement depuis 8 mois, 2 ans, 10 ans. Vous gardez une paire de jeans, témoin d’une époque lointaine, vous confortant dans l’idée que l’ère des pantalons taille élastique d’une laideur incommensurable ne durera pas. Il vous est déjà arrivé de vous endormir sur les toilettes ou en mangeant. Les nuits sont des jours comme les autres. Et parfois, vous vous arrêtez en pleine journée en vous demandant si ce que vous êtes en train de vivre n’est pas juste de la science fiction. Vais-je finir cette journée en vie ? Et si je sautais par la fenêtre vite fait, je reviens tout de suite ! Si vous pouvez cocher au moins 4 affirmations de cette liste, alors vous allez adorer The Letdown.

Décidément Netflix sait y faire. Et avec The Letdown, Super Mamans en français et apparement traduit par des traducteurs bourrés ou manchots ou les deux, les mères auront de quoi rire d’elles-mêmes. Les pères aussi peut-être. Diffusée en 2017, la série made in Australia raconte en 7 épisodes les déboires d’Audrey (Alison Bell), fraîchement maman, essayant de s’habituer à son nouveau statut de parent et bataillant dans un quotidien rythmé par les pleurs, les repas et les couches de son tyran de bébé. Un jour, elle se rend à une réunion de groupe de soutien pour parents dirigé par Ambrose, une femme plutôt inexpressive, apparemment sans grande empathie. Dans ce groupe, Audrey rencontre des mères plus cinglées les unes que les autres. Elle qui pensait pourtant ne pas avoir besoin d’aide, finit par trouver du réconfort auprès de ses nouvelles copines qui, à priori, n’avaient aucun point commun avec elle. Marginalisée par ses propres amis, en perte de vitesse professionnellement parlant, Audrey doute de tout, d’elle surtout et de sa capacité à bien faire. On avouera qu’il est assez peu probable d’avoir un pic de confiance en soi à la vue de hanches couvertes de vergetures de la taille de l’Afrique subsaharienne, tout ça couronné de deux obus de la Guerre froide en guise de poitrine, jadis taillant un joli 75b d’adolescente. Cette époque est révolue, tout comme la lingerie en dentelle. Le coton c’est la vie, tout le monde le sait non ? Audrey oui ! Pas plus aidée par son mari, relativement inutile au demeurant, Audrey va devoir gérer toutes les épreuves de la maternité à coups de virées nocturnes en voiture pour endormir son bébé. Elle y fera des rencontres impromptues, comme ce dealer de drogue qui semble en connaître plus qu’elle sur les différentes techniques de portage pour allaiter.

The Letdown ou le portrait de femmes actuelles

Chaque mère se retrouvera dans un personnage de la série. À travers des profils aux défauts exacerbés, les créatrices Alison Bell et Sara Scheller font parler toutes les femmes et un peu les hommes aussi:  les control freak, les têtes en l’air, les hippies, les carriéristes, les hommes qui se rêveraient pères au foyer, les mères gay, célibataires, les femmes au foyer laissées pour compte… La série raconte ce que toutes les femmes affrontent durant la maternité, avec plus ou moins de difficulté. La poussette qui ne se plie pas, la copine qui raconte combien ses nuits sont fantastiques: « mon enfant dort de 18h à 9h du matin avec 6h de sieste l’après-midi… ». Les moments de doute et de culpabilité, la solitude. The Letdown donne la parole aux femmes devenues mères et pour qui, tout n’est pas toujours rose bonbon. Des scènes de vie dépeintes avec humour et justesse qui en rassureront certainement plus d’une. Car, entre celles qui parlent ouvertement de leurs problèmes et celles qui font semblant que tout va bien, toutes ont un point commun : elles essaient de trouver leur nouvelle identité après cet énorme bouleversement physique et psychologique qu’est l’arrivée d’un enfant.

Du statut de femme à celui de mère

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Attendrissant, à mourir de rire parfois, l’accent australien y étant pour beaucoup, émouvant aussi, The Letdown est un condensé d’empathie et d’authenticité qui a su capter l’essence même d’un changement de statut parfois difficile à gérer et dont il est tabou de parler. De femme, on devient mère avec tout le bonheur mais aussi toutes les difficultés que cela implique. Et c’est bien là le paradoxe. Alors que la société impute à chaque nouvelle maman d’être la plus heureuse du monde car, oui, elle a reçu le plus beau cadeau qui soit (ou plutôt elle a bien galéré pour le recevoir), pourquoi se plaint-elle et pleure-t-elle ? La série illustre à la perfection le sentiment de solitude, de marginalisation et de perte d’identité propre que certaines peuvent éprouver durant les premiers mois dans la peau d’une mère. Vous n’êtes plus une femme active, dotée d’une intelligence et productivité appréciées de tous, entourée de plein d’amis et qui aime aller bruncher le dimanche. Soudainement, d’un claquement de doigts et tout ça grâce à la magie de la maternité, on ne vous considère plus que comme une mère, qui ne « travaille » pas, qui n’a plus de vie sociale et qui, accessoirement aurait perdu quelques neurones en même temps que les eaux. Débarrassée de tout ce qui faisait de vous une personne à part entière, vous vous retrouvez enfermée dans une catégorie qui n’intéresse personne, celle de maman. Mesdames, excusez-vous de contribuer au renouvellement de la population mondiale ! The Letdown met précisément le doigt sur cette problématique lors de l’épisode 5 par exemple, lorsque Barb (Celeste Barber), une des mamans du groupe de soutien, s’aperçoit qu’elle n’a pas été conviée au « Carrers Day » de l’école de ses fils, la journée durant laquelle les parents viennent présenter leur métier. Hilarante et touchante, elle va tourner la situation à son avantage et voler la vedette aux autres parents. Eh oui, maman c’est aussi un job ! Le personnage d’Alison en fait également les frais lors de l’épisode 4, lorsqu’elle croise sa remplaçante Sally, celle-là même qu’elle a engagée et qui est, l’air de rien, en train de lui voler son boulot. Le congé mat, une bénédiction !

Pour tout dire, The Letdown est un plaidoyer pour toutes les femmes qui ont eu le malheur d’avoir la bonne idée de faire un enfant. Entre changements physiques, psychologiques, sociaux et professionnels, les nerfs des mères sont mis à rude épreuve et les nouveaux repères ardus à trouver. Un nouvel équilibre, aussi fragile soit-il, doit s’instaurer et chacun, au sein de la famille, doit se réinventer afin de trouver véritablement sa place. The Letdown met en lumière ces obstacles rencontrés d’une façon habile, sans faute de parcours, grâce à un casting admirable et un scénario subtilement dosé en humour, jonglant, sans sensiblerie, avec des émotions contradictoires. Une franche partie de rigolade qui rappelle à toutes les mamans qu’elles ne sont pas seules.

Casting : Alison Bell, Duncan Fellows, Leon Ford, Noni Hazlehurst, Sacha Horler, Celeste Barber, Leah Vandenberg, Lucy Durack.

Fiche technique : Créée par : Alison Bell, Sarah Scheller / Réalisé par : Trent O’Donnell / Date de sortie : 25 octobre 2017 / Pays : Australie / Format : 7 épisodes – 30 min / Chaîne : ABC TV, Netflix