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MJF 2018 | Tamino illumine le Lab de son spleen

Tout de noir vêtu, sobre, dégaine nonchalante, Tamino est l’une des excellentes découvertes de l’année et par conséquent, furieusement attendu par le public montreusien. Il chante la mélancolie de sa voix suave qui coule au gré des notes lascives. Son timbre de voix sublime, sa justesse et sa précision sont fascinantes. Un répertoire brut, qu’on sent sincère, qui vous caresse et vous enchaîne à ses divagations rêveuses, comme le prouve le sublime « Sun May Shine ».

Tamino – Photo copyright : FFJM 2018 – Daniel Balmat

Quand on parle de sobriété, le tout l’est de manière à ne pas en faire trop, à ne pas gêner la simplicité du chanteur belge. Pas de mise en scène fantaisiste, de jeu de lumière démesuré, juste une voix qui sort de l’obscurité. Lui-même effacé sur scène, presque caché dans le noir, retiré derrière sa voix somptueuse. Il entame un petit échange avec le public : « very good to be here », après un bonjour en français. Une voix hésitante pour discuter, une voix captivante quand il entonne « Cigar », autre excellent morceau de son premier EP. La performance est lente, mais belle. Alors que le concert commençait à s’enliser dans une certaine redondance, Tamino profite de dégainer un morceau plus énergique, et il arrive à point nommé. Habile. Car le jeune artiste réussit à donner un coup de fouet au moment opportun, donnant une autre épaisseur à sa prestation. Le résultat est sublime, les montées dans les aigus sont d’une puissance singulière. La percée solennelle se clôt sur « Habibi », comme un air profond et riche de sens.

Adam Naas, une voix qui claque

Après Tamino et sa qualité vocale étonnante, Adam Naas lui emboîte le pas. Voix ultra tendue, excellente d’équilibre, le Français rappelle par instants Prince et touche même au sublime avec son morceau « The Love », très funk et rafraîchissant. Ces quelques facéties vestimentaires, lui qui se dit « comme chez lui, alors pourquoi pas porter une robe de chambre pour être à l’aise », Adam Naas prend le temps de murmurer son amour pour le public face à lui, comme il le trouve beau. Enfin, pour être sincère, on a arrêté de l’écouter puisque ses discours ne menaient à rien sauf à la véritable signification de (toutes) ses chansons : l’amour. Tout est amour pour Naas. Mais heureusement, dès qu’il met le turbo et chante, il fait des dégâts. Entre pop et soul épurées, très carré, avec un soin tout particulier pour une voix maîtrisée à la perfection, Adam Naas est assez déconcertant quand il décide de laisser faire son talent vocal. Sa reprise un peu moyenne de « Matilda » d’Alt-J ne noircit pas le tableau. Le Français a du coffre à revendre !

Adam Naas – Photo copyright : MJF 2018 – Daniel Balmat

Le clou du spectacle : James Bay

Quand on pense à James Bay, on pense tout de suite à son premier album. « Chaos and the Calm » est arrivé sans prévenir et a fait de l’artiste l’une des valeurs sûres du paysage musical britannique. En 2018, James Bay change légèrement de registre et troque son chapeau et sa longue tignasse pour des cheveux plus courts, ou plutôt une mèche rebelle comme vue au Lab. Venu défendre un nouvel album nommé « Electric Light », le natif d’Hitchin caresse la pop d’un peu plus près, tout en gardant un pied dans la folk, celle où il excelle.

Les morceaux s’enchaînent, s’empilent sans vraiment nous convaincre. Soyons réaliste, on s’ennuie. C’est carré et sans surprise. L’homme sait ce qu’il fait, il délivre un concert calibré avant d’appuyer sur la pédale d’accélérateur. Une seconde partie plus pop-rock qui a le don de faire bouger le public du Lab plutôt glacial, peu enclin à sauter et taper des mains. Stupeur, la salle se met à sauter, bouger les bras en l’air et taper du pied. L’assemblée chante même à la place de James Bay. Incroyable. De mémoire, Mac Demarco avait réussi ce petit exploit. Quel mérite ! La fin du show bouge, le Britannique se laisse emporter par sa fougue et gratte sa guitare frénétiquement à s’en casser les doigts. Il reprendra même « Simply the Best » de Tina Turner. En somme, le concert volait à altitude moyenne durant la première partie, pour prendre plus de hauteur dans la seconde.