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My Lady : Emma Thompson face à un dilemme existentiel sur fond d’égoïsme

L’élégance de la mise en scène britannique soutenue par deux performances solides, où le spectre de l’égoïsme traîne en arrière fond. Adapté du roman de Ian McEwan, My Lady traite de l’histoire d’un juge de la Haute Cour, Fiona Maye (Emma Thompson). Alors que son mariage bat de l’aile à cause des nombreuses affaires dont elle s’occupe, son chemin croise celui d’Adam Henry (Fionn Whitehead), un jeune Témoin de Jéhovah atteint d’une leucémie et refusant catégoriquement de recevoir le sang d’autrui. Un blasphème, une trahison à ses yeux.

Une simple rencontre, une brève conversation et une chanson partagée. Voici les détails qui ont poussé Henry à accepter une transfusion sanguine. Son bref face-à-face avec Fiona est une vraie révélation pour lui, un genre de coup de foudre qui le pousse à passer outre ses valeurs. Il voit la juge comme la voix de la raison. Il la poursuit comme il poursuite la vérité, la clé de son existence.

Élégante mise en scène signée Richard Eyre, Fionn Whitehead toujours plus fascinant

Dénué de toute séquence larmoyante, My Lady se sublime grâce à une mise en scène à l’élégance toute britannique. Or, c’est avant tout le duo formé par Emma Thompson et Fionn Whitehead qui attire le plus souvent l’attention. Sous les traits de Fiona Maye, l’actrice anglaise trouve un vrai rôle, un rôle poignant lui permettant de faire étalage de son talent. L’autre grande satisfaction se nomme Fionn Whiteahead. Nouveau venu après son rôle remarqué dans Dunkerque – nous en avons fait l’un des grands de demain -, l’acteur britannique démontre une nouvelle fois sa capacité à capter l’attention par une gestuelle sobre, un jeu d’acteur à l’aisance folle. Deux prestations d’une réelle authenticité.

Photo copyright : ARP Sélection

My Lady relève plus de la complexité d’un choix, d’une femme décidée à sauver un jeune homme prêt à mourir pour ses convictions religieuses. La juge Maye est à l’opposé du personnage qu’elle s’est forgée, loin du coeur de pierre qu’elle veut bien laisser paraître. Et pas seulement. La beauté du récit réside également dans cette « nouvelle chance » qu’Adam a reçu de la juge. Fasciné et redevable, l’adolescent la place sur un piédestal. C’est là que la mécanique devient intéressante. Espionnée, suivie par Adam, Fiona voit sa vie prendre une tournure différente. My Lady est avant tout un portrait croisé, un choix épineux dans lequel Fiona se perd. Quel rôle doit-elle remplir face à ce jeune étudiant ? La scène du baiser illustre parfaitement la complexité du rapport. Se sent-elle comme une mère, elle qui n’a pas goûté à la maternité ? Ou est-elle attirée par le jeune homme ? La question subsiste et vampirise une femme qui avait, jusque-là, une vie réglée comme du papier à musique.

Au risque de briser le suspens, il n’y aura pas d’histoire d’amour. On retrouve plutôt une femme en face d’un dilemme existentiel, d’une vie rythmée par les affaires, mais austère quand il s’agit de dresser le bilan de sa vie privée. Son mari en paie les pots cassés. My Lady se construit sur l’histoire d’une femme malheureuse, bousculée par un adolescent qui met à mal sa position de femme autoritaire. Comme un hymne à une maternité désirée, à un amour perdu dans un flot de réflexions.

Casting : Emma Thompson, Fionn Whitehead, Stanley Tucci, Anthony Calf

Fiche technique : Réalisé par : Richard Eyre / Date de sortie : 1er août 2018 / Durée : 105 min / Scénario : Ian McEwan / Photographie : Andrew Dunn / Musique : Stephen Warbeck / Distributeur suisse : Ascot Elite