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Moonlight : entre pudeur et grandeur, Barry Jenkins touche au sublime

La crise identitaire, l’orientation sexuelle dans les rues sensibles de Miami. L’odyssée de Chiron s’articule autour de trois périodes bien distinctes dans la vie d’un homme, voire d’un être humain. L’enfance, l’adolescence et le passage à l’âge adulte sont les trois époques qui vont construire un homme blessé, mais avant tout un enfant délaissé.

Autour du combat que va mener le natif de Liberty City, Moonlight est un conte d’une incroyable puissance émotionnelle et humaine. Une lutte des différences où les couleurs vives s’entrechoquent dans un univers morose, où la pauvreté et la violence sont monnaie courante, où l’intolérance est un thème récurrent.

« Tu dois décider qui tu veux être »

Seul et abandonné par sa mère toxicomane, le tout jeune Chiron, campé par Alex R. Hibbert, s’amuse avec ses potes, traîne mais ressent un vide. Enfant introverti, son premier combat est de supporter sa génitrice (Naomie Harris) complètement rongée par le crack. C’est en errant comme un voyou qu’il tombe sur Juan (Mahershala Ali), un dealer du coin, et plus particulièrement Teresa (Janelle Monaé). Un couple qui se profile comme une famille par procuration et qui comble le vide parental de « Little ». Juan lui explique la vie, lui intimant « de rester dans sa bulle » ou « de décider qui il veut être ». Un homme qui s’imposera comme un exemple, ou tout simplement comme la figure paternelle de substitution.

L’enfance passée, place à l’adolescence. Les ennuis commencent, les violences sont légion dans un lycée où les caïds tentent d’imposer leur loi. Chiron, désormais campé par Ashton Sanders, derrière son visage émacié et sa frêle carcasse, s’égare au milieu des couloirs d’un établissement qui ressemble plus aux portes de l’enfer qu’à un lycée. Maintenant orphelin de son « père adoptif », il peut compter sur Teresa et Kevin, son seul et unique ami. Une période qui va répondre aux interrogations du jeune homme. Sa relation avec Kevin prendra une tournure passionnée, inattendue après un baiser échangé sur une plage. Mais le lien entre les deux adolescents se brise le jour où Kevin se laisse entrainer dans un jeu. Sous les coups encaissés, le déclic opère pour Chiron.

Dorénavant installé à Atlanta, l’apparence fluette de Chiron a laissé place à un homme imposant. Le spectre de Juan plane un peu plus quand nous découvrons que Chiron est un trafiquant. Flanqué du surnom de « Black », le dealer impose sa loi, bien loin de l’image du lycéen qui avançait d’un pas hésitant.

Poésie, pudeur et révolte

Moonlight est une immersion poétique où se mélangent les rêves et les cauchemars. « Une brise particulière qui stoppe tout, qui suspend le temps telle une trêve », souligne Kevin. Car non loin des rues sensibles de Liberty City, l’apaisement est à bout de bras. Un contraste qui saisit par sa portée narrative mais aussi par ses couleurs chaudes et profondes. La manière dont Barry Jenkins magnifie l’oeuvre de Tarell Alvin McCraney transpire l’élégance par la pudeur de ses sentiments. Jenkins ne tombe pas dans le « trash », à insister sur les relations homosexuelles – La vie d’Adèle est l’exemple parfait de ce qui ne faut pas faire -, non, il immortalise le parcours d’un homme à la recherche du véritable chemin qui l’attend.

Photo copyright: David Bornfriend

Sur fond de crise identitaire, Moonlight navigue dans les eaux troubles de la race humaine. Les thématiques abordées évitent soigneusement les clichés. On ressent presque de la douceur à travers les regards des protagonistes. L’émotion est palpable grâce à une distribution des rôles minutieuses aussi. Mahershala Ali crève l’écran, Janelle Monae et Naomie Harris sont excellentes, et le « trio Chiron » réussit un vrai tour de force. Spécialement Ashton Sanders.

Oui, avec Moonlight, Barry Jenkins réalise un sans-faute et récolte, à notre plus grand plaisir, un Oscar du meilleur film, le 26 février dernier. La dimension émotionnelle est amplifiée par la patte du cinéaste mais aussi grâce à une excellente bande-son de Nicholas Brittel. Le conflit se transforme en cocktail d’amour et d’acceptation. La tristesse fait place à cette fameuse brise qui suspend le temps…

Casting : Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Janelle Monae, Naomie Harris, Andre Holland, Jaden Piner

Fiche technique : Réalisé par : Barry Jenkins / Date de sortie : 15 mars 2017 / Durée : 1h50min / Genre : Drame / Pays : USA / Scénario : Barry Jenkins, Tarell Alvin McCraney / Photographie : James Laxton / Musique : Nicholas Britell / Distributeur suisse : DCM