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Mudbound : brillance et violence dans le sud des années 40

Tout se passe au Mississippi et sur le champ de bataille durant la Seconde guerre. Le quotidien éreintant d’un agriculteur et les atrocités qu’un soldat vit sur le front. Mudbound mélange deux mondes aux antipodes et les fait se côtoyer à travers les familles McAllan et Jackson. Elles partagent la même terre et ont un membre de leur famille qui combat sous la bannière étoilée. La première famille est blanche, la seconde noire.

Mudbound s’ouvre quand Henry McAllan (Jason Clarke) et Jamie McAllan (Garrett Hedlund) tentent d’enterrer leur père décédé. Le poids du cercueil étant trop lourd, Henry s’avance vers la carriole de la famille Jackson qui passait par là pour demander un peu d’aide. S’ensuit une analepse de plus de 2 heures où nous découvrons les origines de la séquence d’ouverture. Henry rencontre Laura (Carey Mulligan) et la marie. Les deux déménagent de Memphis pour atterrir dans un coin reculé du Mississippi avec « papy » (Jonathan Banks) et leur petite fille, pendant que Jamie combat dans les airs en Europe. Les Jackson ont aussi un fils, Ronsel (Jason Mitchell), en train de défendre son pays en Allemagne.

La violence rurale et la violence du champ de bataille

Deux destins familiaux. Deux couleurs de peau. En 1940, les violences rurales contrastent avec la violence de la guerre. Quelques fragments de bataille en Europe pour témoigner de la violence dont sont témoins Jamie et Ronsel, et d’autres bribes dans les champs pour exprimer la solitude de Laura ou l’enfer d’être une personne de couleur dans cette partie du pays. Dee Rees bascule d’un destin à un autre grâce une narration rondement menée et des moments sensibles, sans tomber dans la niaiserie.

Photo copyright : Steve Dietl / Netflix

Le film avance dans le sol boueux du sud, se lit à travers la sueur de Hap Jackson – Rob Morgan est excellent dans le rôle – toujours affublé de sa salopette, ainsi que sur le visage de Florence Jackson (Mary J. Blige), marqué par la douleur. Des destins éparpillés dans la première partie du métrage sont reliés après le retour des deux soldats. Et alors qu’ils ne se connaissent pas, Jamie et Ronsel vont devenir amis et se remémorer les événements vécus en Allemagne, se soutenant mutuellement afin de mieux supporter le retour au bercail. Jamie reste profondément marqué et développe des traumatismes comme tant de soldats une fois rentrés. Une relation amicale qui déplaira fortement à son père, un être raciste et virulent, qui s’en prendra verbalement et physiquement au jeune Ronsel.

La brillance dans la noirceur de l’humanité

Des paroles blessantes et un climat tendu pour les familles afro-américaines. Mudbound le traite de manière subtile, juste comme il faut, tout en balayant et dépeignant sobrement les personnages principaux. En adaptant le roman d’Hillary Jordan, Dee Rees intériorise la violence qui découle de l’époque en lui conférant brillance et poésie. Le ton narratif exprime aussi bien la solitude, le désir et la mélancolie. Les personnages sont brisés et les fractures sont visibles, mais tout le monde préfère rester cloîtré dans le silence, hormis peut-être Jamie qui perd pied depuis son retour dans le pays de l’oncle Sam. « N’en verse pas parterre, cette bouteille est mon médicament », dit-il à Ronsel au cours d’une balade alcoolisée en voiture.

Une magnifique première partie et une deuxième moins intense émotionnellement, plus revancharde qu’introspective. Mudbound suinte la violence, un peu à la façon d’un 12 Years A Slave. Garrett Hedlund est excellent et Jason Clarke campe un rôle qui lui colle à la peau, dans un registre semblable à celui de The Better Angels de A.J. Edwards. Carey Mulligan est pleine de justesse, toujours aussi précise dans son jeu, et Jason Mitchell l’est tout autant. Le casting au complet est admirablement dirigé. Tout s’assemble et Mudbound éclôt au milieu de l’oppression et de la médiocrité de l’homme. Un film qui vous touche en plein coeur.

Casting : Garrett Hedlund, Jason Mitchell, Carey Mulligan, Jason Clarke, Mary J. Blige, Rob Morgan, Jonathan Banks, Kerry Cahill

Fiche technique : Réalisé par : Dee Rees / Date de sortie : 17 novembre 2017 (Netflix) / Durée : 120 min / Genre : Drame / Scénario : Virgil Williams, Dee Rees, Hillary Jordan / Photographie : Rachel Morrison