Montreux Jazz 2019 | Les concerts à voir ou à zapper

Montreux s’apprête à accueillir pour la 53ème fois le fameux Jazz Festival. À un peu plus d’un mois du coup d’envoi de la manifestation, il est temps de vous livrer nos impressions sur la programmation 2019, nos coups de coeur et highlights, ainsi que les concerts que nous zapperons durant cette édition un rien nostalgique, avec notamment 3 artistes qui feront leurs adieux à la scène.

Elton John – Photo copyright : Ben Gibson Photo

Et parmi ces 3 artistes, vous ne serez certainement pas passés à côté de la venue de monsieur Elton John en terres vaudoises. Alors que Rocketman, le biopic du chanteur, a été présenté au Festival de Cannes il y a quelques jours, Elton John dira au revoir à son public à l’occasion d’une unique date en Suisse, une des nombreuses étapes de sa tournée d’adieu, « Farewell Yellow Brick Road ». Le musicien à la carrière longue comme les 2 bras bénéficie d’un traitement exceptionnel, une première au Montreux Jazz Festival : il se produira le 29 juin, hors des murs du festival, plus précisément dans le Stade de la Saussaz, où les quelques 15’000 places ont déjà trouvé preneurs. Séquence nostalgie encore avec les concerts d’adieu de deux légendes, Joan Baez et Anita Baker, qui se produiront respectivement le 3 et 10 juillet à l’Auditorium Stravinski.

Thom Yorke – Photo copyright : Vittorio Zunino Celotto/Getty Images

Mais au Stravinski, mis à part une petite poignée de noms, ça sent plutôt le réchauffé. Avec des vieux de la vielle tels que Sting, maintes fois venu à Montreux et dont le concert est déjà sold out, Janet Jackson, qui se produit pour la première fois au Montreux Jazz Festival mais dont on ne comprend pas bien la présence, Tom Jones ou encore Lauryn Hill, qui était une vraie bonne surprise en 2017 mais qui, en 2019, affole moins la curiosité, la programmation du Strav’ manque sérieusement de piquant. La présence d’artistes plus « actuels » arrivent à peine à sauver le coup. On pense à Georges Ezra qui avait fait vibrer les foules avec son single « Budapest » il y a 5 ans, mais qui, avec son dernier album en date « Staying At Tamara’s », brasse une pop beaucoup trop molle et ennuyeuse à notre goût, à l’image du titre « Shotgun ». Pour sauver la mise, l’iconique chanteur de Radiohead, Thom Yorke, éternel et inclassable, dont le magnifique dernier album « Suspiria » sorti en 2018 est la bande originale du film du même nom de Luca Guadagnino, foulera le sol vaudois le 4 juillet. 3 jours plus tard, le 7 juillet, nous aurons le grand plaisir de voir débouler le rouleau compresseur américain Bon Iver, groupe emmené par Justin Vernon. L’artiste, qui avait annulé sa venue à Zürich le 25 janvier 2017 pour des raisons personnelles, ne vient que très rarement en Suisse. Entre sa folk aux accents expérimentaux et ses nombreuses collaborations avec des artistes tels que James Blake, St. Vincent, Francis And The Lights ou Kanye West, ne manquez pas l’occasion de voir un groupe à part. Enfin, l’excentrique Janelle Monáe, déjà présente à Montreux en 2010, viendra enflammer les quais le 11 juillet avec sa pop-funk, porte-drapeau d’une Amérique féminine, noire et queer forte et assumée.

Ambiance évidemment plus feutrée au Club, où le pianiste de génie Chilly Gonzales viendra démontrer l’étendue de son talent lors d’un doublé, le 1 et 2 juillet. La crooneuse américaine Melody Gardot, ses lunettes et son célèbre tube « Baby I’m A Fool » raviront les oreilles des festivaliers le 5 juillet alors que la France sera à l’honneur le 7 juillet avec Yann Tiersen et ses mélodies contemplatives.

Dermot Kennedy – Photo copyright : Daniel King

Côté Montreux Jazz Lab, la programmation que nous attendons toujours avec un peu plus d’impatience et de fébrilité, quelques jolis noms, mais globalement rien de complètement démentiel. Alors que la soirée du 1er juillet fait place à des nouveaux talents tels que la sensation pop canado-colombienne Jessie Reyez, qui empile les millions de vues sur Youtube, et le songwriter irlandais Dermot Kennedy, à qui nous avions consacré un article en 2017, le soir du 2 juillet accueillera la fameuse Cat Power, précédée de ses compatriotes de Khruangbin, groupe de 3 musiciens mixant des styles variés allant du funk thaïlandais à la psyché orientale en passant par le surf rock. Un voyage musical à ne pas rater. Le jour d’après, le 3 juillet, l’auteure-compositrice-interprète française à la voix grave, Clara Luciani, viendra bercer la salle du Lab, juste avant que les spectateurs ne s’abandonnent aux rythmes sauvages et falsettos entraînants des Londoniens de Jungle, aperçus en novembre dernier sur la scène des Docks de Lausanne. Le 4 juillet, lui, attend la venue de James Blake. Pour son 4ème album studio, « Assume Form », sorti en janvier, l’artiste britannique a notamment collaboré avec Travis Scott, André 3000 ou Moses Sumney, livrant des titres planants comme lui seul a le secret, à l’image de « Mile High ». Une très belle soirée en perspective le 9 juillet avec le multi-instrumentiste Jacob Collier, gagnant de deux Grammy Awards en 2017, qui s’est d’abord fait connaître sur la toile avec ses reprises avant de se faire remarquer par le producteur Quincy Jones. Succédera au Britannique, celui qu’on ne présente plus : le Canadien Mac DeMarco, déjà présent à Montreux en 2016 et qu’on a pu guetter au dernier festival Coachella, viendra présenter son dernier album « Here Comes The Cowboy » sorti le 10 mai. Comme à chacun de ses concerts, nul doute qu’il embrasera le Lab de sa folie désormais légendaire. On fait l’impasse sur la soirée du 10 juillet et son affiche hip-hop faisant se rencontrer Night Lovell, Scarlxrd et $UICIDEBOY$. Une soirée un brin décevante pour un festival comme Montreux, sans grande envergure, alors que la scène hip-hop, elle, grouille d’artistes passionnants.

Khruangbin – Photo copyright : David Salafia

Si le programme de cette 53ème édition, qui se déroulera du 28 juin au 13 juillet, n’a encore pas livré tous ses secrets – l’affiche gratuite sera connue le 6 juin – l’impression générale est mitigée. Variée, rassemblant un peu tous les genres et âges, cette programmation 2019 reste néanmoins très, trop consensuelle, sans vrai parti pris. Une prise de risque minime voire inexistante pour un programme qui joue la sécurité, malgré quelques jolies têtes d’affiche. Le Montreux Jazz Festival nous avait habitués à de plus grandes surprises et plus de frissons.

Plus d’informations sur le site du Montreux Jazz Festival.