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MJF 2019 | Bon Iver fait chanter le Stravinski d’une seule voix

C’était le concert à ne pas rater de cette 53ème édition du Montreux Jazz Festival. L’américain et son groupe se font très rare en Suisse. Ils étaient présents sur les rives du Léman hier soir et ont fait étalage de tout leur savoir-faire. D’une indie-folk mélancolique aux accents country des débuts aux distorsions de voix, fruits d’expérimentations musicales, Bon Iver a figé le temps durant 1h30. Un des grands moments du festival.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis la retraite musicale de Justin Vernon dans une petite cabane au fin fond du Wisconsin qui aura donné naissance au premier opus largement acclamé de Bon Iver : For Emma, Forever ago. C’était en 2007. En 2011, place au deuxième album : Bon Iver, Bon Iver. Virage à 180 degrés avec 22, A million, troisième opus définitivement passé du côté électronique et expérimental de la force, sorti en 2016. Depuis, Justin Vernon et sa bande ont enchaîné les featuring, de Kanye West à James Blake en passant par St. Vincent, et foulé les planches des salles de concert de tout le globe. Ils faisaient escale à l’auditorium Stravinski dimanche 7 juillet.

Un dispositif instrumental imposant, deux batteries en toile de fond, Bon Iver arrive sur scène décontracté, comme à son habitude, t-shirt et jeans, bandeau et casque sur la tête. Fidèle à lui même, le barbu multi-instrumentiste, accompagné de ses acolytes Sean Carey, Matthew McCaughan, Michael Lewis et Andy Fitzpatrick, entame son set en plongeant directement le public dans une émotion palpable grâce au rythme répétitif et assassin de « 22 (OVER S∞∞N) ». Un solo de saxophone à la lumière d’un projecteur finit de donner une claque. S’ensuit « 10 d E A T h b R E a s T », « 715 – CR∑∑KS » et « 666 ʇ », et leurs rythmes saccadés, teintés de la voix aux milles effets de Vernon. Des titres en formes de codes, tous issus de son dernier album expérimental, 22, A Million.

Le mariage unique de la mélancolie et de l’exploration

La salle prend ensuite congé des sonorités électroniques le temps de quelques titres pour se replonger dans le spleen des morceaux qui ont fait la renommée de Bon Iver. De « Minnesota, Wi » à « Calgary », sans oublier le très attendu « Skinny Love », Bon Iver réussit l’exploit de mélanger dans un même set de la pure indie-folk, harmonica aux lèvres, des débuts aux explorations électroniques futuristes sans jamais perdre un soupçon d’émotion et d’attention de la part du public montreusien. Baignée dans une ambiance à mi-chemin entre ébullition et nostalgie discrète, la salle respire aux battements de l’indétrônable « Holocene ». Il y souffle un air serein et un vague à l’âme lorsque les incantations de « The Wolves (Act I and II) » surgissent et durant lesquelles le public chante d’une voix : « What might have been lost ».

Clôturant son concert ce soir-là avec « Hey, Ma », un des deux nouveaux titres dévoilé il y a un mois et laissant présager un nouvel album prochainement, Bon Iver, qui a refusé toutes photos de son concert, a jeté des ponts entre folk mélancolique et explorations sonores. Savant mélange de deux univers qui, au lieu de se confronter, se complètent et forment un mariage unique.