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Matt Dillon, un peu trop écrasé par Lars Von Trier ?

Tout le petit monde cannois s’étranglait, criait au scandale, sortait par grappe du dernier film de Lars Von Trier. Les autres – comme nous, par exemple – louaient le travail singulier d’un cinéaste talentueux, trop extrême peut-être, mais diablement génial derrière une caméra. « J’aurais été un bon tueur en série », clame-t-il. Des propos qui peuvent interloquer, mais venant de la bouche du bougre, tout est cohérent. Viré de la croisette en 2011, Von Trier s’est amusé à citer Hitler, motif de son renvoi du festival, et a déballé un film dérangeant qui n’a pas tardé diviser les critiques. Les génies ne font jamais l’unanimité et Von Trier est, à sa manière, un artiste, un artisan du côté sombre de l’Homme.

Une projection personnelle d’un homme tentant désespérément de construire sa maison – et de restaurer les fondements d’une âme malade – sans jamais pouvoir finaliser l’ouvrage. L’image d’une existence torturée et personnelle, à laquelle le metteur en scène danois semble répondre à travers son oeuvre et son acteur, Matt Dillon.

La renaissance de Matt Dillon ?

C’est bien l’acteur américain qui nous intéresse dans cet article. Disons-le : Dillon a un peu disparu de la circulation ces dernières années. À y regarder de plus près, il s’est distingué dans une série d’échecs. Mis à part Wayward Pines (2015), Collision (2004) et, dans une moindre mesure, Le Prix Du Silence (2008), c’est la brasse coulée. Osons le terme : le néant. Matt Dillon a aligné, depuis les années 2000, des films moyens, voire mauvais. Mais son rôle de Jack nous rassure : il est encore un grand acteur. Oublié par les festivaliers et les journalistes, plus hypnotisés par les provocations du cinéaste danois et son récit ultra violent, l’acteur américain crève l’écran comme il ne l’a plus fait depuis longtemps. Son visage impassible le rend comme habité par une violence inhumaine. Sublimée par Lars Von Trier, la performance de Dillon est une pierre angulaire du film, un rôle d’une précision chirurgicale, comme l’est Jack. Rien ne doit être en désordre pour Jack et Dillon renaît de ses cendres au milieu de ses « meurtres fictifs ».

Effrayant, l’âme aussi noire que le négatif d’une photo, dérangeant. Un rôle qui ne doit pas être passé sous silence, qui doit être souligné puisqu’à Cannes peu d’acteurs ont atteint un tel niveau d’intensité. Ou simplement depuis le début de l’année. Mais sa performance de psychopathe est (presque) passée inaperçue. Peut-être écrasé par le battage médiatique autour de la présence de Von Trier sur la croisette, Matt Dillon s’est retrouvé dans l’ombre. Injuste pour un acteur autant absorbé par son personnage, qui réussit à nous absorber dans sa spirale meurtrière grâce à son talent. Il vous glace le sang, tout simplement.

Un nouvel élan amorcé par The House That Jack Built. Matt Dillon a passé la deuxième pour redonner à sa carrière un second souffle. Il tourne actuellement sous les ordres de Josh Trank dans Fonzo, film qui retrace les débuts criminels d’Al Capone joué par Tom Hanks, et également avec Alice Winocour dans un métrage intitulé Proxima. Le retour fracassant d’un acteur trop discret.