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Locarno 2018 | Les Beaux Esprits : tactique déficiente

Tricher, c’est pas bien. Alors quand Martin (Jean-Pierre Darroussin), sélectionneur de l’équipe de France de basketball des déficients mentaux, décide d’aller recruter des joueurs aptes pour former son 5 de base qu’il va proposer pour le tournoi Paralympiques de Sydney en 2000, les choses vont dégénérer. De la pure tricherie, un acte honteux, mais derrière cette maniclette se cache une raison bien précise : il est vital pour la fédération fondée par Martin de participer à cette compétition pour pouvoir toucher les subventions. Pas de subventions, plus de fédération.

Stan (Ahmed Sylla) et Pippo (Olivier Barthelemy) font partie de l’aventure. L’un est acteur et tente désespérément de décrocher des rôles et l’autre préfère manger des croûtes de pizza avec de la mayonnaise. Deux amis qui décident de tricher, embarqués dans une histoire digne d’une bombe à retardement, prête à exploser. L’équipe gagne ses rencontres avec plus de 30 points d’écart et attire l’attention des médias internationaux. L’équipe de France de basket des déficient mentaux est devenue la coqueluche du public.

Un film inoffensif

Pour la prise de risque, on repassera. Les Beaux Esprits se construit de manière très standard, suivant méticuleusement le moule du film classique, préfabriqué, tentant d’allier divertissement comique et film moralisateur. Jouant à fond la carte de l’histoire vraie – une folle histoire qui nous vient de l’équipe espagnole et non de la France -, Vianney Lebasque propose un travail correct, entre blagues et dialogues (parfois) drôles, mais ne réinvente pas le genre. L’histoire prend plus des allures de colo de vacances, une bande de copains qui se retrouve malgré elle face à une future tempête médiatique, doucement consciente de l’ampleur de l’affaire. Sachant pertinemment que le pire va arriver, il est assez étrange de voir la passivité des cadres et même de la psychologue de l’équipe, Julia (Camélia Jordana), qui plus est sous-utilisée. La trame dramatique s’efface pour laisser place à quelques vannes qui ne font qu’étirer le film, le rendre quelque peu ennuyant.

Film inoffensif, un peu naïf et sans relief. Mais malgré ça, il y a Ahmed Sylla qui amène une touche aussi naïve que touchante. Il y a ce côté attendrissant des relations entre les inaptes et aptes. Les déficients ont aussi le don de réfléchir et de nous apprendre des choses. Oui, il y a ce facteur « égoïste » que Vianney Lebasque dégomme et qui ramène le récit à un côté plus sérieux, plus intéressant. Le rapport entre handicapé et valide est une thématique effleurée, trop peu d’ailleurs, mais reste l’un des atouts des Beaux Esprits.

Sinon, la suite est une suite logique, sans débordement et prévisible. Le scandale éclate, les petites amourettes s’arrêtent ou s’entretiennent, et Martin endosse la faute. Il fallait bien que cette belle aventure couronnée d’une médaille d’or prenne fin brusquement, devant les milliers de journalistes assoiffés du scoop scandaleux : une équipe de sport handicapée qui enrôle des valides afin de remporter le titre. Pas beau, mais c’est pour la bonne cause. Locarno s’ouvre sous les lancers-francs et les paniers. Pas de 3 points, même pas un alley-oop spectaculaire pour nous rassasier et nous rendre béats juste quelques instants. Les Beaux Esprits est à l’image d’une équipe sans point faible ni point fort. Pas de folie, il manque de la fantaisie et de la profondeur, mais reste potable. Un film très moyen et basta.

Casting : Ahmed Sylla, Jean-Pierre Darroussin, Camélia Jordana, Thomas De Pourquery, Olivier Barthelemy, Estéban

Fiche technique : Réalisé par : Vianney Lebasque / Date de sortie : 31 octobre 2018 / Durée : 94 min / Scénario : Vianney Lebasque, Frank Bellocq