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Locarno 2017 | Lola Pater : une oeuvre au pouvoir désarmant

Les larmes de Zino (Tewfik Jallab) coulent. Pour cause, sa mère vient de décéder des suites d’une rupture d’anévrisme. Une disparition inattendue, laissant le jeune homme seul et endeuillé. Mais c’est alors que l’accordeur de piano décide de partir à la rencontre de son père Farid, lui qui a déserté le nid familial il y a 25 ans. Ni une ni deux, il empoigne sa moto et trace la route pour lui annoncer « que maman est morte ».

Une rencontre semée d’embûches. Lorsque votre père vous annonce qu’il n’est plus de Farid mais Lola, avouez que la pilule est difficile à avaler, même si vous êtes l’être le plus ouvert qui soit. Le dilemme proposé par le cinéaste franco-algérien Nadir Moknèche soulève des questions profondes, voire personnelles. Porté par une Fanny Ardant spectrale, Lola Pater s’articule subtilement autour des thématiques de la transition sexuelle et du transgenre

Zino le laissé-pour-compte

Des retrouvailles compliquées, des cachoteries avant de véritablement entrer dans le vif du sujet. Comment Zino acceptera la nouvelle ? Nadir Moknèche prend son temps, construisant avec une certaine maestria une tension latente à la venue du moment fatidique. Farid, dorénavant Lola, voit son passé remonter à la surface ainsi que sa plus tendre enfance. Il se revoit enfant, lui qui se grimait déjà en femme pour dansoter quelques pas et se réfugiait sous le lit dare-dare à la minute où sa mère apparaissait. Des souvenirs enfouis qui resurgissent comme ce profond amour qui le liait à sa défunte femme. Un mariage dont le fruit se nomme Zino. Délaissé et déboussolé par l’annonce de son père, il a de quoi être perdu. Lui qui mène une vie paisible mais avec le sentiment persistant d’avoir été abandonné malgré tout l’amour de sa mère.

Comme laissé-pour-compte, Zino a grandi sans père et retrouve une nouvelle mère. Nadir Moknèche, à l’instant où le film prend une autre dimension après le premier vrai face-à-face entre Zino et Lola, déploie la force tranquille de son récit. Le fils critique l’acte égoïste de son père et le père s’insurge contre la soi-disant honte que son rejeton a à son encontre. Au lieu de tomber dans les travers d’un film dénonçant les injustices liées au transgénérisme, l’auteur de Goodbye Morocco s’engouffre dans la construction d’une nouvelle relation entre une (nouvelle) mère et son fils. Lola Pater se construit pièce par pièce, entre passé et présent, puisant sa force dans une fragilité émotionnelle symbolisée par la merveilleuse Fanny Ardent et l’excellent Tewfik Jallab, plein de justesse et de délicatesse dans sa prestation.

Usant de flash-backs, le cinéaste de 52 ans délivre un film saisissant, intéressant par son propos sur la thématique de la transsexualité : est-ce un acte égoïste ou une incompréhension de l’entourage ? Rien qu’avec ce questionnement, et surtout avec le portrait brossé par Moknèche, Lola Pater est une oeuvre pleine de finesse, parfois désarmante, dans lignée d’Une Femme Fantastique de Sebastian Lelio.

Casting : Fanny Ardant, Tewfik Jallab, Nadia Kaci, Lucie Debay, Lubna Azabal

Fiche technique : Réalisé par : Nadir Moknèche / Date de sortie : 9 août 2017 / Durée : 95 min / Genre : Comédie dramatique / Scénario : Nadir Moknèche / Distributeur suisse : Adok Films