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MJF 2018 | Intemporalité et spontanéité ont régné en maîtres grâce à Massive Attack et Young Fathers

Dans le marathon du Montreux Jazz, l’étape du 2 juillet était marquée par la venue des Britanniques de Massive Attack. Attendus de pied ferme à l’Auditorium Stravinski, ils étaient précédés de leurs collègues écossais de Young Fathers. Une soirée pleine de promesses, mixant intemporalité et fougue imprévisible. Et les promesses ont été tenues.

Young Fathers © 2018 FFJM – Lionel Flusin

Cantonnés au centre de la scène, l’imposante installation électronique de Massive Attack prenant à peu près tout le reste de l’espace, Alloysious Massaquoi, Kayus Bankole et Graham Hastings crachent avec toutes leurs tripes leurs morceaux mélangeant hip-hop, soul, pop, électro et rock. Le trio, accompagné du batteur Steven Morrisson, fonce droit dans le tas, sans prendre de gants, avec fureur, de celle qui emporte loin. Car leur musique est à l’image de ce qu’ils sont : d’une diversité folle. Issus de cultures variées, libérienne, nigériane et écossaise, le pot-pourri made in Edimbourg ne ressemble à aucun autre. De « In My View » et ses rythmes étouffés, « Rain Or Shine » aux teintes lo-fi rétro, « Old Rock N Roll », à mi-chemin entre le chant tribal et le hip-hop, ou encore le frénétique « Toy », la dextérité du groupe pour mélanger les genres et créer un style qui leur est propre n’est plus à démontrer. Les trois compères nous offrent sur un plateau un show qui va droit au but, sans artifices, d’une intensité complètement folle et d’une spontanéité libératrice. Et ce genre de spontanéité commence à se faire rare. Habité tant par leur musique que par leur danse, Young Fathers a soulevé des montagnes ce soir-là et a réussi l’exploit de nous faire oublier pour qui on était venu en réalité.

Young Fathers nous offre sur un plateau un show d’une intensité complètement folle et d’une spontanéité libératrice

Et c’était pourtant pour Massive Attack que nous avions initialement fait le déplacement. La salle plongée dans le noir, le public fébrile. Au fond, l’immense panneau lumineux de la largeur de la scène s’illumine. Des messages engagés défilent durant toute la durée du concert. On l’aura compris, les Anglais font passer leurs messages politico-pacifistes à coups de coupures de presse, citations et autres retranscriptions d’attaque militaire épinglées les unes après les autres en arrière-plan. Et le mode opératoire n’a pas changé depuis bientôt 10 ans. Même scénographie, même messages engagés. Rien de nouveau sous le soleil. Ça fonctionne mais, un renouveau dans la mise en scène ne serait pas un mal. Une grande sobriété et humilité se dégage pourtant du show malgré le fait qu’on soit devant un mastodonte musical à la machine bien huilée. Pas une ride en quasiment 30 ans de carrière. Des morceaux intemporels qui restent d’une modernité étourdissante et d’une constance indécente. Précurseurs et emblématiques d’un courant musical, révolutionnaires et novateurs à leurs heures, on peut dire sans trop s’avancer que Del Naja, Marshall et leur équipe font partie de ces rares groupes qui ne perdront jamais de leur superbe. Le temps n’a aucune emprise sur la formation de Bristol qui enchaîne ses succès qu’on croirait datés d’hier seulement… Carré, précis, sans fioritures, le show des Anglais est rôdé, excellemment exécuté et plait toujours autant. Flirtant avec la perfection lorsque le fidèle collaborateur du groupe Horace Andy entonne « Angel » de sa voix planante, Massive Attack fascine encore et toujours avec son hynotisant « Inertia Creeps », le bien connu « Sale For Harm » ou le plus récent « Voodoo In My Blood », pour lequel Young Fathers revient sur scène. Une performance qui met tout le monde d’accord : le trip hop et son porte-drapeau fétiche ont encore de beaux jours devant eux.