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Jungle n’a plus besoin de courir après son rêve américain

Photo copyright : Jungle

C’est la musique qu’ils désirent mettre en avant et c’est bien pour cette raison que leurs clips, du premier album en tous cas, ne dévoilent pas leurs visages et mettent plutôt en scène des street dancers. Énigmatiques à la façon de Daft Punk, ils ont depuis tombé les masques et leurs initiales de J et T. Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland, voisins et amis d’enfance, ont grandi dans la banlieue ouest de Londres, en face du fameux studio Townhouse. Des destins tout tracés ? Peut-être. Toujours est-il qu’en studio ils se sentent comme à la maison. Comme des poissons dans l’eau, ils y exercent leurs fantasmes de contrôle absolu, le pouvoir de maîtriser les choses et de gérer chaque aspect de leur travail dans les moindres détails. Rassurant selon eux. Ils y jouent avec les sons comme certains joueraient avec leur console de jeu. Chaque bruit, un claquement de porte, un paquet de chips qui s’ouvre est un instrument à exploiter. Des mois de travail à partir de ces multitudes de strates afin d’obtenir le résultat escompté. Perfectionnistes, maniaques diraient certains, passionnés à n’en pas douter, les deux Britanniques, accompagnés de leurs 5 acolytes, ont su créer un style bien à eux, mélangeant une soul-funk des plus contemporaines à un groove inimitable. Des voix chaloupées, titillant à chaque fois les aigus, leur musique n’appartient pas au passé, elle est bel et bien d’aujourd’hui. Elle puise dans des genres hérités d’avant et fabrique une soul légère, dansante, mais toute personnelle. Les harmonies et voix conjuguées de Tom et Josh, qui sont depuis devenues leur marque de fabrique, les rendent reconnaissables entre mille.

Un premier album les révèle, un deuxième les confirme

De leur premier album éponyme sorti en 2014, on en retient une furieuse envie de danser, les riffs indécrassables de « The Heat » ou « Time » et les beats féroces et profonds de « Accelerate ». Cet opus est un condensé d’énergie enivrante qui ne vous lâche pas et qui révèle Jungle comme un des groupes avec qui il faut désormais compter. À la fois un succès commercial et critique, ce premier album place les Anglais dans la catégorie des rares groupes qui peuvent se targuer de rassembler les publics. Leur retour prévu en 2018 était dès lors attendu avec fébrilité. Dès le titre d’entame de For Ever, leur deuxième album sorti le 14 septembre via XL Recordings, les percussions un brin tribales se font sentir et nous rappellent que le groupe porte bien son nom. Sauvage et doux à la fois, le rythme donne le ton et les fameux falsettos de Josh et Tom sévissent à nouveau. Place ensuite à une petite merveille de morceau, un hymne à la danse, aux rythmes brûlants. Nous défions quiconque de ne pas balancer des hanches à son écoute ! Prodigieusement produit, « Heavy California » fait étalage de ce dont le groupe londonien est capable. « Beat 54 (All Good Now) », quant à lui, fait honneur à un son plus disco. Le soleil de Californie tape sur nos têtes de la même façon que les beats étouffés et le tempo flâneur de « House In L.A. », alors que ses voix ne sont pas sans rappeler un certain Bon Iver, une influence du groupe.

Bien que débuté à Los Angeles, mais à cause d’enregistrements infructueux, For Ever sera finalement enregistré à Londres. L’album porte malgré tout les stigmates des péripéties californiennes du groupe, capturant dans ses filets le rêve américain après lequel Jungle semble courir à perdre haleine. Les titres des morceaux en sont les témoins. Il aura fallu des peines de coeur – les deux leaders se sont chacun séparés au moment de la préparation de l’album – et un retour au bercail pour que les Anglais puissent finalement donner naissance à ce deuxième opus plus personnel. Rien ne servait de courir vite…

Les Britanniques seront de nouveau en terres helvétiques le 16 novembre aux Docks de Lausanne. Vous savez quoi faire…