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MJF 2018 | Ben Howard fait planer le Lab

le 10 juillet se produisait le chanteur britannique Ben Howard. Cette soirée au Lab, placée sous le signe de la pop-folk, affichait complet. Isaac Gracie et First Aid Kit ouvraient les hostilités avant de laisser place à l’artiste originaire de Totnes.

Photo copyright : 2018 FFJM Lionel Flusin

Il est 23h et des poussières quand Ben Howard entre sur scène, jeans noir et chemise boutonnée jusqu’en haut, les cheveux blonds rebelles tirés derrière les oreilles. Il ne regarde que peu l’assemblée, n’échange pas beaucoup non plus. N’y voyez rien d’autre que de la timidité. Il a pris l’habitue de chanter assis le plus souvent, sa guitare coincée sur son genou, recroquevillé. Réputé virtuose à la guitare, ses morceaux sont d’une complexité bluffante, sa marque de fabrique. Tant les mélodies que les accords nous rappellent que l’Anglais ne fait pas les choses à moitié.

On ne vient certainement pas à un concert de Ben Howard pour danser, taper des mains en l’air. Ce soir-là, on ne voit que peu d’écrans s’élever au-dessus de la foule pour filmer ou prendre des photos. Tout est si calme, suspendu. On ose à peine applaudir. L’ambiance est donnée, le poète made in Devon plonge la salle dans une sorte de béatitude mélancolique dès l’entame de son set.

Venu présenter son nouvel album « Noonday Dream », il enchaîne les titres de ce nouvel opus. De « Nica Libres At Dusk » à « The Defeat », en passant par « Towing The Line », « A Boat To An Island On The Wall » ou encore « Someone In The Doorway », les titres de ses deux précédents albums n’auront qu’une place restreinte dans la track list. Pour le plus grand malheur de certains fans, qui jugent la prestation décevante, comme entendu à la sortie du concert. Car si les deux premiers opus ont rencontré des critiques élogieuses, notamment son deuxième album « I Forget Where We Were », ce troisième album fait débat. Moins folk, plus expérimental, avec des morceaux parfois complexes et des couches instrumentales denses, « Noonday Dream » semble moins accessible que « Every Kingdom » et « I Forget Where We Were ». Et pourtant, il porte la marque d’un grand auteur-compositeur-interprète.

Pour notre part, le concert est une réussite à tous les niveaux. Passé maître dans l’art de gratter, Ben Howard n’est jamais dans la démonstration. Bourré de sensibilité, modeste dans sa façon d’offrir au public, sa performance ce soir-là est une parenthèse enchantée faite de musique, de vraie, durant laquelle le temps se fige juste un peu. On ne danse pas, on écoute, c’est tout. Et autour, tout s’évanouit pour ne laisser place qu’à la communion de l’artiste avec son public, dans un silence quasi religieux. Et le sommet de la soirée restera ce fabuleux solo guitare-voix dont Ben nous a gratifiés. Il l’introduit juste avec ces quelques mots soufflés : « c’est une chanson qui parle de lancer des cailloux dans un arbre ». Le morceau « Untitled » est lancé et l’audience est suspendue aux lèvres du Britannique, sa voix perçant l’obscurité du Lab, au gré des accords d’une difficulté tout howardienne. Quelques discrets « thank you » lancés à l’assemblée et Ben Howard repart comme il est venu, presque sur la pointe des pieds, et laissant derrière lui une atmosphère planante. Un beau moment.