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Locarno 2017 | Un premier jour mitigé

C’est dans une chaleur étouffante que la septantième édition du Festival du Film de Locarno reprend ses quartiers. Une première journée avec comme film d’ouverture Demain et tous les autres jours de Noémie Lvovsky. L’auteure de Camille redouble foule la scène de la Piazza Grande, la gorge nouée par l’émotion, et lance les festivités jusqu’au 12 août.

Un petit tour d’horizon de cette journée de projections où les premières oeuvres en compétition se dévoilaient à la presse. Ajoutons quelques oeuvres de la section « Cineasti del Presente » et le tour est joué.

Demain et tous les autres jours

Demain et tous les autres jours – Photo copyright: F comme film/ Gaumont / France 2 cinéma

Ouvrir les feux sur la Piazza Grande, il y a de quoi s’en souvenir tout une vie. Noémie Lvovsky l’a fait avec son nouveau film, Demain et tous les autres jours. Réalisatrice et actrice de son propre métrage, Lvovsky campe une femme divorcée, emprunte à des absences et fragilisée par des folies passagères. Sa fille de 12 ans, Mathilde (Luce Rodriguez), se dépatouille entre ses cours à l’école et une vie qui n’est pas celle d’une petite fille de son âge. Devenue une mère malgré elle, l’écolière n’est pas heureuse et son comportement s’en ressent à l’école et en dehors. Très solitaire, Mathilde trouvera un curieux ami pour tenir le coup : un hibou. Offert par sa maman, l’oiseau lui parlera, la guidera dans ses questionnements existentiels, lui permettant de se rattacher à quelque chose de positif.

Demain et tous les autres jours est ce genre de récit profond qui conte les difficultés de ces enfants livrés à eux-mêmes. Un récit humble où le temps panse les plaies et l’amour prend des chemins tortueux. Peut-être léger dans un premier temps, le récit grimpe en intensité. La sobriété des sentiments et ce lien qui lie Mathilde – jouée par Anaïs Demoustier quelques années plus tard – et sa mère est touchant. Un film honnête, qui n’en fait pas trop, pas aussi naïf qu’on pourrait le penser, avec un véritable message

Winter Brothers

Premier film concourant pour la compétition et première déception. On s’attendait à une belle histoire entre deux frères. Il n’en est rien. Un frère, Emil (Elliott Crosset Hove), est un ouvrier d’une carrière un peu simplet sur les bords. L’autre frère, Johan (Simon Sears), est un ouvrier respecté de la société et plus robuste que son cadet. Vivant dans une carlingue toute délabrée, les deux frères se laissent porter par la routine d’une vie austère. Jusqu’au jour où Johan pique la fille rêvée d’Emil, la voisine. La relation prend une autre tournure entre les deux frangins et les déboires continuent quand le plus jeune se fait pincer pour avoir volé des produits afin d’en faire des mixtures qu’il vend sur le chantier. Comble de malchance, l’un des ouvriers est entre la vie et la mort après en avoir ingurgité.

Artiste et réalisateur, Hylnur Palmason débarque à Locarno avec son premier long métrage sous le bras. Et ça se sent. Plongé dans une blancheur qui vous glace, à l’image de l’ambiance glaciale, Winter Brothers se dessine dans les entrailles de la terre, dans les forêts enneigées d’un coin perdu du Danemark où chacun semble marqué par le temps et le travail éreintant.

La bande-son agressive – presque trop -, le travail acharné sur l’espace et l’atmosphère sont des points à relever. Mais Winter Brothers n’est qu’un enchevêtrement d’aléas qui ne tient pas debout. À centrer l’histoire sur Emil et ses penchants spéciaux pour les armes ou son talent à mixer des breuvages, Hylnur Palmason déballe un film ennuyant, faible dans le véritable propos du film : une odyssée entre frères. Un métrage approximatif et loin d’utiliser la force de frappe d’un casting très intéressant.

Beach Rats

Beach Rats – Photo copyright : Neon

Le regard triste, pensif. Ce regard est celui de Frankie, un jeune paumé et rebelle qui vit une période estivale un peu compliquée. Son père plongé dans le coma est sur le point de mourir. De l’autre, il se cherche, n’est pas certain de sa véritable identité sexuelle. Toujours derrière ce regard mélancolique, le jeune homme traîne avec ses potes, des mecs peu fréquentables mais pas méchants.

Eliza Hittman s’intéresse avec une certaine maîtrise à la quête identitaire. Un jeune qui trompe l’ennui avec des drogues, flâne avec ses potes et drague des filles et des hommes plus âgés sur le net. Le tableau a de quoi intriguer. Sous ses aspects de film indé et prétentieux, Beach Rats est un récit pudique, qui suit admirablement les frasques et les interrogations de Frankie. Une aventure que nous vivons à travers un ado déboussolé, frileux de s’avouer qu’il peut être homosexuel.

Les louanges s’en vont (aussi) vers le très talentueux Harris Dickinson. Un premier rôle complexe, l’obligeant à camper un jeune homme renfermé, triste, traînant son spleen mais faisant bonne figure devant ses potes. Le portrait brossé par Hittman a ses failles, surtout au niveau rythme, mais reste d’excellente facture. Le meilleur film aperçu ici à Locarno, pour l’instant.

Ta peau si lisse

Denis Côté de retour dans la cité tessinoise. Primé d’un Léopard d’or en 2006 avec Les Etats Nordiques, le Canadien revient avec un documentaire qui suit des body-builders à la recherche de la perfection physique. Six montagnes de muscles aux parcours différents.

Cédric, crâne rasé aux bras imposants, ingurgite un assiette difficilement. Le souffle lourd, très lourd, les veines se font de plus en plus voyantes. Voilà un petit aperçu d’un de ces « monstres » suivis par Denis Côté. L’un a une vie de famille normale et s’entraîne assidûment. Un autre fait du catch et tire des gros camions pour s’entraîner. Les caractères sont étranges, le culte du corps est presque une religion tant elle semble omniprésente. Des muscles, rien que ça, filmés de manière un peu bancale, parfois de manière élégante. Les discours sont ceux de coaches sportifs et ne soulèvent rien de bien palpitant. D’ailleurs, ce film documentaire n’extrait rien de véritablement intéressant, si ce n’est une interrogation à propos de ces hommes fascinés par leurs muscles.