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Moi, Tonya : biopic énergique pour la reniée du patinage artistique

Quiconque a fait du sport connaît l’histoire de Tonya Harding. Son nom est même devenu une sorte de marque de fabrique quand il s’agit de saboter le travail d’un adversaire.

Harding c’est l’antithèse de la patineuse artistique : une femme pas franchement gracieuse, très athlétique, une véritable machine à figures techniques complexes. Les fins connaisseurs y voient, même si quelques années les séparent, Evgeni Plushenko comme son pendant masculin, sans les incidents qui ont terni la carrière de la patineuse américaine. Une bête de compétition qui ne recule devant rien, évoluant dans un milieu qui n’a rien à voir avec celui de patinage artistique, mais plutôt celui des gros loubards de l’Amérique profonde. Les trucks et les bières sont plus d’actualité qu’une chorégraphie sur glace.

L’ascension et la chute. Voilà Moi, Tonya, un film dopé à l’adrénaline, à l’énergie débordante d’une femme qui souhaite juste être aimée de sa patrie. L’arrogance et la fragilité. Un milieu familial étrange, une mère totalement allumée et horriblement rugueuse pour voir sa fille accéder à la gloire. Peut-être en dramatisant quelque peu la situation, Craig Gillespie mise sur LaVona (Allison Janney) et sur les nombreux imbéciles qui interfèrent dans l’histoire. En première ligne, le tordant Shawn Eckhardt (Paul Walter Hauser), genre d’énergumène qui se rêve expert du contre-terrorisme. Le décor est planté.

Basé sur les interviews des protagonistes

Comme l’est le film, entrecoupé de plusieurs entrevues de personnages, le récit est basé sur les véritables interviews données par les protagonistes. Des faces caméra qui amènent une dimension plus humoristique à l’histoire. Entre son mari, Jeff Gillooly (Sebastian Stan), Shawn Eckhardt et LaVona Harding, les petites confessions moulent l’histoire et retracent la personnalité de la patineuse. Peut-être que le monde voit en Tonya une femme que seule la gagne intéresse, mais c’est une autre personne que nous découvrons : maltraitée par sa mère et brutalisée par son mari. La blonde n’est pas du genre à se laisser faire et réplique avec véhémence. Qui s’y frotte s’y pique !

Lynchée, véritable honte de l’Amérique, Tonya Harding est présentée comme une femme entourée d’imbéciles et est prise dans l’étau de l’idiotie de Gillooly et surtout d’Eckhardt, comme le précise un journaliste (Bobby Cannavale) durant quelques entretiens. Harding elle-même se dit victime de cette manigance et même si elle avoue une part de responsabilité, elle ne cautionne en aucun cas cet acte barbare.

Deux très bonnes performances pour un biopic débridé

Tonya Harding, malgré ses triples axels, a essuyé la méchanceté des juges et la méchanceté du peuple américain. Elle voulait juste être aimée, alors que les Américains la maudissent. Des paroles qui sonnent vraies quand Margot Robbie les laisse échapper de sa bouche, presque incrédule et résignée. L’actrice australienne patine et virevolte. Une énergie qui la rend redoutable et excellente. Tout comme Allison Janney, méconnaissable et si grégaire, si parfaite dans son rôle de mère castratrice et insensible. Elles assurent.

Mais ces performances notables ne font pas de Moi, Tonya un film aussi piquant qu’on le voudrait. Gillespie aborde son film de manière excellente, à un rythme très soutenu. Mais à force d’avancer on se demande quel message il veut mettre en avant. Dans un premier temps, Nancy Kerrigan (Caitlin Carver) est mise de côté et ensuite montrée comme une bête de foire et tout juste effleurée par l’histoire alors qu’elle est la victime principale de cette sombre histoire. Soit, le film s’intitule Moi, Tonya. D’accord. Mais le métrage dresse un portrait peu flatteur de Kerrigan. Comme le cite Robbie dans la peau de Harding : « Elle tirait la gueule alors qu’elle était deuxième », le jour de sa médaille d’argent au Jeux de Lillehammer de 94. Est-ce l’hypocrisie de Harding qui ressort, enfin ? Toujours est-il que la star est en quelques sorte la « méchante ». La « gentille » est, elle, montrée comme une mauvaise perdante. Dilemme.

Et même si Gillespie réussit un biopic énergique, se faufilant entre les situations rocambolesques, il y a une vérité qui se dessine : Harding est victimisée alors qu’elle est la fautive. C’est peut-être là que le film est le plus intéressant. Derrière le rythme effréné, les prestations et les scènes cocasses, il y a une vérité. Le sport, la célébrité, les contrats, mais surtout l’amour des Américains a peut-être poussé Harding a commettre un coup bas. Moi, Tonya laisse planer le doute, même si on comprend bien qu’elle est victime de la bêtise de son propre entourage.

Casting : Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan, Paul Walter Hauser, Julianne Nicholson, Caitlyn Carver, Bobby Cannavale

Fiche technique : Réalisé par : Craig Gillespie / Date de sortie : 21 février 2018 / Durée : 120 min / Scénario : Steven Rogers / Musique : Peter Nashel / Photographie : Nicolas Karakatsanis / Distributeur suisse : Ascot Elite