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Cannes 2017 | Nelyubov : une fracture affective trop grande pour se résorber

Le cinéma russe est âpre, surtout quand il s’agit d’un cinéaste de la trempe d’Andrey Zvyagintsev. Le Russe âgé de 53 ans s’était fait l’auteur d’un film d’une rare puissance avec Leviathan, déjà présenté sur la croisette et primé. Cette fois-ci, le retour augurait de belles choses au vu du synopsis présenté.

Photo copyright : Pyramide Distributions

Intitulée Nelyubov (Loveless), l’histoire dresse le portrait d’un couple sur le point de divorcer. D’un côté, Boris (Alexey Rozin) refait sa vie gentiment avec Masha (Marina Vasilyeva) et de l’autre, Genia (Maryana Spivak) refait également sa vie avec un homme à la situation financière avantageuse. Chacun d’eux prend le large sans penser à l’avenir de leur fils, Aliocha, un enfant de 12 ans laissé égoïstement sur le bas-côté. Avec le sentiment d’être un fardeau, le pré-ado s’évanouit dans la nature sans crier gare.

Fractures amoureuses, affectives et politiques

Nelyubov est un tableau familial aux fractures évidentes. Genia est une femme obsédée par son portable et désireuse de trouver l’affection qu’elle mérite. À travers ses défauts, le spectre d’une mère compliquée à supporter est effleuré. Un traumatisme qui se répercute sur sa relation avec son propre fils qu’elle n’hésite pas à qualifier d’un accident. Une maternité et un mariage qu’elle présente comme des erreurs qu’elle ne pourra jamais effacer. Genia est le stéréotype de la femme malheureuse, froide, poussée à faire des choix irréfléchis très jeune. Elle n’hésitera pas à dire « qu’elle n’a jamais aimé personne ». Boris, lui, est un homme timide, qui redoute un licenciement si son divorce venait aux oreilles de son chef. Une partie plutôt cocasse, puisque son patron est un orthodoxe qui préconise les valeurs maritales. La politique d’entreprise vous « interdit » de quitter votre compagnon quitte à mentir coûte que coûte.

Le portrait brossé par Zvyagintsev est l’exemple-même d’une famille dont les parents souhaitent avant tout mettre en avant leur propre bien-être. Mais pas que, puisque le contexte politique fait rapidement son apparition par le bais d’une police russe très peu investie, laissant même à une association de bénévoles le soin d’épauler les deux parents pour enquêter sur cette fugue. La disparition d’Aliocha dévoile les fissures qui s’étendent d’une famille aux forces de l’ordre. L’intime est un enjeu parfaitement exploré par le metteur en scène russe.

Troublant

À mesure que l’on avance dans le récit, les divergences deviennent insoutenables pour les deux protagonistes. De la colère, les sentiments virent à la tristesse, à la mélancolie tenace. Un enfant laissé-pour-compte en fait les frais, simplement à cause de l’égoïsme profond de deux êtres irresponsables. La physionomie du métrage mène rapidement à une réflexion simple : Aliocha est-il le maux de tous les problèmes de Genia et Boris ? De ce postulat, Nelyubov apporte des réponses troublantes, parfois manquant de profondeur pour satisfaire pleinement. À l’image des Fantômes d’Ismaël, le passé et le présent semblent indissociables, le passé vous rattrape toujours. Avec Nelyubov, Zvyagintsev démontre l’égocentrisme d’un parent avec une certaine subtilité. Une mise en scène froide, tendue, celle qui vous captive mais peut s’effilocher par un manque d’intensité. Parfois un peu statique, Nelyubov se vit à travers le regard désabusé d’un adolescent abandonné et triste de n’être qu’une charge pour ses parents. Une étrange sensation que le réalisateur russe réussit à transmettre grâce à un cinéma radical. Opération réussie !



Casting: Maryana Spivak, Alexey Rozin, Matvey Novikov, Marina Vasilyeva, Andris Keishs, Alexey Fateev

Fiche technique: Réalisé par: Andrey Zvyagintsev / Date de sortie: – / Durée: 127min / Genre: Drame / Distributeur suisse: – /