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Locarno 2018 | Searching : enquête efficace à travers des écrans d’ordinateur

Basé son récit entier sur un écran d’ordinateur, d’autres cinéastes ont tenté l’expérience scabreuse sans réussir pleinement à explorer le concept de manière idéale. Dans la même veine que Unfriended, film d’horreur intéressant mais finalement raté sur plusieurs points, Searching, lui, se lance dans le même concept pour traiter de l’enquête effrénée d’un père à la recherche de sa fille disparue. Au milieu des écrans d’ordinateur et des innombrables conversations Facetime, David Kim (John Choo) démarre une recherche qui le conduira dans l’historique numérique de sa fille, tout en découvrant la vraie nature de sa progéniture.

Les première minutes évoquent une jolie vie de famille. Un diaporama de bons moments qui plante le décor d’un joli tableau familial, avec un père et une mère dingues de leur petite Margot (Michelle La). Mais les choses vont se compliquer quand Pamela (Sara Sohn) est atteinte d’un lymphome. D’abord guérie et en rémission, elle est victime d’une rechute ne le lui laissant aucune chance. Pamela meurt et laisse orphelins David et Margot.

Une quête numérique

Un soir, Margot tente d’appeler à plusieurs reprises son père, mais le paternel a sombré dans un sommeil profond. Puis, plus rien, plus de signe de vie de l’adolescente. Silence radio. Pour découvrir la vérité et savoir où se cache sa propre fille, David décide de s’infiltrer dans l’ordinateur de Margot et, par conséquent, de découvrir qui elle fréquente, qu’est-ce qu’elle manigance. Searching réussit à manier habilement les différents artifices qu’une mise en scène « conceptuelle » telle que celle-ci propose. Un peu bancale, un peu irritante pour l’oeil par moments, la réalisation déploie un registre différent du cinéma moderne. Un genre qui use de différents subterfuges à travers les réseaux sociaux et le streaming pour modeler un thriller qu’on peut qualifier d’habile à plusieurs égards. Dialogues instantanés et suivi d’enquête des différents médias par le biais de Youtube, Searching joue de la technologie.

Photo copyright : Sony Pictures

Outre l’originalité, la vraie force de l’histoire est avant tout le thriller en lui-même, la constante recherche de la vérité d’un père qui ne connaît pas très bien sa fille. Les différents indices qu’il découvre sur son ordinateur lui permettent de mesurer l’étendue du problème. Aneesh Chaganty, à part le lien père-fille, s’intéresse avant tout à créer un jeu de pistes pour nous balader jusqu’à un dénouement assez inattendu. Les rebondissements sont légion. Les différents indices que découvrent David arrivent au compte-gouttes, mais le pauvre n’est pas au bout de ses peines à l’instant où il pense avoir découvert la vérité. L’enquête prendra une ampleur nationale et plongera un père de famille dans le désarroi total. Après sa femme, sa fille ? Pas garni, le pauvre David.

Timour Bekmambetov a le mérite de tenter de nouvelles choses

Les différents points positifs, l’originalité et l’excellent montage font de Searching une petite surprise d’efficacité. Mais Searching est limité, de par cette envie de calibrer le film exclusivement sur les écrans d’ordinateurs. On ressent une sorte d’incapacité à passer au niveau supérieur avec ce genre de mise en scène. Le jeu d’acteur passe en second plan, l’échange et l’émotion ne sont qu’en surface. La cause : cette multiplication de dialogues « digitalisés ».

Mais ce besoin constant de trouver un nouveau genre, Timour Bekmambetov, en qualité de producteur, a le mérite de tenter de nouvelles choses. Après Unfriended et Hardcore Henry – entièrement filmé en caméra subjective -, Searching est peut-être son « film concept » le plus abouti à ce jour.

Casting : John Cho, Debra Missing, Michelle La, Sara Sohn

Fiche technique : Réalisé par : Aneesh Chaganty / Date de sortie : 12 septembre 2018 / Durée : 101 min / Scénario : Aneesh Chaganty, Sev Ohanian / Distributeur suisse : Sony Pictures