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MJF 2018 | Jack White est comme éternel

Il y a de ces artistes à qui on pardonne tout, à qui on excuse des petits caprices juste parce que leur talent est si singulier qu’on ne peut s’en passer. Jack White est un de ceux-là. Alors que le Stravinski commence à se remplir, le staff du Montreux Jazz nous rappelle qu’il est interdit de prendre des photos ou des vidéos. Pour dire, les seuls effrontés qui ont tenté de prendre un cliché se sont faits prendre « en charge » par une sécurité plutôt agressive. Les règles sont les règles. Même si elles sont légèrement extrêmes.

Compte à rebours en toile de fond, Jack White en personne apparaît sur les 3 immenses écrans au fond de la scène. Bref, le gamin de Détroit sait faire monter la sauce. White est comme cette ombre qui traverse la scène, avant de prendre forme humaine, tout de noir vêtu. Pas de temps à perdre, il part tête dans le guidon et balance la marchandise sans plus attendre. Un maître du rock, aux accents gothiques tout droit sortis d’un Tim Burton, à qui on doit l’éclosion de son ex-femme, Karen Elson et son morceau d’une beauté à couper le souffle « The Ghost Who Walks ». Hyperactif aussi en pensant à ses nombreux projets tels que The Raconteurs, The White Stripes et Dead Weather. C’est presque en solo que le phénomène se construit, ou plutôt la légende. Une horde de musiciens aussi virtuoses que le maître d’orchestre en personne, les 90 minutes sont à l’image du personnage : indéchiffrable, mystérieux et pétri de talent. Une dextérité presque indécente à la guitare, répertoire désordonné et synthétisation des genres. Un artiste intemporel, balancé dans une époque qui n’est sûrement pas la sienne. Même lui ne semble pas vraiment savoir où il se situe exactement. Le grand écart générationnel.

Artiste intemporel

Le temps se suspend au fur et à mesure que le son – presque saturé – enveloppe le Strav’. Les regards rivés sur le chevelu. Tout le monde est aux aguets, qu’est-ce qu’il nous mijote ? Une sorte de voyage entre ses nombreux projets, avec en point d’orgue le sublime « Steady, As She Goes ». Parfait, sublime, on pleure de joie. Autre curiosité : le live du dernier album. Sorti fraîchement, Boarding House Reach n’a pas convaincu. On le qualifierait « d’album ovni », balancé dans la jungle musicale un peu comme ça, pour voir si les fans allaient mordre à l’hameçon et où Jack White s’amuse à rapper. Un opus très original, voire trop. Qu’importe, le live fait souvent la différence, parvient parfois à sublimer un album raté. Jack White le joue, l’explore et le… rappe. Par contre, il laisse de côté son sublime album Blunderbuss. Pas de trace de « Freedom at 21 » ni même « Sixteen Saltines ». Et pas de trace non plus de « Love Is Blindness », son travail pour le film Gatsby de Baz Luhrmann. Dommage.

Il peut même se permettre de laisser à la cave certains de ses meilleurs morceaux, rien que ça. Son talent et sa virtuosité, Jack White a mis la barre très haut. Un showman qui ne s’embarrasse pas de long discours, de tenter de créer des connections avec le public. Lui, le désormais natif de Nashville, là où son studio se trouve, réussit quelque chose, une performance submergée par la folie des guitares, des pianos, des synthés et d’une furieuse batteuse – quelle énergie ! On retient aussi sa voix sublime, capable de descendre très bas et de monter très haut. Il est transcendant. Voyager à travers le répertoire de Jack White s’apparente à des montagnes russes, plus grandes les unes que les autres. L’homme s’efface sur un remerciement pour Claude Nobs. Merci à vous Jack White, enfin pas nos tympans, eux ils vous haïssent.