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Locarno 2017 | Golshifteh Farahani : « J’étais tellement sous pression que je me suis rendue malade »

Enfant virtuose au piano, Golshifteh Farahani ne s’est pas illustrée dans la musique mais dans le cinéma et plus particulièrement dans Mensonges d’Etat (Body of Lies) de Ridley Scott. Un film qui lui vaudra une renommée internationale, mais aussi une brouille avec les autorités de son pays d’origine, l’Iran. L’actrice franco-iranienne se fait confisquer son passeport et débute une vie d’exil pour pouvoir continuer à tourner des films.

Une comédienne bourrée de talent qui souhaite vivre à fond, qui cherche la liberté et souhaite « sentir le temps ». Derrière ses yeux tombants et son charme inéluctable, Farahani est une femme qui décrypte la vie avec une certaine mélancolie mais aussi avec une profonde joie. Et par chance, elle s’est attablée avec nous quelques minutes pour évoquer son dernier film, The Song of Scorpions, un hymne à la vengeance. Interview. 

(Entretien en partenariat avec 7radio)

Pour interpréter votre rôle de Nooran, vous avez dû apprendre la langue hindi. Comment votre préparation s’est-elle déroulée ?



J’ai pris 6 mois de cours avec un prof. C’était très stressant puisque les Indiens sont très durs avec des acteurs qui ont accent. Les gens sifflent, les gens rigolent. Je voulais absolument éviter ce genre de moquerie, car il était stipulé dans mon contrat que je ne pouvais pas être doublée pour l’hindi. Je me forcais à suivre les textes des autres acteurs pour comprendre l’entier des dialogues. D’ailleurs, j’étais tellement sous pression que je me suis rendue malade. C’était très difficile.

Et quel est votre rapport avec ce pays et la culture indienne ?

L’Inde est un pays gigantesque. Toutes ces traditions et l’attachement qu’ils ont à leurs traditions en font un pays magique. J’adore ce pays, c’est un des pays que je préfère.

Comment vous êtes-vous préparée pour ces nombreux chants que vous deviez entonnés, sachant que vous avez l’oreille absolue et que vous avez un passé musical plutôt fourni ?



C’est tellement génial que tout le monde pense que c’est ma voix. (rire) Personne ne se doute que ce n’est pas moi qui chante. Anup Singh a mis beaucoup de temps pour trouver une chanteuse dont la voix coïncide avec la mienne. En Inde, les voix des femmes sont très aigües et moi j’ai une voix très grave. Mais il (ndlr : Anup Singh, le réalisateur) a trouvé une chanteuse du sud de l’Inde et ce n’est pas sa langue à elle aussi.

Après l’apprentissage de la langue, est-ce que ce tournage dans le désert fut très difficile ?

Le tournage était très compliqué pour nous tous. À la fin, je suis tombée gravement malade. J’ai mis 2 mois pour récupérer et revenir à une bonne forme physique. J’avais des problèmes de peau pour tout vous dire. C’était tellement intense comme expérience, comme l’histoire du film. Tout était très extrême pour ce tournage. Vous savez le désert, les gens qui ne connaissent pas le désert peuvent être intimidés par l’immensité.

Vous disiez que vous choisissiez vos rôles par rapport aux messages qu’ils transmettaient. Quel message ressort de The Song of Scorpions ?

Anup Singh évoque sans arrêt que nous sommes en contact avec les choses que nous ne voulons pas. La maladie, les trahisons, l’amour, la haine, la mort et toutes les souffrances auxquelles nous sommes confrontés dans la vie. C’est comme un poison. Ce film évoque la complexité du pardon. Est-ce possible de pardonner un acte cruel ? Si nous arrivons à pardonner, nous pouvons changer les douleurs et la tristesse en joie.

Comment était votre relation avec Irrfan Khan sur le tournage ?

Irrfan, c’est comme le désert. Sa présence apaise, elle est si noble. Il ne parlait presque pas, il rigolait. C’est une âme solitaire, il semble très seul et mystérieux. Cet acteur est extraordinaire, je l’adore tout simplement.

Vous parlez très souvent de liberté, du temps qui passe. Pensez-vous que des communautés à l’image de The Song of Scorpions sont plus libres que la société occidentale, comme libérées des contraintes de la ville ?



En Occident, nous sommes prisonniers de nos pensées. On pense trop, on expérimente pas assez. C’est la grande différence entre l’Orient et l’Occident. Jean-Claude Carrière (ndlr : scénariste et écrivain) m’a dit qu’en Occident, la réponse c’est soit oui ou non. En Orient, c’est oui et non. Ce sont des cultures très différentes. En France, c’est (un peu) latin. C’est plus chaleureux que la culture anglo-saxonne. Pour la classe moyenne anglo-saxonne, je suis une véritable extraterrestre. Cette différence de culture se ressent. Il y a un grand écart avec l’Inde. Dans le chaos, il y a un ordre. Par exemple, la circulation en Inde, c’est suicidaire. Mais en même temps, tout marche, étonnamment.

Vous, vous avez une vie à la française ?

Je comprends la France, maintenant. Je comprends les Français, les Parisiens et… les Parisiens de Saint-Germain-des-Prés. J’ai beaucoup d’empathie pour les Français. C’était compliqué au début, car ce sont des gens qui détestent tout. Moi aussi je détestais tout et en même j’adore tout. À présent, c’est comme des vieux amis. J’adore la France, avec des gens extraordinaires. C’est génial quand on regarde la France de loin, c’est un pays qui m’a adopté.

Vous disiez que tourner avec Jim Jarmusch fut un véritable coup de coeur. Avec qui souhaitez-vous avoir un prochain coup de coeur artistique ?



Là je suis dans un moment très délicat dans ma vie personnelle. Tout est en train de (re)changer, même si je change toujours tout, mais là c’est un grand changement qui modifient les choses de manière extraordinaires. Mon prochain projet traite des femmes Yézidis. C’est un génocide terrifiant et bien sûr, je suis dedans. (rire) Mais heureusement que j’ai tourné une comédie avec Alain Chabat pour un peu plus de légèreté. Je suis aussi à l’affiche de l’adaptation américaine d’Intouchables. Mais vous savez, je suis ouverte à donner tout ce que j’ai pour n’importe quelle personne avec qui je décide de travailler. Je vais pour mourir.