Search for content, post, videos

Locarno 2018 | Antoine Fuqua : « Denzel Washington se challenge tout le temps »

T-shirt noir et tatouages sur les avant-bras, Antoine Fuqua apparaît tel un boxeur face à nous. L’homme en impose avec sa posture, mais également avec sa gentillesse et sa passion du cinéma. Connu principalement pour avoir réalisé Training Day, Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven), La Rage au ventre (Southpaw) ou plus récemment la franchise The Equalizer, Fuqua dirigeait d’abord des clips musicaux avant de se tourner vers le grand écran. Comment ne pas rappeler sa réalisation du clip de Coolio, Gangsta’s Paradise, véritable hymne du hip-hop américain ? Le natif de Pittsburgh, fan d’Akira Kurosawa, excelle dans un cinéma dit d’action et peut même se targuer d’être un cinéaste « bankable ». À l’occasion de la sortie du second volet des aventures de Robert McCall, nous nous sommes entretenus avec le metteur en scène américain pour évoquer sa relation privilégiée avec son acteur fétiche Denzel Washington et également son futur projet : Scarface, le remake. Entretien.



Comment définiriez-vous votre relation avec Denzel Washington ?

On se fait confiance. Depuis Training Day, on a comme un arrangement, on se met au travail et on tente profiter de l’instant présent, de capturer le moment magique.

Pensez-vous que le personnage de Robert McCall est une métaphore de notre monde actuel : injuste et cruel ?

Vous savez, je veux juste faire un film. Ce qui se passe dans le monde, se passe dans le monde, c’est simple. J’ai de la chance d’être cinéaste, je fais du cinéma comme un devoir du subconscient. Je me rappelle quand j’étais enfant, j’ai vu le film Shane, ce film m’a beaucoup ému. Les Sept Samouraïs également. Vous savez, les films fonctionnent souvent en parallèle avec le monde dans lequel nous évoluons. Ce n’est pas vraiment la même chose dans mon cas, mais c’est ainsi que ça fonctionne.

Je fais du cinéma comme un devoir du subconscient

Avec de tels budgets, sentez-vous la pression s’intensifier plus vous enchaînez les films ? Vous en dormez encore la nuit ?

Je ne dors pas (rires). Je me dis, quand je me lance dans un nouveau film : « pas de problème, je m’en fiche, je veux juste faire un film, je veux faire le meilleur film « . Et quand la sortie approche et que les gens se réjouissent de le voir, vous regardez combien votre film précédent a engrangé au box-office, et si les prochains résultats seront à la hauteur des espérances. On se demande si on va encore pouvoir bosser à nouveau après. Même si vous faites un excellent film, vous devez à tout prix faire des entrées et récolter un maximum d’argent pour pouvoir continuer à vivre dans ce milieu. Même si vous vous lancez dans une production indépendante, on vous demande combien votre dernier film a gagné durant son exploitation. Être cinéaste, dans ce business, c’est vraiment compliqué.

Ce nouveau volet est plus intime, plus réaliste dans sa forme. Votre processus créatif semble plus réaliste sur le personnage de Robert McCall et plus brut dans sa mise en scène.

J’ai pris avant tout du plaisir. C’est difficile à dire en qualité de réalisateur lequel est plus intime ou réaliste. Après plusieurs rendez-vous, durant lesquels j’ai visionné mon film,  je n’ai plus trop envie de le revoir. Pour vous donner un exemple,  j’ai regardé Training Day avec ma fille qui vient d’avoir ses 16 ans, il y a 6 mois de ça, pour la première fois. C’est toujours compliqué de voir son travail. C’est très compliqué de comparer le premier Equalizer avec le second. Il faut laisser le public en décider.

Photo copyright : Sony Pictures

Attendez, vous détestez votre travail, vos films ?



Si je déteste ? Non, mais je peux faire mieux. À chaque fois que je vois mon travail, je me dis sans arrêt que je peux faire mieux (rires). Devant la projection je me dis : « pourquoi j’ai fait ça comme ça ! »

Parlons un peu de votre projet de remake de Scarface ?

Nous verrons où ça mène (ndlr : avec un grand sourire).

Ce sera Diego Luna ou Denzel Washington ? 



Bien entendu que ce sera Denzel Washington !



Denzel Washington est comme le vin, il se bonifie avec le temps ?

C’est normal, il se challenge tout le temps. Il a joué 4 heures sans s’arrêter, à déballer ses monologues sans rechigner. Et moi j’étais assis, j’en avais presque marre de le voir. Il aime tellement jouer et ça se voit. Il a toujours détesté l’étiquette de star du cinéma, il préfère se voir comme un simple acteur. Le week-end on va voir du sport, de la boxe. Voilà comme il est. Ethan Hawke est le même. Il aime tellement jouer la comédie. C’est pourquoi ces deux acteurs sont si spéciaux.

 

Equalizer 2, dès le 15 août dans les salles.