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Locarno 2017 | Irrfan Khan : « Je préfère Hollywood à Bollywood »

Irrfan Khan, c’est une filmographie impressionnante. Peut-être l’acteur indien qui enchaîne le plus de films à l’international. Âgé de 50 ans, le comédien est apparu dans Slumdog Millionaire, L’Odyssée de Pi, The Lunchbox, Jurassic World ou encore dernièrement Inferno. Mais c’est bien The Warrior qu’on retient dans sa carrière, un film d’Asif Kapadia à qui nous devons l’excellent film documentaire sur Amy Winehouse intitulé sobrement, Amy.

C’est un homme très timide qui s’assied en face de nous. L’acteur indien prend ses aises – il enlève ses chaussures et ses chaussettes – et s’exprime de manière très douce, comme l’image qu’il renvoie. Nous en avons profité pour lui glisser quelques questions à propos du nouveau métrage où il trône en tête d’affiche : The Song of Scorpions, aux côtés de Golshifteh Farahani.

Pour vous, qu’est-ce que l’amour ?

L’amour, c’est vouloir faire les choses pour l’autre, pour quelqu’un d’autre. L’amour dissoud votre ego, il disparaît sous ce sentiment puissant que de tomber amoureux de quelqu’un d’autre. Il y a quelque chose qui se passe au fond de vous, un feeling qui vous traverse constamment.

Le film parle de cette frontière entre l’amour et la possession. Pensez-vous que l’amour et la possession sont intrinsèquement liés ?

Non. Quand vous voulez posséder une personne ou si vous voulez une personne rien que pour vous, ce n’est plus de l’amour.

À n’en pas douter, le tournage dans le désert ne fut pas une sinécure. Comment avez-vous géré ce facteur ?

Tous les films sont difficiles à tourner. Je pense que ça n’a pas vraiment d’importance car tous les tournages sont compliqués à réaliser. La nuit était vraiment, vraiment froide. Mais c’est ainsi, c’est les règles du jeu. D’ailleurs j’avais déjà tourné dans ce même désert pour le film The Warrior. (ndlr : de Asif Kapadia) Je savais donc ce qu’il en était avant de me lancer dans l’aventure Song of Scorpions.

Vous jouez souvent des rôles de personnages négatifs. Est-ce votre envie ou tout simplement les seules propositions que vous recevez ?



(Il marque un temps) C’est un choix. Souvent vous aimez l’histoire, vous aimez le réalisateur avec qui vous allez tourner. Peut-être que pour prendre part au projet, vous allez devoir interpréter un personnage négatif. Mais je ne campe pas que des « mauvais » personnages, prenez Lunchbox par exemple. Dans The Song of Scorpions, mon personnage n’est pas méchant, mais il va commettre des actes qui vont le rendre atroce aux yeux du public.

Mais trouvez-vous un plus grand intérêt dans un personnage dit méchant ?

Non, pas du tout. Tout dépend ce que le personnage explore comme frontière. Je ne choisis pas mes rôles comme ça. Je ne saute pas sur l’occasion si on me propose un rôle de méchant. Je dois être intrigué et intéressé par ce que je lis sur le personnage que je dois camper.

Vous êtes défini comme un acteur au jeu maitrisé, mais vous, comment définissez-vous votre manière de jouer ?



J’essaie de tout donner quand je suis à l’écran, je me dévoile au public. J’essaie d’attirer l’attention grâce à mes performances, de transporter les spectateurs avec moi. C’est ce que le public a besoin, d’être embarqué et de passer du bon temps. Je veux que le public soit captivé par ma présence. Voilà comment je peux présenter mon jeu.

Mais êtes-vous une personne expressive dans la vie de tous les jours ou pas du tout ?

Je suis une personne expressive, mais je suis aussi très timide. Je ne suis pas infernal dans ma vie quotidienne.

Vous qui partagez votre vie d’acteur entre Hollywood et Bollywood, pour lequel des deux votre coeur balance ?



(Sans la moindre hésitation) Je préfère Hollywood. Il y a plus de nuances à Hollywood. À Bollywood, l’écriture est moins bonne, il manque une certaine dimension, il n’y a qu’une seule direction dans la manière d’aborder les personnages en Inde. À Hollywood, il y a plus de substance dans l’écriture. Voilà la différence entre Hollywood et Bollywood.

Pour terminer, dans The Song of Scorpions, vous cherchez le pardon de Nooran après un acte inexcusable. Sans trop dévoiler les ficelles du récit, la thématique du pardon est présente. Vous, Irrfan Khan, à qui voulez-vous demander pardon en ce moment même ?

(Longue réflexion) Je pense que je demanderais pardon à la vie sauvage. En tant qu’être humain, nous ne pensons pas assez à la planète, aux animaux. Tous les jours, je me sens coupable et triste de ce qui se passe sur notre planète. Nous détruisons ce que la Terre nous offre.