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Mindhunter ou l’univers dégoûtant et passionnant des serial killers

Photo copyright: Patrick Harbron © 2017 Netflix

Un mois après la diffusion de Mindhunter, nouvelle production Netflix attendue comme le messie, il est l’heure du bilan. Avant même de dévoiler ses secrets, la série était déjà renouvelée pour une deuxième saison. S’inspirant d’un livre paru en 1995 (Mindhunter, Inside the FBI’s Elite Serial Crime Unit), David Fincher, à qui on ne va plus rien apprendre sur les productions policières et autres thrillers en tous genres, brosse le portrait de l’agent Ford, homme propret, le profile type du gendre parfait, tête à claque même car bien trop poli, rangé et qui, à priori, manque cruellement de relief. Il s’apparente plus à un anti-héros sans grand charisme. Loin d’avoir l’aura nécessaire à sa fonction, il affiche un manque de confiance évident, comme lors de sa rencontre avec Debbie, une sorte de naïveté un tantinet exaspérante. Et pourtant. Il est au coeur d’une révolution. Nous sommes à la fin des années 70, période d’après-guerre du Vietnam, et les meurtriers récidivistes ne sont pas encore appelés « serial killers », la terminologie n’étant pas encore posée à ce moment-là. Le profilage criminel en est à ses balbutiements, la psychologie criminologique ne parle pas à beaucoup de monde. On se plaît plus à penser que la société doit juste gérer son lot de mauvaises herbes et brebis égarées à coup de chaise électrique. L’agent Holden Ford (Jonathan Groff) aidé de son collègue de l’unité des sciences comportementales Bill Tench (Holt McCallany) vont s’engouffrer dans la brèche. En marge de leurs voyages visant à enseigner les techniques du FBI dans les différents postes de police locaux, ils vont procéder à des entretiens avec des tueurs en série de renom ayant défrayé la chronique. Ed Kemper, Jerôme Brudos ou encore Richard Speck seront leurs premiers cobayes. D’abord hésitant, l’agent spécial Tench va vite cerner le potentiel d’une telle démarche et l’impact que cela pourrait avoir sur de futures enquêtes à résoudre. À leur duo vient s’ajouter la psychologue Wendy Carr (Anna Torv) qui leur permettra de décrypter les entrevues et ainsi créer une procédure d’interrogatoire.

Comment lutter contre les fous si on ne sait pas comment les fous fonctionnent?

La phrase résume à elle seule toute l’essence de la psychologie criminelle. Entrer dans la tête des déviants, des tueurs en série, comprendre leur fonctionnement et ce qui les a amené à en arriver là pour tenter de créer des portraits types afin d’anticiper leurs pulsions, leurs modes opératoires et actes criminels. Car ils ont beau avoir commis des crimes abominables, ils restent des sources de fascination pour bon nombre et à bien des égards. Comment des êtres ont-ils pu commettre des actes d’une telle monstruosité et qu’est-ce-que cela nous dit de notre société? Naît-on criminel ou le devient-on? C’est bel et bien la question centrale de toute recherche en profilage criminel. Et c’est tout bonnement passionnant.

Précurseurs, avant-gardistes, preneurs de risque ou encore fauteurs de troubles, les deux agents spéciaux sont à l’aube de découvertes sans précédent. Mais l’implication tant professionnelle et personnelle que cette mission exige va les pousser dans leurs derniers retranchements. On ne sort pas indemne d’entretiens de plusieurs heures avec de grands criminels, déchirés par la vie et handicapés émotionnels. À force d’entendre les horreurs que ces meurtriers ont commis, l’agent Ford va paradoxalement entamer des relations quasi amicales avec ces derniers. La proximité comme moyen de cerner l’être en question. Comment tenter de comprendre un individu sans éprouver un minimum de compassion et d’empathie envers lui? Comprendre c’est aussi savoir se mettre à la place de la personne en face de soi. L’empathie est-elle possible dans ce cas précis? Et plus les entretiens se multiplient, plus la confiance s’instaure. La série nous dévoile que le travail est titanesque. Petit à petit, entrevue après entrevue, les agents, à force de persévérance, vont tenter de gagner la confiance de leurs interlocuteurs, qui eux, n’ont finalement aucun intérêt à la leur donner. Dilemme donc: comment ne pas se faire manipuler par les maîtres de la manipulation eux-mêmes? C’est précisément ce qu’Holden Ford va s’efforcer de faire. Gagner la confiance, inciter aux confidences en usant parfois de techniques d’interrogatoire choquantes pour la police de l’époque. Car, n’oublions pas, nous sommes dans les années 70 et les deux agents avancent en territoire complètement inconnu. Tout est à faire. Ils sont ignorants et doivent créer la connaissance sans savoir eux-même ce vers quoi ils avancent. Avec l’aide du docteur Carr, ils vont tenter de mettre sur pied une procédure d’entretien. Mais, dans la pratique, ils vont bien vite se rendre compte qu’un questionnaire type ne pourra pas faire l’affaire, chaque criminel étant unique et nécessitant un interrogatoire adapté.

Morbides sujets et décors dépouillés sans chaleur

Photo copyright: Merrick Morton / Netflix

Si les sujets abordés sont macabres, les décors imaginés par le réalisateur de Seven sont tout aussi froids et sans âme. Tout est dépouillé, sans charme. Des bureaux du FBI aux prisons où se déroulent les entretiens, en passant par les domiciles des protagonistes, les atmosphères sont pesantes, à la limite de l’oppressant. La solitude de chacun s’illustre autant qu’elle se ressent. Souvent filmées en sous-sol à l’image des bureaux d’Holden Ford et Bill Tench, les scènes traduisent l’enfermement sous toutes ses formes, où l’on se cache et où l’on est caché de tous. Des recherches avant-gardistes qui dépassent l’entendement pour certains et qui doivent rester secrètes. Des criminels, des monstres que l’on tient hors de vue mais qui fascinent autant qu’ils dégoûtent car ils ne sont finalement que le reflet d’une société dont nous sommes partie prenante.

Concernant la deuxième saison attendue avec plus d’impatience qu’un énième sacre de Roger Federer en Grand Chelem, beaucoup de zones d’ombre demandent à être éclaircies. La première saison s’achevait sur Dennis Rader (alias BTK faisant référence à Bind, Torture and Kill), tueur en série ayant sévit dans le Kansas des 70 et jusqu’en 1991. Les questions sont multiples: comment va évoluer la situation de Holden Ford qu’on avait laissé dans une position quelque peu délicate en fin de saison? Et le docteur Carr et son chat? De quels tueurs en série va-t-il être question? Nous avons quelques éléments de réponse pour cette dernière interrogation. En effet, David Fincher a confié que la saison prochaine sera centrée sur des meurtres d’enfants à Atlanta. On pense dès lors à Wayne Williams, auteur présumé de 28 meurtres d’enfants noirs. Il va néanmoins falloir patienter car cette deuxième saison ne devrait pas dévoiler ses secrets avant fin 2018.

 

Casting: Jonathan Groff, Holt McCallany, Hannah Gross, Anna Torv, Cotter Smith.

Fiche technique: Créée par: Joe Penhall / Réalisée par: David Fincher (4 épisodes) / Produite par: David Fincher et Charlize Theron / Musique: Jason Hill / Date de sortie: 13 octobre 2017 / Genre: Thriller / Format: 10 épisodes – 60 minutes / Chaîne: Netflix / Pays: USA