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Maryline ou la dépression constructive d’une apprentie actrice

Après sa razzia aux Césars avec son film autobiographique Guillaume et les Garçons à table, Guillaume Gallienne revient dans un autre registre, plus dramatique, plus réflexif. Intitulé Maryline, son second long métrage traite de l’histoire d’une jeune fille, Maryline (Adeline D’Hermy), catapultée dans le monde impitoyable du cinéma. Son physique captive et fascine les metteurs en scène. À chaque fois que la jeune fille de 20 ans débarque, tout le monde n’a d’yeux que pour elle. Si sa plastique ne passe pas inaperçue, l’apprentie actrice est peu loquace et perd tous ses moyens au moment où il faut se défendre. Elle n’a pas les mots, tout simplement.

Bousculée et traitée plus bas que terre, son métier la confronte à un univers hostile qui la pousse à verser dans l’alcoolisme. Ses penchants pour la boisson n’aidant pas, son passé refait surface et lui gâche son existence. Une enfance étrange dans un petit village, avec une mère impulsive et névrosée et un père décédé. Des traumatismes de l’enfance qui restent à jamais ancrés dans la mémoire de Maryline, obligée de composer avec.

Le show-business, ses bons et ses mauvais côtés

Un coup de sang sur son premier tournage. Malmenée par le cinéaste qui la dirige (Lars Eidinger), fatigué de ne rien voir sortir d’elle, la jeune comédienne ne peut se contenir et laisse toute sa colère sortir. Elle explose comme une grenade armée. Furieuse, elle prend son baluchon et s’en va sans se retourner. On la retrouve dans une société de triage à siroter du vin en compagnie de son patron. Loin des plateaux, Maryline est négligée, on la voit abattue et déboussolée. De retour dans son petit appartement, le téléphone sonne et la voilà embauchée par Michel Roche (Xavier Beauvois), qui la veut pour camper un petit rôle. Encore une fois, les mots ne sortent pas, elle est tétanisée et désemparée dès le clap. Mais l’actrice, Jeanne Desmarais (Vanessa Paradis), à qui elle donne la réplique, la prend entre quatre yeux et lui parle franchement. Une entrevue bénéfique qui aura pour impact de la décoincer définitivement.

Photo copyright : Gaumont Distribution

Un renouveau qui la motive à oublier la bouteille, à partir de l’avant et d’accepter de jouer au théâtre. Un virage artistique, un nouveau genre de jeu qui lui profitera, la fera grandir tant professionnellement que personnellement. Craintive dans un premier temps, elle trouvera rapidement son compte. « Il y a trop de mots au théâtre », dit-elle à François (Eric Ruf). Les planches comme échappatoire alors que les blessures de l’enfance restent bien présentes. Femme solitaire qui se bat contre sa timidité, mais qui apprend la leçon plus la vie l’entraîne dans d’innombrables expériences et rencontres. Un combat moderne, une phase de construction et de déconstruction, l’ascension relative, la chute et la renaissance. Un récit qui emprunte les sentiers du parcours délicat d’un être taiseux qui renferme une douleur indescriptible. Gallienne enferme « sa » Maryline dans une prison de verre qu’elle casse minutieusement avant de trouver son véritable chemin, la véritable signification existentielle et avant tout, son bien-être.

Le reproche principal qu’on pourrait faire réside dans une approche un peu hésitante, manquant un poil d’intensité dans sa forme générale, malgré le sujet délicatement abordé. Un rythme un peu pantouflard par instants qui nous laisse un petit arrière-goût amer. Une mise en scène un tantinet légère, partiellement masquée par la justesse des émotions et la performance solide d’Adeline D’Hermy. Malgré ça, il subsiste une pointe de déception contrastant avec un beau scénario. Un peu mitigé mais le résultat reste tout à fait honnête.

Casting : Adeline D’Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol, Xavier Beauvois, Eric Ruf, Lars Eidinger

Fiche technique : Réalisé par : Guillaume Gallienne / Date de sortie : 15 novembre 2017 / Durée : 107 min / Genre : Drame / Scénario : Guillaume Gallienne / Photographie : Christophe Beaucarne / Distributeur : JMH