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L’Ombre d’Emily : une façade aussi magnifique que maléfique

Blogueuse et veuve, Stéphanie (Anna Kendrick) est une femme qui se donne à fond, qui met sa vie sentimentale entre parenthèses pour s’occuper de son fils, Miles. Alors qu’elle attend son rejeton à la sortie des classes, elle tombe sur Emily (Blake Lively), une femme d’une élégance folle. Une amitié se noue entre les deux, mais la jolie blonde reste bien évasive sur sa vie. Impossible de lui tirer le portrait, impossible également de lui soutirer des informations sur son enfance ni sur le reste de son passé. Seul indice : mariée à un écrivain, Sean (Henry Golding), elle travaille pour un designer invivable – savamment interprété par Rupert Friend.

De fil en aiguille, et surtout après une bonne dose de gin et de martini ingurgitée, les deux mamans vont tout s’avouer, particulièrement Stéphanie. Elle qui se retrouve seule après l’accident de voiture qui a vu périr son mari et son demi-frère. La venue d’Emily est perçue comme une renaissance, une manière de « raccrocher » avec une vie sociale, un renouveau. Stéphanie rendra service à maintes reprises à Emily. Mais alors que leur relation amicale avance, la belle blonde mystérieuse disparaît sans laisser de trace. En un claquement de doigts, comme par magie, plus d’Emily, plus de meilleure amie pour Stéphanie.

Un fantôme insaisissable

Si vous avez lu le livre de Darcey Bell , vous connaissez la suite. Pour les autres, le personnage mystérieux d’Emily est comme un fantôme insaisissable, une femme aussi belle qu’obscure. Derrière ses long cheveux blonds, quelque chose ne colle pas. À l’instant où Emily s’évanouit dans la nature, Sean en parle comme une femme aux agissement incertains, manipulatrice qu’elle est. Il avoue même à Stéphanie qu’il garde toujours un oeil ouvert la nuit. Une plante empoisonnée sous ses allures élégantes. Un rôle que Blake Lively remplit de manière convaincante, sans faire de grandes étincelles, mais rien que sa plastique fait le travail, tout comme sa voix sensuelle. Une façade sublime qui cache une part d’ombre insoupçonnée. L’entame du film construit correctement ce côté intriguant.

Photo copyright : Lionsgate / Peter Iovino

À coups de vlogs et de petites confessions, L’Ombre d’Emily éveille un intérêt, répand son obscurité. Mais rapidement, à force de jouer sur les enchevêtrements d’indices, le récit en pâtit, perd de son intensité. La mise en scène initiale très soignée fait place à une direction lacunaire. Paul Feig réussit à entretenir le mystère dans sa première moitié, proposant de belles promesses et parvient même à nous surprendre par son agilité et son sens du thriller aux fulgurances comiques. Toutefois, le hic réside dans cette envie maladive de proposer un imbroglio de twists et provoque forcément la confusion. Dès que l’enquête de Stéphanie s’intensifie, le film décline. À trop en faire, le dénouement débouche sur une longue et lente multiplication de situations.

Et face à Blake Lively, Anna Kendrick remplit les conditions pour un rôle de la sorte. Son personnage de maman dans l’air du temps, un brin ringarde et kitsch, dévouée à son fils, colle bien à la peau de l’actrice américaine. Ce côté naïf et lisse est mis à contribution de manière adéquate. Le rayonnement de la première demi-heure est avant tout le fait de la bonne alchimie qui règne entre les deux femmes. Mais à l’heure des comptes, le duo fait grise mine. L’Ombre d’Emily se démonte pièce par pièce, alors que le « puzzle Emily » approche de son épilogue, rythmé par d’innombrables chansons françaises, pour ne déballer qu’une maigre copie.

Casting : Blake Lively, Anna Kendrick, Henry Golding, Rupert Friend, Linda Cardellini

Fiche technique : Réalisé par : Paul Feig / Date de sortie : 26 septembre 2018 / Durée : 117 min / Scénario : Jessica Sharzer, Darcey Bell / Distributeur suisse : Impuls Pictures