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Lorenzo Benedetti: « Cette contre-culture va devenir une culture de masse »

Après quatre ans d’activité, le Studio Bagel s’est forgé une véritable réputation sur la Toile. Nous avons rencontré Lorenzo Benedetti, son fondateur. Dans le cadre du Swiss Web Festival où le Parisien était venu donner une conférence, l’entrepreneur de 36 ans nous a accordé un peu de son temps pour évoquer sa collaboration avec Canal+ et l’avenir du Studio Bagel.

Pourquoi le nom Studio Bagel ?



L. B.: La vraie histoire est complètement nulle. Je vais vous l’éviter. En fait, la fausse histoire qu’on a trouvée est plus valorisante. Le bagel est un objet ambivalent, c’est à la fois vide et plein. En gros, les optimistes voient le tour et les pessimistes voient le trou. C’est en quelque sorte la philosophie du Bagel, en gros.

Si je me réfère à un article paru dans capital.fr, l’article dit que vous avez été croqué par le groupe Canal+. Hormis le fait d’avoir assuré une manne financière intéressante, que retirez-vous de cette collaboration ?



L. B.: Peu importe, ce qu’il faut retenir, dans le cadre de Canal+, nous avons été incubés et nous le sommes toujours. On a les moyens de faire des productions, de développer des talents, d’avoir accès à la décision au plus haut niveau et du coup, de pouvoir démarrer des projets plus facilement. C’est pour ça que nous sommes allés vers le groupe Canal+. Très honnêtement, dans un environnement très concurrentiel au moment où on a créé le Studio Bagel, on était seuls. Mais un an après, on se retrouve 3-4 en concurrence, avec en face de nous des acteurs très puissants et très bien financés. Donc la question est simple : soit on reste indépendants et on meurt, soit on se rapproche d’un groupe important qui peut nous financer et nous aider à développer le programme.

Et quel regard posez-vous sur cette collaboration ?



L. B.: Cela fait deux ans et demi. J’ai l’impression que ça fait un siècle, tellement de choses se sont passées avec Canal+. Les gens qui m’ont embauché ne sont plus aux commandes, il y a des nouvelles personnes et des nouvelles stratégies qui sont en place. Nous, on est assez protégés, on a un petit cocon dans le groupe Canal+. Déjà géographiquement, on a nos locaux, notre truc, notre délire. On vit en autonomie, à l’image d’une boîte de production indépendante mais dans un grand groupe. Pour ainsi dire, nous n’avons pas été intégrés par absorption, plutôt par assimilation. Voyez une sorte de satellite qui vit à côté, qui fournit et qui nourrit la chaîne. Voilà le  fonctionnement.

Vous fonctionniez dans le même genre que le studio qui s’occupait du Petit Journal ?



L. B.: Non, c’est différent. Historiquement, il y a la chaîne Canal+ qui englobe Canal+ Suisse, ensuite il y a plusieurs sociétés de production comme NPA (ndlr : société qui fabrique les Guignols), Studio Bagel comme boîte interne, et après le reste des productions venaient de sociétés indépendantes. Le Petit Journal, c’était l’oeuvre de Bangumi, une boîte de production créée par Laurent Bon. Et comme vous le savez, il travaille pour France Télévisions. Le Petit Journal est revenu en interne et produit par Canal Factory.

C’était un souhait de s’entourer des « youtubeurs à la mode » ?



L. B.: Je vous arrête de suite. Ces « youtubeurs à la mode », dans les douze que nous avons choisis au début, deux avaient une communauté importante. Le reste, c’était du défrichage. Ludovik qui est là depuis le début avait une communauté de 5’000 abonnés, c’est-à-dire moins que moi en followers sur Instagram. Il n’était pas connu du tout. Je dirais que 70% des gens qui étaient à l’origine du Studio Bagel n’étaient pas du tout connus. On s’est servi de la notoriété comme Mister V ou La ferme Jérôme pour les faire connaître. Maintenant, ils ont tous de grosses communautés.

Comment voyez-vous cette mode des youtubeurs qui sont des personnalités incontournables de la toile, qui la vampirisent presque ?



L. B.: Personne ne vampirise. Des gens sont suivis et les gens les regardent. En fait, il ne faut pas tout amalgamer. En gros, des gars comme Norman, Cyprien ou encore le Palmashow font partie des premiers à avoir été dans la création originale sur internet. Après s’est développée une autre génération, dont le Studio Bagel fait partie, puis une troisième. Maintenant, il y a une quatrième génération. Les générations sont très différentes, avec beaucoup de diversité. Du court-métrage en passant par les tutos beauté, ces youtubeurs touchent à une vaste panoplie de styles. Je préfère parler de créateurs dans différents domaines. En ce moment, la création se fait aussi sur Instagram ou Facebook. Je préfère parler de créateurs du digital qui essaient de se marrer avec leurs outils.

Ne trouvez-vous pas qu’il y a trop de créateurs digitaux comme vous les appelez ?





L. B.: Je pense qu’il y a une sélection naturelle par la force des choses. Tant mieux s’il y a des jeunes qui peuvent vivre de leurs créations. Franchement je préfère qu’ils vivent de ça que de choses illégales. La dynamique créative est assez chouette. On ne peut pas se plaindre du foisonnement créatif de cette génération. Je me réjouis de voir ce nombre de créations. D’ailleurs, dans ces générations, je pense que certaines vont impacter dans le milieu du cinéma ou des séries. Cette contre-culture va devenir une culture de masse.

J’ai envie de revenir sur les débuts du Studio Bagel. En Suisse, le sketch « L’Ours » a propulsé votre entreprise sur le devant de la scène. Enfin, c’est une vidéo qui a fait connaître le Studio Bagel aux yeux du grand public.



L. B.: Ah bon ? C’est le seul sketch qu’on a pas produit. C’est con ça! (Rire)

Mais c’est sous la férule de Studio Bagel, c’est juste ?



L. B.: Je vous explique. J’avais des associés qui sont Eric Hannezo et Guillaume Lacroix, qui sont des producteurs géniaux. Au moment où j’ai lancé le Studio Bagel, c’était mes associés mais ils ne bossaient pas trop sur le projet avec moi, parce qu’ils étaient occupés par « Le Débarquement » sur Canal+, avec Jean Dujardin et Gilles Lelouche. À ce moment-là, comme le Bagel commençait à bien marcher, on s’est dit qu’on allait faire de l’auto-promo pour « Le Débarquement » par le biais du Studio Bagel. Du coup, on a sorti un sketch de l’émission de Canal qu’on a diffusé sur la chaîne du Bagel. Et comme vous le savez, il a très bien marché. Mais ce n’est pas un sketch qui représente le mieux le Studio Bagel, car les véritables auteurs du Bagel n’étaient pas présents. Du reste, c’est réalisé par un réalisateur extérieur au Bagel, c’est Alex Courtès qui est un super réalisateur de pub et de clip.

C’est une sorte de contre-pied, à l’opposé du Studio Bagel. Pourquoi?





L. B.: On peut dire que ça fait partie des tentatives. Il n’y a jamais de certitude. À ce moment-là, je ne savais pas que les gens qui étaient abonnés à une chaîne avaient besoin de regarder des choses qui soient cohérentes les unes par rapport aux autres. On expérimente, tout simplement. On doit suivre une mécanique cohérente. Et à ce moment-là, nous étions indépendants de Canal+.

Si je reprends une interview que vous avez accordée à GQ, en 2015, vous disiez : « ne pas être satisfait de ce que vous avez accompli ». Et maintenant, en ce 11 octobre 2016, qu’en est-il ?



L. B.: Pareil! C’est normal, on avance. Je suis très content à ce jour. On a le Tour du Bagel qui est une émission sur Canal qui marche très bien, qui fait d’excellentes audiences. On a 4 formats courts (ndlr : la conférence de presse, mashup, le département, What The Fuck France). On fait une super belle rentrée. Mais on veut toujours faire mieux, c’est normal.

Vous n’êtes jamais pleinement satisfait ?



L. B.: On ne peut pas. On est une boutique qui cherche des nouveaux talents et c’est sans fin. Il y a toujours des choses intéressantes à développer et découvrir. Mais ce que j’apprécie, c’est que nous arrivons à nous renouveler.

Et quel avenir pour Studio Bagel ?



L. B.: Aucun avenir, c’est terminé. (Rire) Pour moi, l’avenir de Studio Bagel, c’est de continuer à développer son audience et sa communauté sur le digital. Le socle du digital est super important pour nous. C’est de là qu’on vient et il nous est utile, car nous pouvons tester des choses sans pression. Nous avons plus de liberté.

Vous avez une totale indépendance ?



L. B.: Sur Canal, oui. On évolue avec la directrice de la création originale, une personne géniale, qui nous laisse notre liberté. Si bien qu’on travaille de plus en plus avec Studio Canal, pour le développement au cinéma, et on développe une série qui sortira pour 2017. Malheureusement, je ne peux rien dire parce que j’ai signé un accord de confidentialité, mais il y aura un talent du Studio Bagel dans une série pour 2017.

Et plus personnellement, comment voyez-vous votre avenir ?



L. B.: Je suis très content où je suis. Jusqu’ici tout va bien. (Rire)