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Locarno 2017 | La vendetta de Ötzi et une poétesse engagée

La grosse attente venait d’Iceman de Felix Randau. Une épopée qui suit les traces de Ötzi, comme si on y était. Autre découverte, un documentaire sur une femme saoudienne qui réussit à se faire un nom grâce à un concours de poésie à Abu Dhabi et devient une figure de la lutte féminine pour l’égalité dans les pays arabes. Bref, une nouvelle journée sous la pluie torrentielle tessinoise et une température bien plus fraîche.

Iceman

Photo copyright: Port au Prince Pictures, Martin Rattini

Le cinéma s’est emparé de la momie Ötzi pour lui rendre hommage, en quelque sorte. Une aventure qui nous plonge en 3255 av J.-C., dans les montagnes enneigées de l’Ötztal et dans les Dolomites italiennes. Lui qui était père a vu sa famille se faire massacrer par des ennemis d’un autre clan. Car l’histoire de Ötzi n’est pas connue et plusieurs hypothèses ont été expliquées – 4 sont recensées. Mais Felix Randau décide de miser sur la vengeance et l’hypothèse que Ötzi s’est fait tuer alors qu’il rebroussait chemin après un règlement de compte, d’une flèche dans l’omoplate.

Et le pari est réussi. Une quête imersive, parfois vertigineuse, qui nous renvoie loin dans l’histoire. Kelab (Jürgen Vogel), c’est ainsi que se nommait Ötzi, part à la chasse à l’homme pour faire justice. De là, le long chemin qui mène à son objectif est semé d’embûches. Une longue randonnée à travers les forêts et les montagnes enneigées. Des combats et des chutes. Iceman est une expérience à découvrir.

The Poetess

L’un des excellents films, il fallait aller le chercher à la Semaine de la critique, sélection alternative du festival. Un documentaire traitant de l’histoire d’Hissa Hilal, une femme au foyer de 43 ans. C’est avec une émission télévisée, Poète d’un million, qu’elle rencontre une grande notoriété grâce ses textes engagés. Elle y critique l’Islam radical et le terrorisme. Une initiative qui aura le don de bousculer le monde musulman.

Car la condition de la femme est bafouée dans les pays du Golfe. Originaire d’Arabie Saoudite, Hissa Hilal est une femme qui ne renie pas ses origines mais plutôt la place que la femme a dans la société musulmane. Rien que sur le plateau de l’émission, elle y est présentée en dernière position et est souvent peu mise en lumière par la production. Tolérée mais mise à l’écart.

Un cri qui résonne que celui d’Hissa. Envers et contre tous elle n’hésite pas à user de la poésie pour parler de sujets qui fâchent, même devant un par-terre d’hommes qui applaudissent que très modérément les prouesses verbales de la Saoudienne.

Un retour sur les fondements de cette « dictature du niqab », sur l’histoire qui a décidé de cette coutume et des problèmes sociétaux engendrés par la découverte du pétrole. Un enrichissement financier, mais une population devenue matérialiste, pervertie par l’argent. Un excellent documentaire qui met en lumière les difficultés qu’ont les femmes à se faire entendre. Outre l’aspect politique parfaitement traité, les deux cinéastes allemands, Stefanie Brockhaus et Andreas Wolff, mettent complètement de côté l’aspect artistique de la poésie au profit du message politique. Jamais nous ne verrons Hissa Hilal dans son univers poétique. Seule ombre au tableau, mais le résultat frise l’excellence.