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MJF 2018 | De Paris à Beyrouth en passant par l’Alaska

20h00 et quelques minutes passées, L’Impératrice déclare cette soirée du 4 juillet ouverte dans un Lab quelque peu clairsemé, loin d’avoir fait salle comble. Mais la bonne humeur est de mise et le groupe français fondé en 2012 se charge du reste avec sa pop-électro flottante, voire orchestrale, ultra énergique et fluide. Le tout est joliment exécuté. On pense à la fougue de Housse de Racket, avec une léger accent « french touch » très agréable. Un mélange qu’on qualifierait de langoureux sur lequel plane le quintet parisien, emmené par Charles de Boisseguin. Le groupe en parle comme un son disco-cosmique. On pourrait presque en parler comme une épopée fun, aux arrangements multiples. L’alliage spatial prend donc forme au fur et à mesure que les chansons s’emboîtent pour en laisser ressortir un breuvage « vanille fraise » délicieux.

L’Impératrice © FFJM 2018 – Lionel Flusin

Mashrou’ Leila en guise d’icône politico-religieuse

Un son précis, mélodieux et une voix singulière, celle d’Hamed Sinno. Une jolie percée musicale avec le groupe arabophone, porte-drapeau de la communauté LGBTQ, qui suscite la controverse au Moyen-Orient. Les conservateurs voient d’un mauvais oeil les membres du « Projet de nuit », signification du nom Mashrou’ Leila. Leur musique est synonyme de cri rassembleur, un répertoire traditionnel parfaitement rôdé et parfois d’une justesse déconcertante. La mélancolie mélangée à une profonde beauté mélodieuse rappellent que les Libanais n’ont pas atteint une renommée internationale rien que par leur position politique et sociale. Peut-être, derrière cette prestation très travaillée, pouvaient-ils se montrer plus gourmands dans une performance live qui aurait mérité plus de fantaisie ? Peut-être.

Mashrou’ Leila © FFJM 2018 – Lionel Flusin

Portugal. The Man pour défendre « Woodstock »

Des images de Beavis & Butt-head en toile de fond et Portugal. The Man s’avance pour une entrée électrique. Voilà, les dés sont jetés et le show peut commencer. Les natifs de l’Alaska ont 8 albums à leur actif… et un virage musical notoire avec « Woodstock », le dernier opus. Désormais plus pop, plus funk et moins rock. Changement de décor et un son moins captivant qu’à leurs débuts. Mais leur venue à Montreux avait un goût de confirmation, celui d’un renouveau tant artistique que scénique. 

Toujours sur les diapositives qui défilent derrière, quelques blagues (en français) écrites par leur management et une citation de Malcolm X. Le concert se déroule quasiment d’une traite, sans interruption, sans interlude, sans conversations avec le public. Pas de temps morts, Portugal. The Man enchaîne les morceaux, ceux du nouvel album et des anciens aussi avant de balancer leur hit : Feel It Still. Hyper accrocheur, le single qui compte près de 164 millions de vues sur Youtube laisse un léger arrière-goût amer. La voix de John Gourley peine des fois à s’élever et prendre la hauteur que ce titre requiert. Un manque de coffre mais qui ne prête pas trop à conséquence. Toujours est-il qu’on sent la performance s’effilocher, un peu maigre, des fois maladroite, après un début électrique et rodé.

Des imprécisions vocales et comment ne pas se montrer déçu sur le choix de la tracklist. Laisser de côté « Evil Friends » ou encore le sublime « Noise Pollution » est presque un crime de lèse-majesté. Des partis pris qui nous laissent un peu perplexes, comme à l’image de leur concert : les choix sont maladroits. Mais force est de constater que l’évasion « portugaise » réussit à nous combler par son côté psyché-pop efficace. On pense au morceau « Tidal Wave »,  qui dynamite grâce à quelques fulgurances, tout en restant plutôt convenu. Le moment reste tout de même agréable.